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Afghanistan. Des crimes de guerre des forces spéciales australiennes révélés

Des « tueries d’initiation » de prisonniers, des villages entiers torturés et des enfants égorgés. Un rapport du gouvernement australien révèle les crimes de ses forces spéciales.

mercredi 2 décembre 2020

Un rapport publié par le gouvernement australien fait état de 39 personnes « tuées illégalement » par l’armée australienne intervenue en Afghanistan entre 2005 et 2016. Depuis, d’autres témoignages glaçants ont été révélés à l’encontre des forces spéciales australiennes.

Dès le mois de mars de cette année, une vidéo récupérée par une caméra frontale d’un soldat avait été diffusée par la chaîne d’information australienne ABC. Elle montre un agent des forces spéciales australiennes tuer de sang-froid un Afghan non-armé au milieu d’un champ. Cet épisode a suscité de vives réactions et rappelé les crimes inhumains qui sont commis lors des interventions armées impérialistes. Mais ce n’était qu’un avant-goût de ce qui allait être révélé quelques mois plus tard à propos de l’intervention australienne en Afghanistan.

C’est le 19 novembre dernier qu’un rapport sur les crimes de guerres commis par les forces armées australiennes durant la guerre d’Afghanistan depuis 2005 a été rendu public. Il fait état de « traitements inhumains » et de 39 « meurtres illégaux » pour lesquels des « informations crédibles » ont été répertoriées.

Parmi ces crimes, une pratique qui fait froid dans le dos : le « blooding ». Une pratique qui consisterait à « initier » les nouveaux soldats avec leurs premiers meurtres sur le campement, en les incitant à tirer une balle dans la tête d’un prisonnier. Plusieurs cas ont été documentés dans le rapport, il en fait état au paragraphe 19 de la page 29. Les corps seraient ensuite dissimulés, ou accompagnés de pièces à conviction comme des fausses armes avant d’être photographiés pour appuyer la production de faux témoignages de légitime défense.

Cité dans ce rapport à la page 120, un second rapport datant de 2016 originellement confidentiel, a lui aussi été rendu public par son autrice à la suite de cette publication. Dans celui-ci, le Dr Crompvoets énonce un compte-rendu de « plus de mille témoignages et d’investigations en profondeur » récoltés dans les forces armées australiennes. Et les récits qui y figurent sont tout aussi glaçants que les crimes énoncés dans le rapport Bereton, et beaucoup plus nombreux.

Elle rapporte ainsi de nombreux « incidents », notamment que, selon plusieurs témoignages, il arrivait que les forces spéciales demandent à boucler un village entier, de regrouper les hommes et les enfants dans des résidences où « ils y étaient alors ligotés et torturés par les forces spéciales, parfois pendant des jours. Lorsque les forces spéciales partaient, les hommes et les garçons étaient retrouvés morts : une balle dans la tête ou les yeux bandés et la gorge tranchée ».

Elle énonce aussi une « compétition de la tuerie », au sein de ces forces spéciales, qui glorifieraient ainsi celui qui aurait abattu le plus d’Afghans. Plusieurs témoignages de soldats lui auraient aussi raconté avoir dû « nettoyer les dégâts » de l’assassinat de deux garçons de 14 ans s’étant fait trancher la gorge aux abords de la route, « ’ce qui impliquait d’emballer les corps et de les jeter dans une rivière voisine » rapporte-t-elle. Elle ajoute qu’il semblerait que les pratiques de falsifications et de dissimulation des corps fassent légion dans ces régiments.

En plus d’être couverts pour tous ces crimes, les auteurs de ceux qui sont révélés de longues années après semblent également profiter d’une impunité totale. Les deux soldats que l’on voit dans la vidéo du meurtre de l’Afghan Dad Mohammad dans son champ ont simplement été renvoyés selon la BBC. Et les 19 autres incriminés dans le premier rapport sont même toujours en exercice.

Cet exemple des crimes de guerre des forces spéciales australiennes en Afghanistan ne doit pas occulter le fait que l’ensemble des forces d’occupation impérialistes (dont l’armée française), dans différents terrains, sont souvent accusées d’exactions sur des civils par les populations locales. Ces crimes sont rarement punis, voire même révélés au grand public. Ces crimes sont le résultat inévitable d’une politique impérialiste et nullement le fait de simples individus isolés. Le mépris pour la vie des populations locales, dans ce cas afghanes, pousse certains soldats à prendre au pied de la lettre le message implicite par la logique des armées d’occupation. Ce n’est pas étonnant dans ce cas que les pires exactions aient lieu, dans la totale impunité, envers les habitants des pays occupés.

Finalement, ce sont ces crimes impérialistes qui constituent en partie un encouragement pour que des jeunes (et moins jeunes) sans perspectives anti-impérialistes progressistes, voient dans les organisations islamistes réactionnaires une voie de lutte contre les occupants. C’est aussi en ce sens que nous dénonçons et nous opposons à toutes les interventions impérialistes, à commencer par celles menées par la France. La solidarité internationaliste des exploités et des opprimés dans les pays capitalistes développés est fondamentale pour mettre fin à ces guerres d’occupation.




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