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Politique

Rends l'argent !

Affaire Thierry Solère : le conseiller de Macron aurait détourné 167 000 euros d’argent public

Le député des Hauts-de-Seine et conseiller officieux du président de la République est suspecté d'avoir dépensé 167 000 euros de frais de mandat pour des dépenses personnelles. Il avait déjà été mis en examen en 2019 pour fraude fiscale et trafic d'influence.

mercredi 17 mars

Crédit photo : Reuters

Une nouvelle affaire éclabousse la plus haute sphère du pouvoir. Le député (LR puis LREM) Thierry Solère, conseiller du président Macron depuis novembre 2020, est suspecté par le Parquet National Financier (PNF) d’avoir, de 2012 à 2019, utilisé son indemnité mensuelle représentative de frais de mandats pour des dépenses strictement personnelles, concernant des loisirs, des primes « hors enveloppe » à ses collaborateurs, ou encore les frais de scolarité de ses enfants. Ce détournement de fonds publics par un élu de la République – un délit passible de dix ans d’emprisonnement et d’une amende d’un million d’euros – s’élèverait à la somme astronomique de 167 000 euros.

Ses informations, révélées par Médiapart, sont parfois à la limite du risible : on découvre ainsi à quel point M. Solère fait un usage consciencieux de l’argent public qui lui est alloué, que ce soit pour payer les 6 700 euros d’« abonnements familiaux » à des clubs sportifs, ou encore pour financer 520 euros de paris à la Française des jeux... A ces dépenses extravagantes, s’ajoutent, selon les découvertes de la Brigade de répression de la délinquance économique, quelques 22 956 euros de « primes pour des collaborateurs », hors de l’enveloppe prévue à cet effet, ou encore 24 710 euros de retraits en espèces. Interrogé par Médiapart, le député macroniste a, bien sûr, nié en bloc ces faits, qui sont le fruit de trois années d’enquête du PNF.

Thierry Solère ne souffrait pourtant pas de problèmes financiers. Une indemnité parlementaire, pour un député, s’élève à 7239,91 euros brut par mois – loin de satisfaire, semble-t-il, le train de vie de M. Solère, qui aurait choisi de piquer dans son enveloppe réservée à ses frais de mandats (5 373 euros par mois). Décidément, les gouvernants et les gouvernés ne vivent pas dans le même monde.

Et encore, Thierry Solère était déjà un homme connu du parquet, depuis de nombreuses années même. En 2019, le député avait été mis en examen pour sept chefs d’inculpation, dont fraude fiscale, détournements de fonds publics par dépositaire de l’autorité public et trafic d’influence, pour des faits compris entre 2003 et 2017. Rendre privé de l’argent publique semblerait donc être une vieille passion du député. Sa mise en examen, pour des chefs d’accusation pourtant très lourds, n’a cependant pas empêché l’année suivante un certain Emmanuel Macron d’en faire son conseiller personnel à l’Elysée... La corruption, décomplexée, banalisée, s’invite au centre même du pouvoir, qui lui donne sa totale approbation et une légitimité scandaleuse.

Et si ce n’était qu’une exception, qu’une ronce parmi les fleurs de moralité qui forment notre belle Vème République ? Sauf que non : le cas Thierry Solère n’est qu’un énième exemple de la cupidité infâme qui règne dans la Macronie. Rappelons-nous toutes ces affaires qui ont miné le quinquennat, comme les caprices luxueux de François de Rugy, ou bien les mises en examen de François Bayrou, Sylvie Goulard ou Richard Ferrand, ce dernier étant pourtant toujours président de l’Assemblée Nationale malgré une inculpation pour prise illégale d’intérêts. Plus loin encore, cette nouvelle affaire est significative de la corruption généralisée qui règne dans la classe politique dominée par la bourgeoisie – les procès en cours de Nicolas Sarkozy, récemment condamné, ne peuvent que rappeler cette triste réalité de notre système politique. Un système qu’il serait temps de changer, pour mettre un terme au règne du lucre et de la pourriture : les richesses du peuple doivent rester en sa propriété, et non être mises au service de l’intérêt personnel de quelques privilégiés.




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