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Du Pain et des Roses

PATRIARCAT

Affaire Matzneff : Vanessa Springora dénonce « un dysfonctionnement de toutes les institutions »

Dans son livre « consentement » publié le 2 janvier, Vanessa Springora revient sur l'emprise et la pédophilie de Gabriel Matzneff dont elle fut victime. Si elle y dénonce « l’hypocrisie de toute une époque » et des dysfonctionnements institutionnels, ceux-ci sont loin d'être révolus, et le combat contre le patriarcat plus que jamais d'actualité.

vendredi 3 janvier

Ce 2 janvier est sorti le livre « consentement » de Vanessa Springora, elle y décrit sa relation avec l’écrivain Gabriel Matzneff. Celle-ci s’est déroulée dans les années 80, alors qu’elle n’était âgée que de 14 ans. L’écrivain rencontré à un diner, devint très vite obsédé par elle l’attendant à la sortie de son collège à plusieurs reprises. Jusqu’au jour où elle accepta de le retrouver dans une chambre d’hôtel. Cette obsession, se transforma en acte pédophile. Pourtant cette emprise entre un adulte de près de 50 ans et une enfant aurait pu être évitée. De fait, en 1974, soit en amonts des faits, Gabriel Matzneff sortait un manifeste titré “Les moins de 16 ans”. Il y décrivait sans gêne ni tabou, ses fantasmes pour les très jeunes filles, mais aussi ceux pour le tourisme sexuel sur de jeunes garçons asiatiques. A l’époque, ces exactions avaient été plus que banalisées. Peu de réactions avaient été émise, un silence patriarcal et une complaisance, envers cet auteur qui pourtant se glorifiait de ses actes, planés sur l’ensemble de la sphère publique. Jean d’Ormesson par exemple en 1974 l’évoque ainsi : « un sauteur latiniste, un séducteur intellectuel, un diététicien métaphysique ». Ces propos seraient aujourd’hui aberrants. Ainsi Vanessa Springora dénonce « un dysfonctionnement de toutes les institutions : scolaire, policière, hospitalière... ». Ainsi que « l’hypocrisie de toute une époque »

Cependant pouvons-nous réellement limiter ces faits et les réactions qui les entourent à une époque bien déterminée ? En 2013, il reçoit le prix Renaudot essai pour « Seraphin c’est la fin ! ». Ce prix gagné est le déclic qui permit à Vanessa Springora de finir ce livre qu’elle n’avait jusque-là jamais achevée, se sentant replongée dans son passé d’enfant abusée par cette nomination faisant fi de toutes ses déclarations passées. De fait, nous sommes encore dans une époque où il existe toujours une impunité dans une société traversée par le sexisme et le patriarcat. En 2019, 149 femmes sont mortes sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon, une partie d’entre elles avaient pourtant porté plainte. Les dysfonctionnements dénoncés par Vanessa Springora pour des faits remontant aux années 80 sont toujours d’actualité.

A la suite de son ouvrage, et des polémiques liées à son annonce, une enquête a été ouverte pour viol sur mineur de moins de 15 ans contre Gabriel Matzneff. De plus des personnalités ayant fait preuve de complaisance ces dernières quarante années en faveur de l’écrivain disent aujourd’hui le regretter. Nous pouvons évoquer Bernard Pivot qui estime ne pas avoir eu « les mots qu’il fallait » au cours d’une émission diffusée il y a plus de trente ans, au sein de laquelle il questionnait l’écrivain sur ses relations sexuelles avec des mineures. Ou bien Fréderic Beigbeder qui avoue la maladresse dans l’attribution du prix Renaudot Essai. Vanessa Springora espère enfin que d’autres victimes de Gabriel Matzneff « réparent chacune ou chacun à sa manière un traumatisme de jeunesse. » par le biais de témoignages et de la lutte.

Crédits-photo : afp - AFP




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