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Monde

Crise sanitaire mondiale

Algérie. Arrestations politiques, misère et carence de l’hôpital public sur fond de pandémie

Apres plus d'un mois de confinement décrété par le gouvernement pour faire face au coronavirus, un confinement durant lequel plusieurs milliers de familles se trouvent dans la misère suite aux pertes de leurs revenus, l’Institut national de Santé Publique craint « l’apparition de nouveaux foyers épidémiques », ce qui prouve encore une fois que la seule solution pour faire face au coronavirus est de procéder à un dépistage massif.

samedi 9 mai

Alger, le 26 février 2020. RYAD KRAMDI / AFP

Une situation sanitaire préoccupante

Le nombre de cas confirmés en Algérie a ce jour est de 4. 838. Si le chiffre semble assez faible comparé aux autres pays touchés par le CoVid19, le nombre de morts à déjà atteint les 470, ce qui fait de l’Algérie le pays ayant le taux de mortalité le plus haut du monde avec 9% des cas. Un chiffre qui s’explique par la rareté des tests effectués et qui s’estiment à 200 par jour .
Faute de moyens et afin de tenter d’atténuer la catastrophe sanitaire que l’on traverse actuellement, le gouvernement à autorisé le diagnostique thoracique pour les personnes présentant des symptômes. Cette situation est problématique compte tenu que 80% des cas sont asymptomatiques, mais restent des vecteurs potentiels de propagation du virus.

Nous pouvons également constater d’autres signes d’impuissance de la part du gouvernement. L’Algérie a en effet été l’un des premiers pays à proposer de manière quasi systématique un traitement à la base d’hydroxychloroquine pour les cas confirmés, et cela, sans attendre la vérification de la réelle efficacité du protocole, ni de résultants concluants.

Malgré le confinement depuis plus d’un mois, l’Institut national de Santé Publique fait apparaître dans un communiqué la crainte de l’apparition de nouveaux foyer épidémiques. Si jusqu’à présent, ce foyer était situé dans les régions du centre, dont notamment dans la capitale et Blida, placée sous confinement total, le risque est que ce foyer épidémique se répande dans d’autres régions du pays.

Le confinement à l’épreuve de la réalité sociale.

Comme conséquence du confinement (qu’il soit total ou partiel), des nombreux secteurs économiques ont été impactés tels que la restauration ou les transports, ainsi que tout un pan de l’économie informelle représentant 60% de la population active. Cela fait en sorte que des millions de familles se soient retrouvées sans revenus du jour au lendemain, déclenchant des situations de misère, voir de famine.

Plusieurs associations ont alerté sur la situation inquiétante dans laquelle se retrouve une grande partie de la population, dont notamment dans la localité de Blida (épicentre de l’épidémie) et où le confinement décrété à été le plus drastique. C’est notamment ce qu’en témoigne un activiste d’une association de Blida, qui revendique depuis le début du confinement une augmentation de l’aide apportée à la population.

Suite à ces témoignages, et aussi par crainte que la situation constitue une cause d’explosion sociale, le gouvernement à décidé d’attribuer la dérisoire aide de 10000 DA à la population, ce qui représente moins du 50% du SMIC requis par les foyers les plus nécessiteux. Cette situation a donc constitué le déclenchement pour que des milliers de femmes et d’hommes se déplacent aux guichets afin de demander de l’aide au gouvernement.

En dehors de la situation alimentaire catastrophique que connait le pays, un autre aspect tout aussi important fait apparaître le confinement comme n’étant pas une solution viable a long terme. C’est notamment la question des logements, essentiellement dans les quartiers populaires des grandes villes, à l’instar d’Oran, Alger, Bejaia.., où les gens logent dans des logements surpeuplés et insalubres.

L’hôpital publique dépassé, le résultat d’années d’une coupure budgétaire et d’une politique d’austérité

Que ce soit le manque de masques, de tests PCR, de lits de réanimation ou de personnel soignant, c’est dans ce contexte de crise que le personnel soignant doit faire face au coronavirus. Cela a donc poussé le personnel soignant dès le début de la crise sanitaire à mener des protestations afin d’interpeller le gouvernement et d’exiger plus de moyens pour lutter contre l’épidémie.

Cette dégradation du service de santé publique est le résultat de 40 ans d’une politique libérale et de coupures budgétaires à répétition. Cela a donc entraîné un désengagement financier du gouvernement dans la santé publique, avec une réduction du nombre de lits, une compression des effectifs soignants et l’accroissement d’un manque de moyens. Il convient de rappeler une période pendant laquelle il a pu être constaté un accroissement des investissements dans le secteur privé et qui petit à petit, ont réussi à prendre le monopole de la santé publique, ce qui a empêché à une grande parti de la population de se soigner correctement.

Le désengagement de l’État se matérialise également par une dépense publique de la santé très minimaliste évaluée à 9.9% des dépenses publiques globales, en deçà des pays proches comme la Tunisie qui consacrent 10.58% de leurs dépenses globales à la santé. Il convient de rappeler que l’exigence de l’OCDE est de 17.83%. Avec en moyenne un médecin pour 545 personnes et 1.6 lit pour 1.000 habitants, les chiffres sont biens inférieurs comparativement à d’autres pays comme la Tunisie, la Jordanie ou bien même l’Iran.

Pour un dépistage massif, et la réquisition de toutes les cliniques privés

Le gouvernement a opté initialement pour un confinement allant jusqu’au 29 avril, qui sera par la suite prolongé jusqu’au 14 mai. Cette situation de crise permet au régime d’instrumentaliser le contexte politiques pour réprimer les militants du Hirak et les journalistes. Nous pouvons prendre l’exemple de l’arrestation puis de la mise sous mandat de dépôt du journaliste Khaled Drareni, ainsi que l’arrestation du jeune Walid Kechida fondateur de la page Facebook « Hirak mèmes », qui a également été placé sous mandat de dépôt le 28 avril dernier.
En plus de la répression que subissent les militants, le gouvernement fait adopter un projet d’amendement du Code pénal, "criminalisation de la diffusion des fakenews", qui n’est rien d’autre qu’’un musellement des libertés de la presse afin de faire taire les voix dissonantes.

Ce qui est certain, c’est que cette crise sanitaire est loin d’être terminée, et que face à l’échec de la politique de confinement du gouvernement (que ce soit sur le plan social ou sanitaire) une mobilisation générale de la population en comité de quartier ou de village est requise afin de sensibiliser la population, et d’exiger d’une part ; la nationalisation de toutes les richesses nationales, assurer la réquisition de toutes les cliniques privées et un revenu pour tous les nécessiteux ; que d’autre part, exiger un dépistage massif, seul moyen efficace pour lutter contre cette épidémie.




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