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Les femmes en première ligne

Afghanistan. Des femmes protestent à Kaboul contre l’obligation du port du voile intégral

Après avoir interdit aux femmes l’accès à l’école secondaire, nombre de postes de travail, et le fait de sortir sans homme de leur famille dans la rue, les talibans viennent de publier un décret ordonnant aux femmes de couvrir intégralement leurs corps et visage en public. Une nouvelle attaque réactionnaire à l’encontre des droits des femmes, contre laquelle plusieurs d’entre elles se sont mobilisées à Kaboul.

Olga Hagen

10 mai 2022

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Depuis la prise de pouvoir de l’Afghanistan par les talibans, les raisons pour se mobiliser sont multiples, mais la répression qui y règne rend les choses plus complexes. Les manifestations après leur prise du pouvoir l’avaient montré.

Mais ce mardi, plusieurs femmes ont manifesté à Kaboul, avant d’être arrêtées 200 mètres plus loin par les talibans. Elles dénoncent la politique ultra répressive du gouvernement aux mains des talibans envers les femmes : « Nous voulons vivre comme des êtres humains, pas comme des captives dans un coin de la maison. » déclarait l’une des militantes.

En effet, les talibans ont franchi un nouveau pas dans leur politique réactionnaire en matière de conditions de vie et de libertés des femmes. Après leur avoir interdit l’accès à l’éducation secondaire (collège, lycée) ou restreint leurs possibilités de se déplacer, le gouvernement a publié samedi un décret approuvé par Hibatullah Akhundzada, chef suprême des talibans, rendant obligatoire le port du voile intégral en public. Dans le même temps, ces derniers ont déclaré qu’il serait « mieux pour elles de rester à la maison », à moins qu’elles n’aient de raison pressante de sortir.

Et pour mettre en œuvre ce décret, les talibans postulent que ce sont « aux chefs de famille de faire respecter les règles ». Le cas échéant, ils encourent « d’abord trois jours de prison, puis des peines supérieures ». Un choix qui va dans la continuité de la logique absolument patriarcale qui règne dans leur politique : défaire les femmes de leur position de sujet, les empêcher à tout prix de faire leurs propres choix, même celui de désobéir, puisque les conséquences retomberont sur les hommes de leur famille chargés de « faire respecter les règles ».

L’une des manifestantes déclarait également ne vouloir ni « être retenues dans la cage de la maison » ni « que [leurs] maris aillent mendier pour de la nourriture ». En effet, la situation économique et humanitaire s’avère catastrophique : l’aide internationale finançait environ 80% du budget du pays. Six mois après la prise de pouvoir des talibans, l’ONU rapportait que la famine menace près de 55% de la population générale, 1 famille sur 3 n’ayant plus aucune ressource, et que « plus d’un million d’enfants en sévère malnutrition sont au bord de la mort ».

En pleine crise, les dirigeants talibans ne cessent de réclamer leur reconnaissance sur le plan de la communauté internationale, l’économie du pays étant totalement dépendante du soutien externe. Or le Conseil de sécurité nationale de la Maison Blanche a déclaré ne pas compter apporter son aide dans ces conditions, expliquant que cela dépend « entièrement de la façon dont ils [le gouvernement taliban] se conduisent, principalement leur capacité à transformer leurs engagements en actions. »

Or, ni pour la question du droit des femmes, ni pour celle de la sortie de crise économique et humanitaire, la solution ne réside dans l’intervention impérialiste, qui ne viserait qu’à maintenir ses propres intérêts. La conséquence de l’intervention militaire des États-Unis en Afghanistan a été des dizaines de milliers de morts et le développement des talibans. Les droits des femmes étaient justement ce qui justifiait en partie leur intervention… Avant d’être (les États-Unis) les premiers responsables de l’oppression qu’elles subissent aujourd’hui. La seule issue possible face à cette situation désastreuse pour les Afghanes et les Afghans est une riposte massive, ouvrière, populaire, internationaliste, en toute indépendance des intérêts de l’impérialisme états-unien ou de l’intervention des grandes puissances.


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