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Airbus supprime 15 000 emplois dans le monde dont 5000 en France

Ce mardi 30 juin, la direction d’Airbus confirme la suppression de 15 000 postes dans l’ensemble de ses filiales, dont 5000 en France d’ici à l’été 2021. Justifiée par une crise économique dont nous ne sommes pas responsables, cette décision confirme également la nécessité de s’organiser pour 0 licenciement, 0 baisse de salaire et pour la coordination des luttes dans l’aéro. Ce n’est pas aux travailleurs de payer la crise !

mardi 30 juin

Crédit photo : REUTERS/Stéphane Mahé

Sans surprise, la sentence est tombée : à l’issue d’une réunion de la direction du groupe à l’échelle européenne, Airbus confirme la mise en place du plus grand plan de suppression de postes jamais réalisé par l’avionneur, présenté aujourd’hui devant les syndicats. Comme le souligne Le Monde, sans exclure des licenciements secs, il s’agit en effet de supprimer 15 000 postes, soit 11% de ses effectifs à l’échelle mondiale, dont 5000 en France où l’activité est concentrée dans la région toulousaine, 5 100 en Allemagne, 1 700 au Royaume-Uni, 900 en Espagne et 1 300 répartis dans les autres filiales de la multinationale. En ce qui concerne les emplois en France, les suppressions de postes et les licenciements seront concentrés dans la branche « avions commerciaux » avec 3 488 postes et dans la branche Stelia Aerospace avec 1 464 postes.

Derrière le « maintien de l’emploi », des licenciements et des baisses de salaires

La direction d’Airbus et les directions syndicales qui s’entêtent à vouloir négocier la casse sociale se veulent nécessairement rassurants en expliquant que les négociations qui vont suivre auront pour objet de « limiter l’impact social en s’appuyant sur toutes les mesures sociales disponibles ». Mais les « mesures » en question, loin de répondre à un objectif social, sont en réalité des outils économiques pour le patronat et le gouvernement.

Si la CFE-CGC prétend encore que « aucun départ contraint de salariés du groupe ne pourra être envisagé », la direction s’est bien gardée de renoncer à des licenciements en affirmant que « des mesures forcées ne [sont] pas exclues à ce stade ». Le fait qu’elle préfère pour autant mettre en avant les « suppressions de postes », les « départs volontaires » ou encore les « mesures de retraite anticipée », n’est que de la poudre aux yeux pour donner l’impression de faire le choix du « moindre mal » et retarder l’explosion de la colère en dissimulant la réalité d’un large plan de précarisation. En effet, que ce soit de manière directe par des licenciements parmi les travailleurs d’Airbus ou indirectement en supprimant des postes ou en licenciant dans tous les secteurs qui dépendent de ce géant de l’aéro, à commencer par ses sous-traitants, ce sont des centaines de milliers de personnes qui vont être impactées par ce plan de misère ! En particulier à Toulouse, où seront concentrées ces suppressions de postes en France, l’économie est particulièrement dépendante d’Airbus. De ce fait, les réductions d’effectifs vont se répercuter avec violence en premier lieu chez les sous-traitants, mais aussi dans d’autres secteurs qui tournent grâce à l’activité d’Airbus, comme la maintenance, la logistique ou encore l’enseignement professionnel chargé de former des ouvriers qui n’auront tout simplement plus de postes à pourvoir.

Au delà de la question de l’emploi, c’est la baisse des salaires qui va être au coeur des négociations. C’est tout l’enjeu de l’accord sur le chômage partiel prolongé, adopté en amont dans le secteur de la métallurgie et généralisé à l’ensemble de l’industrie, qui vise à mettre les travailleurs sous perfusion en suscitant une aide d’État qui, le moment venu, disparaîtra pour laisser place à ce qu’elle dissimule pour retarder la crise : des baisses de salaire. De même, comme on a pu le constater chez Derichebourg et plus récemment chez DSI, sous-traitants aéro, les Accords de Performance Collective (APC) sont le nouvel outil de prédilection made in Macron pour imposer aux salariés des baisses de salaires et des licenciements différés dans le temps. Chez Derichebourg, où l’accord a été signé par le délégué syndical FO contre la volonté des salariés organisés en collectif, cela correspond à une perte sèche allant jusqu’à 500e par mois.

La nécessité d’un plan de bataille !

