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Offensive anti-ouvrière

Âge légal à 64 ans, régimes spéciaux supprimés : une déclaration de guerre contre nos retraites

Ce mardi, le gouvernement a finalement annoncé le contenu de sa réforme des retraites. Sans surprise, il s’agit de nous faire travailler plus et de supprimer progressivement les régimes spéciaux tout en nous vendant cette offensive anti-sociale comme « juste ».

Paul Morao

10 janvier 2023

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« Équilibre », « justice », « progrès », « préservation du modèle social » et « concertations » : répétés jusqu’à plus soif, les mots d’ordre du gouvernement pour ses annonces sur la réforme des retraites ce mardi étaient clairs. L’objectif ? Présenter son projet d’attaque anti-ouvrière comme une nécessité incontournable voire comme un projet désirable pour toutes et tous.

Mais personne ne peut être dupe du fond du projet macronien pour les retraites, annoncé depuis des mois : nous faire travailler plus pour préserver les profits et poursuivre les cadeaux au patronat. De ce point de vue, le cœur de la réforme se situe évidemment dans le recul de l’âge de départ à la retraite à 64 ans, confirmé par le gouvernement ce mardi avec un calendrier en phase avec les exigences des Républicains.

Une offensive à laquelle s’ajoute la destruction des régimes spéciaux, acquis ouvrier conquis par différents secteurs de notre classe, sans autre forme de procès. Pour faire avaler une telle attaque, le gouvernement a appris de 2019. Alors que cette mesure avait mis le feu aux poudres de la RATP il y a 3 ans, cette fois l’offensive ne concernera que les nouveaux entrants.

Dans le même temps, les fonctionnaires des catégories dites « actives », tels que les policiers, conservent leur régime tout en voyant leur âge légal de départ repoussé de deux ans, tandis que les régimes autonomes ou « répondant à des sujétions spécifiques » ne seront pas concernés. Parmi ces derniers, les avocats ou l’Opéra de Paris qui s’étaient mobilisés aux côtés du mouvement ouvrier à l’époque…

Mais parce qu’il n’est pas facile de faire avaler une telle attaque à la population, massivement opposée à un recul de l’âge de départ à la retraite, le gouvernement a agrémenté ses annonces de multiples diversions. Rien de substantiel, juste de la « poudre de perlimpinpin » aux yeux.

Parmi celles-ci, une modification marginale du dispositif carrières longues. Une nouvelle « tranche » pour les personnes ayant travaillé avant 18 ans va ainsi être créée. Lorsque celles-ci auront cumulé au moins 4 trimestres avant cet âge celles-ci pourront partir à 60 ans… à condition d’avoir travaillé 44 ans !

Sur le terrain de la pénibilité, le gouvernement a refusé d’intégrer de nouvelles contraintes dans le compte personnel de prévention : ni le « port de charges lourdes » ni les « postures pénibles » ne permettront de partir à la retraite plus tôt. Pour ces critères de pénibilité, le gouvernement propose uniquement plus de « prévention » et plus de « suivi médical ». Autant dire, rien.

Enfin, le gouvernement a annoncé une augmentation du minimum retraites autour de 1.200€ nets pour les retraités ayant une carrière complète, une augmentation a peine supérieure à l’inflation. Une mesure que, sous la pression de la droite, le gouvernement a choisi d’étendre à l’ensemble des retraités « modestes », sans se préoccuper évidemment de toutes celles et ceux qui survivent avec des retraites de misère en l’absence d’un nombre suffisant de trimestres. Autre volet pour les seniors : des mesures pour les aider à travailler plus, avec, entre autres, l’extension d’un dispositif de « retraite progressive » au secteur public.

En bref, si le gouvernement a choisi de présenter sa réforme comme un quasi-progrès, le projet de fond n’a pas bougé d’un cil : nous faire travailler plus, jusqu’à la mort, et avec des pensions plus faibles pour toutes celles et ceux qui n’auront pas la force d’atteindre les 64 ans minimum requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein. L’offensive est donc sur la table, et toutes celles et ceux qui savent lire entre les lignes du bullshit macroniste auront compris que l’insistance sur la « justice » et « l’équilibre » cachaient une promesse de « sang et de larmes » pour les travailleuses et travailleurs.

Dans ce cadre, l’urgence va être de préparer la riposte dans les jours qui viennent. Face à une attaque prévue de longue date, les directions syndicales nous ont fait attendre jusqu’au dernier moment, jouant à fond la carte du « dialogue social », sur lequel le gouvernement s’est largement appuyé ce mardi pour défendre son projet. « « En dépit de ceux qui nous proposaient un mur infranchissable, des chaises vides, il n’en a rien été » s’est ainsi félicité Olivier Dussopt qui a mené les concertations.

L’heure est désormais à rattraper ce retard, car le gouvernement veut attaquer en vitesse : présentation de la réforme à l’Assemblée le 6 février, débats express sur le PLFSSR (projet de la loi de financement de la sécurité sociale rectificatif) qui portera les mesures, passage au Sénat dealé en amont avec la droite et vote éclair en Commission mixte-paritaire.

Aucune demi-mesure n’est donc possible, il faut mettre sur la table un plan de bataille qui permette de mobiliser les larges secteurs de notre classe, dont la colère face au gouvernement mais aussi à la vie chère est déjà palpable, dans une grève reconductible, seule capable de faire plier Macron. Il y a urgence.


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