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Politique

Après les mensonges, la censure

Affaire Schiappa. Des comptes twitter relayant la Checknews de Libération bloqués

L’affaire autour de l’action des Gilets jaunes devant le domicile de Marlène Schiappa n’en finit pas de faire du bruit. Alors que des vidéos, checknews, ainsi qu’un rapport de police, montrent les incohérences et exagérations de la version de la secrétaire d’Etat, des membres de son cabinet ministériel ont fait suspendre les comptes Twitter d’internautes qui avaient relayé la CheckNews de Libé. Au nom de la « préservation de la vie privée », une nouvelle censure opérée par le gouvernement.

samedi 1er juin

Alors que Marlène Schiappa a récemment porté plainte pour « menace de mort » suite à l’action de Gilets jaunes devant son domicile, des témoins, des vidéos, ainsi qu’un rapport de police – qu’on peut difficilement accuser de connivence avec les Gilets jaunes ! – sont venus contredire la version des faits de cette dernière.

Les différentes Checknews, basées sur les témoignages et vidéos, ont en effet beaucoup nuancé les accusations de la secrétaire d’État, celle-ci ayant très largement exagéré l’ampleur de « l’attaque ». Si des insultes ont effectivement été proférées à son égard, les menaces de mort, contre lesquelles cette dernière a porté plainte, n’ont en réalité pas été prononcées. De même, si le vacarme devant son domicile est avéré, ni tags sur la maison, ni coups sur la porte (ou sur les fenêtres) en vue.

Autant de révélations qui, après la fake news de Castaner autour de la Pitié Salpétrière, font à nouveau tâche d’huile pour l’exécutif. Mettant à nu l’hypocrisie, le tissu d’exagérations et de mensonges de Marlène Schiappa qui visent uniquement à stigmatiser et criminaliser le mouvement des Gilets jaunes.

Ainsi, après les mensonges, place à la censure. En effet, plusieurs internautes ayant relayé la CheckNews de Libération intitulée « Que voit-on sur la vidéo des gilets jaunes devant la maison de Marlène Schiappa ? », et qui, s’appuyant sur la vidéo de 3 heures prise par un Gilet jaune ayant participé à l’action, a mis en avant les incohérences et la déformation des faits véhiculés par Marlène Schiappa, ont vu leur compte Twitter suspendu. Ceci pour une durée de 12h.

Plusieurs membres du cabinet de la ministre ont signalé sur la plateforme Twitter un certain nombre d’internautes ayant partagé la CheckNews de Libération. Le prétexte ? Une pseudo « atteinte à la vie privée » : l’illustration de l’article, ainsi qu’une capture d’écran de la vidéo, laissait voir – en pleine nuit et de manière difficilement reconnaissable – un aperçu du domicile de Marlène Schiappa. Estimant alors que cette photo donnait « une certaine idée du lieu du domicile familial de la ministre », le cabinet de la secrétaire d’Etat a fait supprimer toutes les publications où apparaissaient la maison.

De ce fait, un certain nombre d’internautes ayant partagé cette publication ont vu leur compte suspendu temporairement. Avertis par mail, on leur a en effet mentionné que leur publication avait « enfreint les règles de Twitter ». Les contraignants ont eu le choix soit de supprimer leur publication, soit de voir leur compte bloqué pour une durée de 12 heures.

Alors que la Check News en question remettait en cause et nuançait nombre d’éléments avancés dans la version de Marlène Schiappa – le temps qu’a duré l’action des Gilets jaunes, les menaces qui auraient été proférées par ces derniers, les tags, les coups sur la porte – et que cette dernière se lance dans une croisade contre la presse et les journalistes qui « banaliseraient » ce qu’il s’est passé, parlant d’« inversion des rôles dans laquelle les victimes sont les coupables et les agresseurs des victimes », la question de la préservation de la vie privée apparait évidemment comme un prétexte légitimant l’opération de censure. Une censure mue par la volonté de minimiser au maximum l’ampleur et la diffusion des contre versions qui invalident une grande partie de la version de la ministre.

Après la loi anti-fake news et les pressions exercées contre les journalistes dans le cadre de l’affaire des ventes d’armes au Yemen, il s’agit d’une illustration supplémentaire de l’offensive du gouvernement contre le droit d’informer.

Crédit photo : AFP/Bertrand Guay




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