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Barbarie impérialiste

Afghanistan. Les bombardements américains ont tué quatre fois plus de civils depuis 2017

Selon un rapport publié ce lundi, le nombre de civils tués par des attaques aériennes américaines en Afghanistan a été multiplié par 4 entre 2017 et 2020.

mercredi 9 décembre 2020

Chaque année, des centaines de civils afghans sont tués lors d’attaques aériennes américaines. En 2019 seulement, 700 civils ont perdu la vie à cause des frappes aériennes chez eux. Un rapport d’un groupe de chercheurs de l’Institut Brown publié ce lundi montre que depuis 2017, ces "dommages collatéraux" comme les appelle le gouvernement nord-américain, ont été multiplié par 4 et ont atteint des seuils jamais égalés depuis le début de l’invasion étatsunienne en 2001.

Ces attaques des populations civiles ne sont pas nouvelles en Afghanistan. Loin de la propagande américaine d’une « intervention chirurgicale » pour endiguer le terrorisme, de nombreux scandales des US air force ont fait le tour des médias depuis 2001, comme celui de l’hôpital de Médecins Sans Frontières bombardé en octobre 2015. Mais l’explosion de la force déployée sur le territoire afghan remonte à mars 2017, lorsqu’une MOAB (bombe à effet de souffle massif) y avait été larguée pour la première fois. Trump annonçait fièrement alors : "Nous avons les meilleurs militaires du monde, et ils ont fait du bon travail comme d’habitude. Nous leur avons donc donné une autorisation totale, et ils s’en servent. Franchement, c’est pour cela qu’ils ont eu tant de succès ces derniers temps…". Le rapport du projet « Costs of War » montre que depuis il y a eu une augmentation significative du nombre de frappes déployées. L’objectif serait de montrer leur force de frappe pour « peser sur la table des négociations avec les talibans ».

Et effectivement, en janvier 2020, les Etats-Unis signent un accord de paix et réduisent leur intervention aérienne en Afghanistan. Pourtant les bombardements n’ont pas cessés, tuant encore 212 civils afghans le mois dernier d’après le New York Times. D’après les données du rapport, ce sont désormais les AAF (Forces Aériennes Afghanes) qui ont pris le relais sur les frappes aériennes et les drones kamikazes. Les mêmes forces aériennes pour lesquelles le gouvernement américain aurait investi plus de 8 milliards de dollars en formation et en équipement depuis 2010, et lui ont donc permis de se dédouaner des dégâts.

Ces bombardements tuent donc des centaines de civils en Afghanistan et dans tout le Moyen-Orient chaque année. Pourtant ce décompte paraît dérisoire en perspective des 335 000 civils recensés comme tués par les violences directes des conflits : morts non seulement dans des bombardements, mais aussi assassinés par les armées terrestres déployées par les puissances impérialistes pour terroriser la population. Le mois dernier, le gouvernement australien avouait les crimes de guerre commis par ses forces spéciales en Afghanistan.

Des chiffres sûrement grandement sous-estimés, du fait des techniques de dissimulation faisant passer les civils assassinés pour des rebelles armés, mais qui témoignent déjà de la destruction de ces pays par les armées impérialistes et de leur mépris pour les populations qui y résident. Il est difficile d’imaginer les conditions de vie de ces peuples qui depuis des décennies entendent tomber les bombes autour d’eux et voient leurs frères et sœurs se faire fusiller sans scrupule. Leur seule chance d’y échapper c’est fuir l’envahisseur et abandonner tout ce qu’ils ont connu derrière eux. C’est ce dont témoignent les chiffres astronomiques que dévoilait un autre rapport du même groupe sur la migration en septembre dernier. Ils y recensent que « les guerres américaines de l’après-11 septembre ont provoqué le déplacement forcé d’au moins 37 millions de personnes en Afghanistan, en Irak, au Pakistan, au Yémen, en Somalie, aux Philippines, en Libye et en Syrie. […] 37 millions reste une estimation très prudente, et le total de personnes déplacées par les guerres américaines de l’après-11 septembre pourrait en réalité être compris entre 48 et 59 millions ». Ce à quoi ils ajoutent que ces millions de migrations « ont causé des dommages quant à eux incalculables aux individus, aux familles, aux villes, aux régions et à des pays entiers sur le plan physique, social, émotionnel et économique ».

Pourtant c’est encore une fois d’une impunité totale dont jouissent les auteurs du carnage. Du haut en bas de la hiérarchie, aucun soldat, aucune armée, ni aucun gouvernement ne fait jamais les frais des centaines des milliers de meurtres et des millions de familles dévastées. Les massacres perdurent autant que les intérêts économiques subsistent, et les puissances impérialistes persistent à asseoir leur exploitation partout où c’est encore possible, quoi qu’il en coûte.




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