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Société

Tribune libre

Agriculture : Des revenus en chute... jusqu’où ?

La commission des comptes de l’agriculture a rendu ses comptes prévisionnels pour 2016. Le revenu des agriculteurs baisserait de 26 % par rapport à 2015 ! Gérard Florenson Article initialement publié sur le site du NPA

mercredi 28 décembre 2016

Le montant pris en compte est le revenu net par actif non salarié. Il inclut le bénéfice ou la perte sur le chiffre d’affaires et les aides perçues. Il s’agit d’une moyenne : certains s’en tirent mieux et d’autres perdent davantage, mais beaucoup d’agriculteurs ne parviennent plus à vivre de leur travail, ce qui est intolérable.

Cette année, les céréaliers, longtemps préservés, sont affectés. Les conditions climatiques ont fait chuter les rendements, mais alors que ce phénomène classique s’accompagnait dans le passé d’une hausse des cours, cela n’a pas fonctionné car le marché est mondialisé et que les autres pays gros producteurs ont eu de bonnes récoltes. C’est à la bourse de Chicago que se font les prix... La crise céréalière se conjugue avec celles qui touchent les productions animales, lait et viande, crises de surproduction voulues par les industriels qui en attendent des prix toujours plus bas. S’ajoute l’incidence du regain de la grippe aviaire. Les aides d’urgence, exonération de cotisations et étalement du remboursement des crédits, outre qu’elles se heurtent à l’austérité budgétaire, sont des emplâtres sur une jambe de bois. Certes il faut sauver les agriculteurs en difficulté, mais aussi s’attaquer aux racines du mal.

L’agriculteur est un travailleur indépendant. En grande majorité, l’exploitation est familiale, sous forme individuelle ou sociétaire. Il possède ses outils de production, mais ce capital n’est pas rémunéré à cause des dettes, il ouvre seulement un droit au travail dont il faut tirer un revenu. C’est rarement le cas : la vente des produits couvre à peine ou pas les coûts de production : c’est le cas du porc et du lait. La valeur ajoutée part dans les poches des fournisseurs, de l’agro-industrie et du commerce, sans oublier les banquiers... L’essentiel du revenu provient des aides directes nationales ou liées à la PAC.

Productivisme, compétitivité... et surendettement

Une partie des agriculteurs s’en tire moins mal. Des grosses exploitations compriment leurs charges par des économies d’échelle : le coût à l’hectare ou à la vache est moindre quand on en a des centaines. La répartition des aides favorise les plus gros. À l’autre extrémité, on trouve, en bio comme en conventionnel, des fermes qui bénéficient de marchés porteurs et évitent d’engraisser trop d’intermédiaires grâce à la vente directe ou à des réseaux alternatifs : une solution qui marche mais ne peut guère s’étendre du fait du pouvoir d’achat en berne et de la disparition des outils de transformation de proximité.

Le productivisme, la dépendance aux exportations, la course à la « compétitivité », poussent au gigantisme et au surendettement, laissant des dizaines de milliers d’exploitations sur la touche : cessations d’activité et suicides se multiplient. La concentration porte aussi un coup dur à l’environnement et à l’aménagement du territoire.
Arrêter la casse et favoriser des installations passe par la garantie d’un revenu suffisant. Éviter les faillites exige de questionner l’endettement et pourquoi pas d’annuler les dettes quand les banquiers se sont bien gavés. Équilibrer les marchés, maîtriser la production, sans doute, mais aussi redéployer les aides directes qui sont un salaire camouflé et inégalitaire. Leur montant total permettrait de financer un vrai salaire par actif agricole, rémunérant les services de production et de protection de l’environnement. C’est au moins une piste à explorer.




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