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Les raffineurs ont montré la voie

Airbus, Air Liquide, AIA : comme les raffineurs, les grévistes exigent 10% d’augmentation

Airbus, Air Liquide, Ponticelli Frères... Différents secteurs entrent en grève pour les salaires depuis plusieurs jours. Tous ont un point en commun : les grévistes exigent 10% d’augmentation, comme les raffineurs. Un premier signe de contagion de la lutte des raffineurs vers le mouvement ouvrier ?

vendredi 21 octobre

Crédits photo : NICOLAS TUCAT / AFP

Depuis plusieurs jours, différents secteurs du mouvement ouvrier sont entrés en grève avec diverses revendications, mais avec un point en commun : celui de se mettre en grève reconductible, mais aussi de revendiquer 10% d’augmentation, comme les raffineurs.

En ce sens, la journée de mardi 18 octobre a été l’occasion pour de nombreux secteurs de se mobiliser pour les salaires. Par exemple, à l’Atelier Industriel Aéronautique (AIA) de Clermont Ferrand, les travailleurs sont en grève « pour une hausse des salaires et en soutien des raffineurs ». Sur le site, les salariés expliquent se battre pour une prime de 100€ pour l’ensemble des salariés. « Pour l’instant, elle oublie 40% d’entre eux, surtout les plus précaires », explique Bastien Laborde-Balen, secrétaire adjoint de la CGT AIA auprès de La Montagne. Surtout, la grève des raffineurs leur a permis d’exiger haut et fort une augmentation de 10% de leurs salaires, revendication qu’ils ont depuis 2019.

Dans l’aéronautique également, la grève des raffineurs en a inspiré plus d’un. Chez Daher Logistics, sous-traitant d’Airbus, les salariés se sont mis en grève la semaine dernière pour une augmentation de 10% des salaires et une prime Macron à 1000 euros. Cette semaine, cela a été au tour d’Airbus, sur le site de la ligne d’assemblage A320 à Toulouse, de connaître une grève de plusieurs dizaines de salariés revendiquant une hausse de 10%, la revalorisation des primes ainsi que l’embauche d’intérimaires.

Dans la Manche, c’était dans l’agence de Brix de l’entreprise de Ponticelli Frères, un groupe spécialisé dans le levage, la tuyauterie industrielle ou encore la chaudronnerie dans le nucléaire et la pétrochimie, que 70% des salariés étaient en grève ce mardi. Alors que le chiffre d’affaires de cette entreprise qui assure la maintenance de toutes les centrales nucléaires en France est estimé à 327 millions d’euros pour 2022, les salariés considèrent qu’obtenir 10% d’augmentation est tout à fait réalisable. « On sait que notre société est une petite pépite, qu’elle se porte très bien. On sait qu’on peut leur demander », affirme auprès de La Presse de la Manche David Cordier, élu CGT. Sur le piquet, les salariés font d’ailleurs le lien avec la grève des raffineurs, et le syndiqué explique, toujours auprès du même journal : « On a des collègues à Notre-Dame-de-Gravenchon, au Havre, qui sont solidaires des grévistes de chez Total ou Exxon Mobil. »

Pour Air Liquide, groupe industriel spécialisé dans les gaz industriels qui a fait 14,31 milliards de chiffre d’affaires sur les premiers mois de l’année 2022 grâce à l’augmentation des prix de l’énergie, c’est en Isère que la colère gronde. Là-bas, ils étaient plus d’une centaine mardi à revendiquer 10% d’augmentation ainsi que le paiement des heures de grève. « Nous, depuis le début de l’année, on a eu de faibles augmentations alors que les bénéfices d’Air Liquide sont des bénéfices record. D’année en année, la part des dividendes augmente en pourcentage » explique Nicolas Rebutin, représentant syndical CGT, à Franceinfo. Les travailleurs ont également voté la reconduction de la grève, exprimant la volonté d’obtenir des augmentations pour tout le monde.

Dans les Alpes-de-Haute-Provence à Manosque, 40 travailleuses de la clinique « Toutes Aures » ont reconduit la grève ce mardi suite à leur rendez-vous avec la direction. Comme le relate Haute Provence Info, parties sur la revendication de 10% d’augmentation, elles ont finalement décidé d’exiger 20% d’augmentation !

10% d’augmentation : un premier signal de contagion du mouvement des raffineurs

S’ils sont évidemment partiels, les phénomènes de grève décrits ci-dessus sont une expression de la situation et des potentialités. Après une parenthèse des luttes ouvrières pendant la période Covid qui a suivi l’historique bataille contre la réforme des retraites, la grève des raffineurs a montré la voie celle de la grève reconductible, et de revendications qui donnent la peine de se mobiliser.

En effet, la revendication des 10% d’augmentation semble avoir fait son chemin. Alors que depuis le début de la pandémie du Covid, la majorité des conflits ouvriers portaient comme revendication principale le fait d’obtenir des primes ou de les augmenter, la grève des raffineurs pourrait bien avoir marqué un tournant : elle semble avoir propagé la volonté de non seulement rattraper l’inflation, mais également gagner en niveau de vie, avec la revendication d’augmentation allant au-delà de l’inflation. Et pour obtenir cette revendication, la grève reconductible est en train de s’imposer comme un outil indispensable pour instaurer un réel rapport de force.

D’autre part, la grève des raffineurs mais aussi les quelques phénomènes de grève qui l’ont suivie expriment les potentialités de débordement du calendrier des négociations imposé par le patronat. À Ponticelli Frères par exemple, les salariés demandent à ce que les Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) soient avancées à fin octobre au lieu de se tenir en décembre, montrant une volonté d’obtenir des augmentations de salaire immédiatement. Chez Air Liquide, Jérôme Delmas, élu titulaire au CSE, exprime également sa lassitude du calendrier des négociations, toujours auprès de Franceinfo : « La seule réponse que nous avons eue, c’est d’avancer la première réunion annuelle obligatoire mais ça, ça concerne les salaires de l’année prochaine alors que l’inflation, c’est maintenant. »

Ces phénomènes expriment une radicalité dont le patronat et le gouvernement sont bien conscients. En témoignent les efforts de Borne et compagnie pour en finir avec la grève des raffineurs le plus vite possible, en témoignent aussi les éditorialistes de la presse patronale exprimant leur inquiétude de voir cette grève se propager à l’ensemble du monde du travail. « Grève : en finir avec une dynamique mortifère », titre ainsi une chronique des Échos dans laquelle son auteur interpelle durement le gouvernement, lui demandant : « L’exécutif actuel aura-t-il, enfin, le courage de ne pas céder devant cette violence organisée ? »

Et pour cause : la multiplication de ces grèves pourraient commencer à porter un coup important au patronat français, comme l’a déjà fait la grève des raffineurs à Total Energies. « Le rapport de force n’a jamais été autant en faveur des salariés », explique auprès de Ouest France Éric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, avant d’ajouter : « cela fait plein de petites gouttes d’eau aujourd’hui qui pourraient faire déborder le vase. »

Ce qui est sûr, c’est que si réchauffement des luttes il y a, la revendication de l’indexation des salaires, déjà avancée par plusieurs grévistes des raffineurs, sera centrale pour répondre à cette volonté générale de ne pas perdre du niveau de vie à cause de l’inflation. Dans ce contexte, le rôle des directions du mouvement ouvrier sera de coordonner ces luttes pour frapper tous ensemble, sans attendre les négociations entreprise par entreprise, et ce, autour d’un programme commun, celui de l’augmentation des salaires de 400€ pour toutes et tous et de leur indexation sur l’inflation.



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