Contre l’idée d’une crise qui serait « conjoncturelle », que relaient plus ou moins certains syndicalistes, il s’agit d’une part de prendre conscience du caractère structurel de la crise économique d’ampleur mondiale qui se révèle avec violence dans le secteur aéronautique. En effet, la situation dans l’aéro doit être vue comme un signe précurseur de la récession que le gouvernement et le patronat peinent à contenir, et qui va impacter l’ensemble du système économique. De ce fait, il est illusoire de penser que ce plan pourra donner suite à des jours meilleurs pour les travailleurs de l’aéro. Non seulement plus d’un tiers des travailleurs pourraient perdre leur emploi en conséquence de la crise qui commence à l’échelle mondiale selon l’OIT, mais ces travailleurs ne pourront de plus pas retrouver de meilleurs conditions de travail et de vie par la suite. Dans l’aéro, selon les pronostics les plus optimistes du patronat, un début de relance ne pourrait être espéré que pour 2023 voire 2025. Mais ces estimations sont fondées sur la possibilité d’une résorption de la crise permettant une reprise normale de l’économie et sur le développement d’une classe moyenne dans les pays dits émergents, ce qui tend à être remis en question étant donnée la situation économique mondiale.

Face à cette situation, comme le souligne Gaetan Gracia, ouvrier et délégué CGT aux Ateliers de Haute Garonne, l’annonce de ce vaste plan chez Airbus finit de démontrer que l’urgence est à construire un plan bataille. De l’aéro à l’automobile en passant par la santé publique, les travailleurs et les travailleuses n’ont pas besoin de négociations, mais bien d’un plan de bataille pour être en capacité non seulement de résister à cette opération de précarisation, mais aussi de ne plus jamais avoir à subir les effets d’une crise dont ils ne sont pas responsables ! En effet, ce n’est que sur l’argument d’une crise économique qui serait inévitable que repose la justification fallacieuse du patronat et du gouvernement pour licencier en masse. En réalité, c’est bien la course au profit qui nous a mené dans cette situation et qui continue de guider les décisions des dirigeants. À quel moment les travailleurs devraient-ils payer de leur vie les conséquences de la crise, alors que les patrons de l’aéro ont enregistré des milliards de bénéfices ces dernières années et continuent de verser des milliards de dividendes aux actionnaires ? Par ailleurs, où vont les 15 milliards du plan annoncé par Bruno Le Maire pour sauver des emplois ?

C’est en posant les bonnes questions que l’on peut commencer à construire une solution à la crise qui soit dans notre intérêt, c’est à dire durable et résolument collective. Plus que jamais, il est nécessaire d’unifier les rangs des travailleurs qui sont aujourd’hui en première ligne des attaques, dans l’aéro mais aussi dans le transport aérien avec la suppression de 7 500 postes chez Air France ou encore dans le tourisme avec 583 emplois menacés chez Tui France. Plus largement, le sort de tous les travailleurs étant lié par les mêmes dynamiques économiques, il est nécessaire de coordonner les luttes qui s’organisent pour l’instant de manière divisée, comme on peut le voir au sein même du mouvement ouvrier entre les différentes entreprises d’un même secteur voire entre les différents sites d’une même entreprise, par exemple dans l’automobile.

Pour ce faire, pendant l’été avant que la crise frappe l’ensemble des secteurs, il est nécessaire de s’organiser en assemblées sur les lieux de travail et de construire la grève de manière coordonnée pour 0 licenciement et 0 baisse de salaire. L’expérience de Derichebourg est à ce titre un point d’appui important pour l’aéro et un exemple à suivre.

Dans ce sens, deux rassemblements sont prévus demain mercredi 1er juillet devant les sièges de Derichebourg et de DSI à Blagnac. Une assemblée se tiendra jeudi 2 juillet à la Bourse du Travail de Toulouse à l’initiative de la CGT et ouverte à tous les salariés de l’aéro pour discuter d’un plan de bataille et préparer la mobilisation du 9 juillet qui aura lieu à Toulouse et qui sera reproduite dans d’autres départements en ciblant à chaque fois un endroit attaché à l’aéronautique.

Soyons nombreuses et nombreux à y participer, à soutenir et à relayer, pour ne pas rater le départ d’une lutte déterminante pour l’ensemble de notre classe !




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