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Une nouvelle étape dans le scandale

Affaire Kerviel. Quand l’État donnait gracieusement 2,5 milliard d’euro à la Société Générale

Et si, enfin, derrière « l'affaire Kerviel », tombait le masque de la réalité des amitiés entre l’État et les plus grands capitalistes français ? Retour sur un rapport passé à la broyeuse, sur des procureurs qui gardent le silence en raison du « secret professionnel », et sur 2,5 milliards d'euros volés directement aux travailleurs pour remplir les poches de quelques banquiers, dans la plus grande complaisance de l’État.

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Derrière le mythe de « la folie de la finance », les profits des capitalistes

À nouveau, ce que l’on a appelé « l’affaire Kerviel » reprend le devant de la scène. En 2008, à l’époque de la découverte de cette fraude gigantesque, les dirigeants de la Société Générale avaient tout fait pour imputer cette perte de 4,9 milliards d’euros à l’un de ces salariés, devenu tristement célèbre depuis, Jérôme Kerviel. Ces ex-employeurs le décrivaient alors comme un « être fragile » ou bien, selon le PDG Daniel Bouton, un « escroc », un « fraudeur », un « terroriste ». Derrière ces qualifications, un seul objectif : camoufler la réalité d’un système qui ne se limite pas en réalité à la « folie » de quelques traders. Et pour que le mécanisme roule bien, un petit coup de pouce de l’État n’est pas de refus. C’est ce que montre la récente révélation d’une enquête menée conjointement par Médiapart, France Inter et le quotidien 20 minutes.

Après cette immense perte dont elle se prétend la victime, la banque Société Générale requiert en effet auprès de l’État un mécanisme d’aide aux entreprises ayant subi des « pertes exceptionnelles ». Un « petit » coup de pouce fiscal leur accorde alors un crédit d’impôt de 2,197 milliards d’euros, directement pioché dans les caisses de l’État –plus facile pour les banquiers que pour les services publics et les travailleurs pauvres de bénéficier d’une telle main secourable. Sauf qu’à l’époque, des experts de la section financière du Parquet de Paris mettent en doute la légalité de ce crédit d’impôt. En premier lieu, l’expert chargé du rapport trouve « peu plausible » la ligne de défense de la direction de la banque, qui prétend qu’elle ignorait tout des agissements de Jérôme Kerviel. Mais ce que ce rapport révèle surtout, c’est que dès 2008 –et alors que cette déduction fiscale n’a été révélé au grand public qu’en 2010– l’expert s’interrogent sur le fait qu’une telle déduction n’est prévu légalement que si et seulement si la perte subie par l’entreprise n’est pas dû à la faillite de ces contrôles internes – en clair, si l’entreprise n’est pas fautive dans cette perte d’argent. Or, la Société Générale a été condamnée pour défaut de surveillance par la Commission bancaire. Elle n’aurait donc pas du avoir de déduction fiscale. Plus encore, on découvre dans ce rapport que c’est la Société Générale elle-même qui a calculé le montant des pertes subies donnant droit à cette « ristourne » !

Mais plus « troublant » encore, c’est le silence qui a entouré ce rapport, dont la conclusion principale était la nécessité pour le Parquet d’entamer une enquête fiscale autour de cette affaire. D’enquête, il n’y en eu aucune. Elle fut aimablement remplacée par une série de rencontre secrète entre des représentants du Parquet et les avocats de la banque. Un petit arrangement entre amis, et près de 2,2 milliards d’euros sont passés sous silence. Comme le dit avec euphémisme l’avocat de Jérôme Kerviel, David Koubbi « On peut s’interroger sur ces liens incestueux qui ont pu exister entre la section financière du Parquet de Partis et la Société Générale »... De part et d’autre, depuis cette dernière révélation, on garde le silence.

Pourtant, le récit idéal des dirigeants de la Société Générale commence bien à se craqueler sous leur pas. Fini la belle histoire du « trader devenu fou » prêt à parier des milliards sur le dos du contribuable. La véritable histoire de « l’affaire Kerviel » est l’histoire d’une entreprise bâtie pour les profits des patrons et d’institutions étatiques qui sont à son service. Ces 2,2 milliards d’euros, ce sont les nôtres ! C’est aux travailleurs qui les ont versé de décider à qui ils sont redistribué C’est aux travailleurs à qui il incombait de décider à qui ils sont redistribués, et à quoi ils doivent servir. De toute cette affaire, c’est en effet bien moins la « folie » de la finance que la rationalité d’un système capitaliste servant les intérêts de quelques uns qui doit sauter aux yeux, et nous servir à exiger l’ouverture de tous les livres de comptes et les accords secrets entre l’État et les grands capitalistes.


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