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Aéronautique

Airbus. Fin de la grève sur la chaine de l’A320… pour mieux repartir en novembre ?

Les salariés d'Airbus viennent de finir leur troisième journée de grève pour une augmentation de 10 % des salaires. Réunis en assemblée générale ce jeudi avec d'autres secteurs du géant aéronautique, ils ont décidé de suspendre la grève pour formuler leurs revendications à la direction. En l'absence de réponse satisfaisante, ceux-ci projettent de reprendre la grève à la rentrée début novembre.

Rafael Cherfy

22 octobre 2022

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Crédits photos : AFP

Une grève inédite a démarré chez Airbus mardi 18 octobre en parallèle de la journée de grève interprofessionnelle nationale pour les salaires. Des dizaines de salariés de la FAL A320 (Final Assembly Line, chaîne d’assemblage en français) sont entrés en grève sur différentes revendications, avec au premier plan, la revendication d’une augmentation de salaire de 10 %. Une revendication identique à celle des raffineurs de Total qui ont remis ces dernières semaines la question des salaires et la méthode de la grève reconductible au centre du débat.

Airbus a donc connu un mouvement de grève spontané, hors du calendrier des NAO (négociations annuelles obligatoires) qui a été initié par des ouvriers non-syndiqués et syndiqués, accompagné par la CGT Airbus. Une mobilisation inhabituelle chez le principal donneur d’ordre de l’aéronautique, d’autant plus au niveau de la production d’A 320, modèle phare d’Airbus qui remplit ses carnets de commandes.

La grève a été reconduite au mercredi, puis au jeudi avec un appel lancé aux autres salariés d’Airbus à se réunir en assemblée générale à 14 h. Comme le résume Maxime Léonard, représentant syndical CGT à Airbus : « cette mobilisation est historique depuis les vingt dernières années. Des salariés d’autres secteurs d’Airbus se sont mis en grève et ont rejoint l’assemblée générale totalisant ainsi une centaine de grévistes ».

En fin d’assemblée générale qui a réuni une centaine de salariés, la décision a été prise de suspendre le mouvement de grève pour prendre le temps d’envoyer un courrier reprenant les revendications des salariés grévistes de la FAL A320. Si aucune réponse satisfaisante n’est reçue de la part de la direction, les salariés reprendront la grève à le rentré début novembre si la direction n’a pas fait de proposition satisfaisante. Maxime Léonard insiste sur les acquis de ces premiers jours de mobilisation : « si dans l’immédiat il n’y a pas de résultat, il y aura un avant et un après pour cette grève à la FAL A 320. Ce secteur est symbolique, car c’est la production qui génère le plus de revenu pour Airbus, c’est un talon d’achille, favorable au rapport de force pour obtenir satisfaction aux revendications ».

Le syndicat Force Ouvrière contre l’appel à la grève

Si le mouvement de grève a été accompagné par la CGT Airbus, de son côté, FO Airbus aurait tenté de casser la grève, et cela, alors même qu’une grande partie des grévistes étaient des syndiqué de la base de Force Ouvrière, qui ont participé dès le premier jour à ce mouvement. Selon un gréviste, FO aurait même été jusqu’à tourner dans les ateliers pour mentir aux ouvriers, en expliquant que s’ils se mettaient en grève sans que Force Ouvrière y appelle, cela pourrait être considéré comme un abandon de poste. Un mensonge honteux sur le droit de grève, qui rappelons-le, dans le secteur du privé, peut être exercé n’importe quand dans la mesure où deux salariés se déclarent en grève sur la même revendication.

Ainsi, cette grève aura permis de montrer le vrai visage du syndicat FO à Airbus avec une poussée de la base ouvrière. Les syndiqués de base FO ont imposé un violent démenti à la ligne de la fédération FO Métallurgie et celle de FO Airbus. En effet, alors que FO appelait nationalement à la grève pour le 18 octobre, la fédération métaux a cependant fait savoir qu’elle s’y opposait en affirmant que le « dialogue social » permettrait d’obtenir tout ce qu’il faut pour répondre aux revendications des ouvriers. Au niveau d’Airbus, la direction de FO reprend les mêmes arguments arguant que « à FO Métaux, nous ne faisons pas de politique » et d’affirmer que « FO n’a pas vocation à foutre le bordel ».

Dès la suspension de la grève, la direction de FO-Airbus a d’ailleurs commencé à vouloir reprendre la main. Dominique Delbouis, le coordinateur France de FO-Airbus, explique "nous avons été reçus par la direction" et "vu les résultats du groupe nous l’incitons très fortement à répondre à l’urgence du moment : la cherté du coût de la vie". Autrement dit, malgré leur positionnement contre la grève, les dirigeants du syndicat FO tentent de profiter du fait que la grève soit suspendue pour apparaître comme ceux qui sont actifs sur la question salariale. Ceux-ci mettent en avant la possibilité d’une "prime inflation" ponctuelle, possiblement entre 1200 et 1 500 €. Loin des revendications d’augmentations de salaire des grévistes, il n’est pas certain que cela suffise à calmer la contestation qui a pris forme dans l’entreprise.

