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Politique

Airbus donne 2 millions de masques pour faire oublier qu’il met en danger la vie de ses employés

Rien ne sert de donner des masques aux soignants, si on n’écoute pas leurs consignes de confinement strict ! Alors que le géant de l’aéronautique Airbus fait redémarrer ses usines après quatre jours de fermeture, il annonce la livraison de 2 millions de masques destinés à la communauté médicale. Une opération qui cherche surtout à masquer que ces usines non essentielles continuent de tourner au péril de la vie des travailleurs, et de l’ensemble de la population.

mercredi 25 mars

Crédits photos : Airbus

Après 4 jours de fermeture, les usines d’Airbus ont réouvert leurs portes. Une décision prise par la direction du géant de l’aéronautique, qui estime que les conditions sanitaires sont désormais réunies pour faire travailler ses salariés. L’entreprise a célébré le retour au travail d’une partie de ses salariés, en plein pic de l’épidémie, par la donation de 2 millions de masques à destination des soignants.

Une manière de faire sa part d’ « effort collectif », qui va pourtant à l’encontre des indications de la communauté soignante qu’il souhaite séduire par cette donation. En effet, si un mot d’ordre émane particulièrement du corps hospitalier, c’est bien celui de rester chez soi quand il n’est pas nécessaire d’aller travailler. Autrement dit, lorsque le travail effectué ne constitue pas un apport essentiel à la gestion de la crise sanitaire. C’était même l’objet du recours en référé liberté devant le Conseil d’Etat entrepris par le principal syndicat des internes en médecine (ISNI) qui estimait que « la poursuite d’entreprises non vitales aux personnes entraîne une consommation de matériel de protection alors que dans les hôpitaux la pénurie est généralisée. Nous, soignant.es, n’avons pas les moyens de nous protéger et devenons contaminé.es et contaminant.es. ».

S’exposer au virus pour fabriquer des avions - qui restent cloués au sol ou tournent à vide - en utilisant des masques de protection qui devraient être destinés aux soignants, relève d’une quête de profit qui dévoile toutes ses limites en période de pandémie. Ainsi, donner 2 millions de masques (dont il n’est pas précisé si ce sont de simples masques chirurgicaux ou des FFP2) à la communauté médicale tout en continuant à faire tourner ses usines relève d’une stratégie de communication pour maintenir des profits faramineux sur le dos des travailleurs mais aussi de l’ensemble de la population via la chaine de contamination. Par ailleurs, il faut mesurer le ridicule de la mesure. Un masque doit être changé toutes les trois heures. Le secteur de l’aide à la personne chiffre selon un article du Parisien les besoins en masques à 1 millions par jour ! Tous secteurs de la santé confondus, il y a plus de 2 millions de professionnels en France, dont 600.000 infirmier.es (ces chiffres pouvant être modifiés par le recours aux bénévoles et aux personnels récemment retraités). Il faudrait donc a priori pour une journée de 8h (et les journées sont souvent plus longues à l’hôpital), trois masques par personne : plus de 6 millions pas jour ! Airbus nous dit donc fièrement partager ces 2 millions de masque entre l’Etat espagnol, la France... et sa production ! C’est bien pour acheter la paix sociale et se donner bonne figure qu’Airbus fournit à peine l’équivalent d’une demie-journée de masques... La direction a annoncé de nouvelles livraisons de quelques millions de masques, pourquoi n’est-ce alors pas l’activité centrale du groupe et juste un argument marketing ?

Car cette réouverture des sites d’Airbus, que la direction justifie par la prise de mesures de protection strictes pour les salariés, reste encore bien éloignée des impératifs de confinement et de protection sanitaire que la situation impose. Sur son site, la CGT Airbus explique en ce sens que « la simple désinfection des locaux et le passage à 2 équipes est une mesure jugée insuffisante par l’inspection du travail. En outre, elle ne constitue en aucune manière une évaluation détaillée des risques liés à la reprise des activités qui doit tenir compte de l’ensemble des situations de travail ».

La multiplication des droits de retrait, qui a également touché les sous-traitants du géant de l’aéronautique par une organisation collective des salariés, a été une première étape qui a permis de faire fermer les usines. Face à cette réouverture, nous devons exiger de nouveau leur fermeture totale, pour permettre à l’ensemble des salariés d’éviter la contamination. Les masques destinés aux travailleurs d’Airbus ne doivent pas être donnés en partie aux soignants, mais intégralement, stocks et commandes compris. Entre les sous-traitants et les usines Airbus, cela représente une quantité de masque qui apparait cruciale pour faire face à la crise en temps de pénurie du matériel de protection.

Mais cela doit se coupler à une bataille pour une indemnisation du chômage partiel à 100%, sans quoi la précarité fera office de moyen de pression pour « inciter » les salariés à reprendre le travail comme le souhaite la direction d’Airbus. A partir des victoires précédentes, il s’agit donc de poursuivre la dynamique pour exiger que ceux qui font tourner les usines décident de ce qu’il faut y produire, comment, combien, et pour qui.




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