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Politique

Des salariés violentés par des dirigeants

Air France. Qui sont les agresseurs ?

Ce lundi 5 octobre, le Comité Central d’Entreprise d’Air France a confirmé la sentence. Ce sont près de 2900 postes qui seront supprimés par la direction, dans le cadre du nouveau plan de restructuration dit « Perform 2020 ». Pour faire face au plan de la direction, personnels au sol, personnels navigants et pilotes, unis tous ensemble, ont manifesté ce matin devant le siège de la compagnie, à Roissy-CDG. C’est alors que, suite à l’interruption du CCE par les manifestants, le DRH d’Air France, bousculé, y a perdu sa chemise… Des travailleurs d’Air France ou des représentants patronaux, qui sont donc vraiment les agresseurs ? Damien Bernard

lundi 5 octobre 2015

Vingt ans d’attaques acharnées de la direction

Depuis près de vingt ans, les plans de suppression de poste, d’externalisation et d’augmentation de la productivité se sont succédé. Dans un passé récent, le plan « Transform 2015 », qui a été à l’origine de la plus grande grève depuis 1993, a supprimé près de 10% des effectifs et a développé la filière low-cost pour brader les travailleurs. Ce sont ainsi 9000 postes supprimés par la compagnie aérienne depuis 2012, accélérant de la même manière la généralisation de la sous traitance, des bas salaires et de la précarité.

« Perform 2020 », un nouveau plan de « restructuration ». La direction l’a confirmé, ce sont bien 2.900 postes qui seront supprimés dont 300 pilotes, 900 hôtesses et stewards et 1.700 personnels au sol, avec pour la première fois, la possibilité de licenciements secs. Cinq avions quitteront la flotte long-courrier en 2016, puis neuf autres en 2017. Cinq lignes seront fermées en Inde et en Asie du Sud-Est en 2017, la fréquence sera réduite sur 22 autres lignes dès 2016.

Le DRH y perd sa chemise

Pour faire face à cet énième plan patronal, une manifestation appelée par l’ensemble des centrales syndicales, y compris le SNPL, a réuni près d’un millier de travailleurs, devant le siège d’Air France.

Pour signifier leur colère, ce sont alors plusieurs centaines de travailleurs, unis face à la menace des licenciements, qui ont enfoncé les grilles pour pénétrer dans le CCE, scandant « On est chez nous ! », ou « C’est la direction les braqueurs ! », ou encore « Valls arbitre vendu ! ». « Ça fait des mois que j’en prend plein la tête, qu’on me dit que c’est ma faute si la compagnie va mal. Aujourd’hui, je me sens chez moi, en famille », s’exclame un pilote, sous les applaudissements nourris. Loin de la dichotomie, entonnée par Le Parisien notamment, entre les pilotes d’un côté et personnel naviguant et au sol de l’autre, c’est bien tous ensemble qu’ils manifestent face à la direction.

Une bousculade. Le DRH d’Air France ainsi que le directeur long courrier d’Orly sont pris à parti et y perdent leurs chemises arrachées par des travailleurs au cris de « A poil ! A poil ! ». S’en suivent alors, l’exfiltration par le service d’ordre de la direction des représentants patronaux, jusqu’à l’escalade torse-nu d’un grillage, pour les mettre en sécurité.

Une défense légitime des travailleurs d’Air France

Suite à la légitime défense des travailleurs, les réactions de gouvernement et patronat se font échos sans attendre. « Inacceptable et scandaleux » selon le Medef. Le ministre de l’Économie apporte, lui, un « soutien total aux personnes agressés », ajoutant que « ceux qui ont mené ces violences sont irresponsables, rien ne remplace le dialogue social ». Alain Vidalis, le ministre des transports, appelle lui à la « reprise du dialogue », « les violences ne font en rien avancer les solutions ». Quant à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, principal signataire et collaborateur du « dialogue social » avec le gouvernement et le patronat, il regrette « des violences indignes et inadmissibles ».

Chez nos gouvernants, c’est bien l’indignation face à la « violence » qui prime. Une chemise déchirée qui n’a pourtant rien à voir avec la violence sociale de ces plans patronaux qui créent chômage de masse, précarité, bas salaires. Ces nouveaux licenciements annoncés riment avec vies brisées et vies broyés, qui conduisent dans certains cas à des suicides.

Ainsi face aux plans patronaux, cette défense des travailleurs est plus que légitime. La direction ne peut éternellement espérer, que les attaques qu’elle s’évertue à mener contre notre camp, à coup de « dialogue social » ou cette fois-ci à coup de « licenciement sec », restent sans réponses de la part des travailleurs. Les agresseurs sont bien dans le camps d’en face.



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