Pourtant la grève à Airbus n’est qu’un écho de la préoccupation principale qui traverse l’ensemble de la population actuellement, celle d’une inflation montante et des salaires qui ne suivent pas. Une question des salaires éminemment politique, qui n’est évidemment pas un problème entreprise par entreprise, et qui a pris place comme le principal sujet de discussion dans le pays, notamment suite à la grève des raffineurs.

La grève des raffineurs comme source d’inspiration et symptôme d’une colère générale sur les salaires

Si la grève a été inédite à Airbus, il semble évident qu’elle a souffert du rôle de casseur de grève joué par Force Ouvrière. Face à ces manœuvres, l’organisation en assemblée générale des salariés de différentes chaînes de productions d’Airbus comme cela a été initié ce jeudi, est une voie à suivre. En s’organisant « pour que la grève appartienne aux grévistes », syndiqués comme non syndiqués, décidant des revendications et des suites de la grève, ces assemblées construisent l’unité des grévistes et renforcent la mobilisation. Sur cette base, il devient plus facile de déjouer les manœuvres anti grève et de développer un plan de bataille pour imposer un rapport de force à la hauteur des revendications.

Plus largement, à l’échelle de l’aéronautique d’autres travailleurs du secteur sont entrés en grève pour des questions salariales, démontrant un changement d’état d’esprit dans un secteur peu habitué des mobilisations. Récemment, ce phénomène s’est particulièrement exprimé dans la sous-traitance à l’image de la première grève de l’histoire du site toulousain du sous-traitant Sabena Technics ou encore chez le sous-traitant Daher logistics où les grévistes n’ont pas attendu les NAO pour revendiquer eux aussi 10 % d’augmentation des salaires. Les luttes menées autant dans la sous traitance que chez le donneur d’ordre Airbus, posent la question de l’unité de l’ensemble de la chaîne de production aéronautique qui a été particulièrement divisée sur les dernières décennies. La coordination entre les sous traitant et les donneurs d’ordre est l’une des clés des futures luttes pour les salaires dans le secteur « Il faut qu’on soit tous solidaires et essayer de faire un jour en commun avec toutes les entreprises du bassin aéronautique » (…) « On aimerait bien un jour qu’on bouge tous ensemble pour montrer à ces patrons qu’on n’est pas divisé, mais ensemble » résumait un des gréviste de Sabena Technics lors du dernier jour de grève

Au-delà de l’aéronautique, certaines grèves ont émergé à partir du 18 octobre avec la même demande d’une augmentation de 10 % des salaires, qui fait écho à la revendication portée par les raffineurs de Total. C’est le cas du personnel de la clinique "Toutes Aures" de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), des salariés d’Air Liquide du site de Sassenage, ou encore dans plusieurs sites du géant de la boulangerie industrielle Neuhauser où les salariés vont plus loin qu’une augmentation de 10 % en revendiquant 300 euros pour toutes et tous et l’indexation des salaires sur l’inflation.

D’une manière générale, à la différence des derniers mois, de plus en plus de grèves mettent en avant des revendications qui ne cherchent pas juste à atténuer l’effet de l’inflation, mais à demander plus que l’inflation, donc à augmenter le salaire réel. Les raffineurs ont remis au cœur du débat la grève reconductible, la possibilité de revendiquer des augmentations ambitieuses et de la nécessité de l’extension de la grève. Ces différentes grèves qui revendiquent 10 % d’augmentation ou plus sont un premier signal de contagion du mouvement des raffineurs

Pour autant, le problème de l’augmentation des salaires ne pourra se régler que par une généralisation et une coordination de ces grèves sur les salaires, pour se battre toutes et tous ensemble pour des objectifs communs. C’est dans ce sens qu’avec Révolution Permanente, nous menons une campagne qui cherche à unifier notre classe autour de revendications s’attaquant à l’inflation :

  •  Augmentations de salaire d’au minimum 400 €, pour pouvoir sortir la tête de l’eau.
  •  Indexation des salaires sur l’inflation, pour ne pas être condamné à ce que nos augmentations soient directement rognées par l’inflation.
  •  Expropriation sous contrôle ouvrier des grands groupes de l’énergie, pour reprendre la main sur ces groupes qui profitent de la crise pour battre leur record de profits en montant les prix et en détruisant la planète.

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