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Politique

« LIGNE ROUGE » ?

Âge pivot. Tout le monde travaillera plus longtemps, dès maintenant

Édouard Philippe a annoncé reporter l'entrée en vigueur de la réforme des retraites aux générations nées après 1975. Mais il y a un élément – et pas des moindres – qui n'est pas concerné par ce report et va donc toucher la quasi-totalité des travailleurs : l'âge pivot.

vendredi 13 décembre 2019

 Crédit photo : © AFP / Valentino Belloni 

Dans ses annonces de mercredi, Édouard Philippe a annoncé reporter l’entrée en vigueur de la réforme des retraites aux générations nées après 1975 – au lieu de 1963 comme c’était initialement prévu. Pas de « clause du grand père » donc, mais une « clause du grand frère ». Mais il y a un élément – et pas des moindres – qui n’est pas concerné par ce report. Il s’agit de l’ « âge pivot », joliment renommé « âge d’équilibre » pour l’occasion.

La réforme va impacter la quasi-totalité des salariés dès 2022

Pour rappel, l’âge pivot consiste à appliquer un malus à ceux qui partent avant cet âge et un bonus à ceux qui partiraient après. Cette mesure devrait être mise en place dès 2022. Comme le souligne Le Monde, « les générations proches de l’âge de la retraite ne sont pas pour autant à l’abri des mesures présentées hier par le premier ministre. (...) cet âge pivot pourrait être fixé à 62 ans et 4 mois à compter du 1er janvier 2022, et augmenter ensuite au rythme de quatre mois par an, pour atteindre 64 ans en 2027 pour la génération née en 1965. » Contrairement à ce qu’avait indiqué la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur France Inter, ce malus de 5% par année manquante sera définitif et non temporaire.

Ainsi, à partir de 2027, même les personnes ayant cotisé l’intégralité des 167 trimestres nécessaires devront travailler jusqu’à 64 ans pour partir à taux plein. Mais dès 2022, les personnes qui auront 62 ans devront travailler 4 mois supplémentaires pour espérer partir sans malus. Selon Le Monde, « en 2027, ce malus serait de 10 % pour ceux qui partiront en retraite à 62 ans, avec tous leurs trimestres, au lieu de 64 ans. » La réforme concerne donc l’ensemble des travailleurs qui ont moins de 59 ans aujourd’hui – la quasi-totalité des travailleurs !

La « ligne rouge »

Selon un sondage Elabe, la plupart des sympathisants de cette mesure se retrouvent chez les sympathisants de La République En Marche qui sont 79% à la soutenir ainsi que chez ceux de la droite (62%). Ainsi, comme l’écrit Cécile Cornudet dans Les Echos, « Emmanuel Macron fragilisé par la crise des "gilets jaunes" ne veut pas prendre le risque de perdre son dernier socle, celui des électeurs de droite. »

La mise en place de cet « âge pivot » à 64 ans est en effet source de beaucoup de colère. Elle est à l’origine du basculement de la CFDT et de la CFTC du côté de ceux qui s’opposent à la réforme. Selon un sondage Elabe, elle est également désapprouvée par 54% des personnes interrogées.

De manière générale, l’opinion publique et du côté des grévistes et des manifestants. Selon un sondage Odoxa, plus de six français sur dix ne sont pas convaincus par les annonces du premier ministre, et 68% estiment le mouvement de grève justifié – un soutien qui n’a pas faibli après les annonces de Philippe.

Il est encore possible de gagner si nous nous en donnons les moyens

Si l’opinion publique est un facteur important, ce qui va être central pour gagner ce mouvement, c’est la construction d’un rapport de force à la base, afin d’imposer notre volonté à nos organisations syndicales et de jeunesse. Il s’agit désormais de construire ce rapport de force dans les assemblées générales de grévistes, les comités de grèves, etc.

Cette réforme concerne tous les travailleurs et tous les âges, la jeunesse précarisée, les femmes, les fonctionnaires comme le privé. C’est pourquoi il est possible et nécessaire de massifier le mouvement et de construire une grève générale reconductible organisée à la base, en commençant par construire le 17 décembre.




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