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Menace sur les accords sur les salaires

Air France : après le coup de force de l’Etat néerlandais, de mauvais coups pour les salariés à prévoir ?

L’augmentation surprise de la part de l’Etat néerlandais au capital d’Air France risque de perturber la stratégie du PDG du groupe Air France-KLM, Ben Smith. Ces perturbations font planer des doutes sur le respect des augmentations salariales accordées par la direction du groupe français quelques jours auparavant.

vendredi 1er mars

« Nous nous sommes expliqués », a déclaré Bruno Le Maire à l’issue de la réunion avec les représentants hollandais. Changement de ton du gouvernement français donc, après la montée au créneau qu’a suscité l’acquisition de 14% des parts du groupe par les autorités néerlandaises, Bercy évoquant une décision « inamicale » et des méthodes de « trader ». Au pied du mur, l’Etat français a dû céder face à la menace d’une guerre commerciale avec son partenaire hollandais, et l’effondrement de l’action du groupe qui s’en est suivi.

L’Etat néerlandais disposera donc désormais de droits de vote, cependant moindre que ceux de l’Etat français, qui s’il détient la même part d’actions (14,3%), a ses droits doublés en raison de sa participation au capital depuis plus de deux ans. Avec la participation de Delta Airlines et de China Eastern depuis plus d’un an et demi, les autorités françaises auront donc beaucoup moins la main sur les décisions à venir du groupe.
L’offensive néerlandaise s’explique par des craintes des autorités sur les choix stratégiques largement dessinés par l’Etat français. Elle intervient juste après le conflit autour de l’entrée de l’actuel PDG du groupe dans le conseil d’administration de KLM. Le patron de la compagnie hollandaise, Pieter Elbers, avait sauvé son poste au prix d’une forte mobilisation coté hollandais.

Les sujets de tension sont nombreux entre les autorités françaises et hollandaises mais le point central de crispation reste selon nombre de commentateurs l’avenir de l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol, et sa place par rapport à l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Une discussion qui rentre en résonance avec la stratégie actée par le PDG du groupe Air France-KLM, Ben Smith. Celui-ci avait annoncé son intention de monter en gamme les avions du groupe Air France, en diminuant le nombre de sièges, tandis que le nombre de sièges en classe économique pour KLM augmenterait. Une opération gagnante pour le groupe français, avec moins de passagers mais plus de revenus. C’est cette nouvelle stratégie qui semble avoir été la goutte qui a fait déborder le vase et motiver l’action hollandaise.

Or, c’est en se basant sur cette stratégie que Ben Smith venait juste de conclure un accord avec les pilotes du groupe Air France, le 20 février dernier. Celui-ci prévoyait notamment des augmentations de salaire à hauteur de 4%, réclamées depuis des années par les syndicats de pilotes au vu des bénéfices colossaux réalisés par le groupe. Les pilotes du groupe avaient accepté l’accord par 85,42 % de votes positifs et le taux de participation a atteint 70,51 %. En janvier, c’est un accord avec les syndicats de personnels au sol qui avait été conclu.
Avec l’augmentation de la part au capital de l’Etat hollandais, l’accord pourrait-il devenir caduc ? C’est en tout cas une réelle possibilité. Selon Marc Ivaldi, économiste spécialiste des transports, qui se confiait sur France Info à propos de l’opération boursière : « Les Néerlandais ont toujours été énervés par la façon dont les pilotes français imposaient leur loi dans tout le groupe. Il ne faudrait pas que les efforts faits par KLM servent à payer pour les pilotes d’Air France ».

Une menace d’autant plus inquiétante que l’accord salarial avait été consenti par les pilotes au prix de concessions importantes, en raison de la pression exercée par la direction. L’augmentation de 4% était bien loin de leur revendication initiale de 10% et avait été obtenue avec de nombreuses contreparties, notamment une réduction des congés. 
Le scénario de mauvais coups contre les salariés du groupe Air France semble donc sérieusement envisageable. Cette possibilité doit mener à une vigilance renforcée des salariés de l’entreprise et de leurs organisations syndicales.




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