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Notre classe

La direction d'Air France manie à la fois la carotte et le bâton

Air France : Travailler plus sans gagner plus

Après le plan "Transform 2015", la direction d'Air France remet sur la table le plan d’augmentation de la productivité « Perform 2020 ». Au menu pour les pilotes et le « Personnel Naviguant Commercial » : 100 heures de plus par an en moyenne, soit ni plus ni moins qu’un « 1,5 mois de travail gratuit » sans augmentation de salaire, ainsi que la généralisation de la sous-traitance. En ce qui concerne le personnel au sol, la direction, qui avait supprimé 4200 postes entre 2012 et 2014, parle de « départs volontaires ». En cas de refus du Plan A par les syndicats, c’est le plan B qui les menace, c'est-à-dire un plan massif de licenciement, donnant ainsi aux salariés le choix entre le marteau et l’enclume. A.Bronstein

vendredi 25 septembre 2015

La carotte et le bâton

La direction d’Air France affirme que grâce aux « efforts de négociation », celle-ci pourrait trouver un accord avec les pilotes et le personnel naviguant en ce qui concerne le fameux plan « Perform 2020 ». Mais peut-on vraiment parler de négociation quand une épée de Damoclès est suspendue au-dessus de la tête des employés ? En cas de désaccord à l’issue des négociations engagées avec le SNPL (le syndicat majoritaire chez les pilotes d’Air France), la direction a prévu un Plan B qui mettrait en place des mesures drastiques afin d’augmenter la compétitivité et les profits de la compagnie : la CGT évoque jusqu’à 8 000 suppressions de postes, qui concernent pilotes et personnels au sol, soit l’équivalent de 15 avions supprimés...

Pour faire passer la pilule aux pilotes et au personnel au sol, des promesses sont faites – dans le cas d’un accord trouvé – afin de rendre le plan plus attractif aux yeux de ceux qui risquent d’en faire les frais. Le PDG d’Air France, Frédéric Gagey, s’est en effet engagé à reverser jusqu’à 100 millions d’euros à ses salariés en 2016 et 2017 si, et seulement si, les objectifs de réduction des coûts étaient atteints. Autant dire que la direction d’Air France ne prend pas de grands risques en faisant cette déclaration. Non seulement, cette prime d’intéressement ne serait valable que deux ans, mais les objectifs fixés paraissent inatteignables. De plus, même si Air France parvenait à économiser les 1,13 milliards d’euro prévus, les sacrifices de ses salariés seraient très lourds : une augmentation du temps de travail pouvant aller jusqu’à 18% pour les personnels des moyen-courriers, sans augmentation de salaire et la nécessité d’une plus grande flexibilité de leur part quant aux jours de repos. Cette augmentation de la productivité se fait évidemment au mépris de la sécurité des travailleurs et des usagers. Le personnel au sol comme au ciel subit une pression visant à augmenter la productivité de manière permanente, comme l’atteste la dernière catastrophe de German Wings qui a coûté la vie à 150 personnes.

La direction d’Air France tente ainsi de mettre les travailleurs au pied du mur, leur laissant le choix entre une augmentation des heures de travail à salaire égal ou un plan social impliquant des licenciements massifs.

La direction tente de diviser personnel au sol et personnel naviguant


La stratégie mise en place par la direction d’Air France consiste à renforcer le clivage qui existe entre les personnels au ciel et les personnels au sol. Ces derniers ont en effet déjà subi les conséquences lourdes du plan « Transform » (de 2012 à 2014) et estiment que c’est aujourd’hui aux pilotes de pâtir des choix de la direction. Cette tentative de division entre les employés est mise en œuvre grâce à des plans qui visent tantôt l’une, tantôt l’autre catégorie de travailleurs. Par ce biais, le patronat évite une convergence des luttes qui pourrait se retourner contre lui et avoir d’importantes conséquences pour l’entreprise et ses précieux actionnaires. Diviser pour mieux régner semble donc être le mot d’ordre de Frédéric Gagey et le reste des hauts responsables d’Air France.

Unifier et faire converger les luttes pour faire plier la direction


Tandis que la direction d’Air France alimente les divisions entre personnel au sol et personnel naviguant, les déclarations de la direction de la CGT et de la SNPL sont contradictoires. La CGT exige de la direction d’Air France que « s’il y a des efforts à faire, ils doivent être portés par toutes les catégories de personnels », dénonçant implicitement une différence de traitement entre personnel au sol et pilotes. Elle alimente de la sorte les divisions que la direction a sciemment organisées.

Le SNPL, quant à lui, avait tout d’abord lancé, dans un communiqué interne, une sorte "d’appel du 18 juin", qui invite l’ensemble des travailleurs au sol et aérien à combattre ensemble les projets de cette direction. Ils estiment « que son ambition première [est] de nous diviser, de nous monter les uns contre les autres et de désigner des boucs-émissaires ». A partir du 18 septembre, ce syndicat a pourtant accepté le cadre de négociation des modalités du plan initié par la direction d’Air France, validant ainsi le début d’un « dialogue social » que gouvernement et patronat encouragent depuis le début de la présidence Hollande.

Les faits prouvent que les directions syndicales ne cherchent pas pour le moment à mener une politique ouverte sur de réelles perspectives d’unification et de convergence des luttes menées par l’ensemble des travailleurs – sous-traitants compris. Cependant, la majorité des syndicats a tout de même appelé à une journée d’action et de mobilisation « pour s’opposer à tout licenciement » le 5 octobre, journée durant laquelle la direction dévoilera ses intentions. Il ne tient qu’aux travailleurs et aux militants combatifs travaillant au sol comme au ciel, de hausser le ton pour faire rompre définitivement ces directions syndicales aux méthodes de « dialogue social », et de mettre fin à toute forme de corporatisme.




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