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LR-PS unis pour réprimer

Aix-Marseille. La préfecture réquisitionne les éboueurs pour briser la grève

Mobilisés depuis le 23 septembre, les éboueurs de la métropole Aix-Marseille subissent la répression de la part de la préfecture, qui, à l’appel des élus locaux, réquisitionne ce jeudi les grévistes pour les contraindre à reprendre le travail. Une atteinte au droit de grève inacceptable, alors que les travailleurs se heurtent déjà à la stratégie de la division menée par la ville.

jeudi 7 octobre

© AFP/NICOLAS TUCAT

Face à des grévistes déterminés : la métropole répond par la répression

La préfecture des Bouches-du-Rhône a annoncé ce mercredi la réquisition de soixante agents grévistes, du jeudi 7 au samedi 9 octobre. Une décision d’une brutalité rare, jamais vue dans la métropole marseillaise depuis 2010, quand les éboueurs en lutte contre la réforme des retraites avaient eux aussi subi la réquisition, à l’image de nombreux grévistes à l’époque dans le pays. Une mesure décidée par la préfecture, à l’appel de Martine Vassal, présidente Les Républicains de la Métropole, mais dont Benoit Payan, maire PS de Marseille est lui aussi responsable car, bien qu’il n’ait pas le pouvoir de demander directement la réquisition, a largement influencé en ce sens.

Ce coup porté à l’encontre des grévistes intervient alors que les éboueurs de la métropole ont montré ces dernières semaines leur force et leur détermination. Les travailleurs se mobilisent contre l’application par les collectivités territoriales de la loi de transformation de la fonction publique votée en 2019 et devant s’appliquer au 1er janvier 2022. Cette loi a pour conséquence d’augmenter la durée de travail de près d’une heure par jour, alors que le métier d’éboueur est déjà très difficile et usant, en témoigne leur espérance de vie, presque 20 ans plus faible que celle du reste de la population. Largement suivi, le mouvement a réussi à s’élargir et à toucher de nombreuses communes de l’agglomération marseillaise, paralysant en partie la métropole et mettant la pression sur les pouvoirs publics qui ont dû expliquer aux habitants pourquoi les déchets se multipliaient.

La métropole divise les grévistes avec l’aide de Force ouvrière

Face à cette situation, la métropole a réagi en deux temps : d’abord par la division, ensuite par la répression. Pour monter les grévistes les uns contre les autres, elle a d’abord choisi de négocier uniquement avec Force ouvrière, afin d’isoler la section CGT de la métropole. Véronique Dolot, coordinatrice de la CGT, explique dans la presse locale qu’on leur a signalé « une fin de non-recevoir sur la possibilité de dialoguer sur le temps de travail », et que la direction administrative leur a seulement accordé un échange oral, quand les élus ne se sont même pas présentés.

Cette négociation syndicat par syndicat, rendue possible par la complicité de la bureaucratie de Force Ouvrière, a débouché sur un accord prévoyant le recours à des formations, et une augmentation de 80€ de l’Indemnité de fonctions, de sujétions et d’expertise (IFSE). Pour la CGT, l’accord trouvé, portant sur les formations, afin de limiter les risques d’accident pendant la collecte de déchets, revient à faire peser la responsabilité de ces accidents sur les agents dans une profession où le manque de médecin du travail est pourtant criant, ainsi que nous l’expliquait Véronique Dolot il y a deux semaines. Concernant la prime, si la CGT s’en réjouit, elle précise à juste titre que ce sont des augmentations de salaires dont les éboueurs ont besoin, alors que le point d’indice est gelé depuis plusieurs années.

Pour autant, la signature par FO d’un accord n’a pas mis fin au mouvement et ce matin, dix communes de la métropole étaient encore touchées par la grève.

La mairie « de gauche » de Marseille complice de la répression

Face à la détermination renouvelée des grévistes, la métropole a finalement répondu par la provocation et la répression, déclarant que la grève n’était pas légitime, quelques heures après avoir demandé à la préfecture de réquisitionner les éboueurs. Pour ce faire, Martine Vassal et le parti Les Républicains qui contrôlent la métropole ont pu compter sur le soutien du maire PS de Marseille, Benoit Payan. Si ce dernier a tenté de manœuvrer pour sortir gagnant du conflit, en fustigeant la lenteur des négociations et en écrivant une lettre à Emmanuel Macron pour que la ville de Marseille récupère la gestion des déchets au détriment de la métropole, il a agi comme un opposant au mouvement de grève, n’exprimant à aucun moment sa solidarité, et ce alors qu’il gouverne une municipalité d’union de la gauche, avec les Verts et les insoumis. La complicité d’une mairie de gauche qui cherche à casser la grève des éboueurs, rappelle l’action des mairies de Paris et de Lyon, lesquels ont à chaque fois empêché les grévistes de se mobiliser, contre une loi pourtant mise en place par Emmanuel Macron.

La mobilisation des éboueurs, qui s’est encore exprimée ce jeudi lors du rassemblement devant le conseil métropolitain, est en ce sens exemplaire, et fait aussi écho aux nombreuses mobilisations partout en France de travailleurs de deuxième ligne, chez les éboueurs et employés municipaux mais aussi dans les transports, à l’image de la grève de Transdev en région parisienne et qui ne cesse de s’étendre, ou des employés de Keolis à Metz.

Il faut saluer la détermination de ces travailleurs qui ont tenu le pays pendant le confinement en continuant leur activité, et qui aujourd’hui subissent la hausse des salaires et l’application des réformes de la fonction publique territoriale et de privatisation des transports publics, et qui se battent aujourd’hui pour le respect et la dignité malgré la répression féroce et la volonté affichée de la préfecture de briser la grève.




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