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Monde

Musellement de la presse

Algérie. Censure de la presse par les autorités, la journaliste Nadia Madassi démissionne

Lundi, Nadia Madassi, présentatrice depuis 15 ans de la chaîne Canal Algérie, démissionnait après avoir été obligée de lire une lettre de Bouteflika. Un acte qui a mis en lumière la mainmise du gouvernement sur les médias du pays.

mercredi 6 mars

Cette démission a fait le tour de la presse internationale. Nadia Madassi, présentatrice pour la chaîne publique Canal Algérie, a quitté son poste ce lundi, pour rejoindre la rédaction. C’est après avoir été avertie à la dernière minute qu’elle devrait lire sur les antennes une lettre de Bouteflika que celle-ci a décidé d’arrêter, après 15 ans d’antenne.

« On lui a remis à la dernière minute le message du président Bouteflika », « elle a été mise mal à l’aise. Elle a très mal vécu cet épisode, elle a décidé de ne plus présenter le JT et de rejoindre la rédaction », déclarait à l’AFP un de ses collègues de Canal Algérie.

Cette lettre, signée du Président Bouteflika, appelle au retour au calme et certifie sa présentation pour la cinquième fois consécutive aux élections, une nouvelle qui a mis dans les rues, depuis plus de 10 jours, des millions d’Algériens contre l’anti-démocratisme et l’autoritarisme du régime en place.

Si cette démission a tant fait parler d’elle, c’est qu’elle révèle la main mise du gouvernement sur les médias publics, quand les médias privés sont pour la plupart détenus par des hommes d’affaires qui soutiennent Bouteflika. Loin d’être un cas isolé, ce sont de nombreux journalistes qui étaient aussi dans les rues pour dénoncer les pressions s’exerçant sur eux et l’impossibilité de relater les manifestations massives ayant lieu contre le régime.

Le 23 février déjà, Meriem Abdou, ex-rédactrice en chef de la radio Chaîne 3 démissionnait de son poste après que les manifestations du 22 février aient été passées sous silence sur ordre de sa hiérarchie. Une contestation qui lui aura valu l’arrêt de son émission.

En effet, depuis le 22 février, les informations sur les manifestations circulant sur les médias nationaux se font plus que rares. « C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le début des manifestations, on ne nous laisse pas travailler », soulignait également le collègue de Nadia Madassi.

Le 26 février, les employés de la radio publique organisaient un rassemblement contre la censure exercée sur eux. Le lendemain, c’étaient les journalistes de l’Entreprise nationale de télévision qui organisaient une action de contestation au sein du siège, une première historique, scandant « Y en a marre de la censure », « Notre métier, c’est d’informer et non pas de désinformer », ou encore « Nous assurons un service public et non pas un service étatique ». Le 28, près d’un millier de professionnels et de soutiens se réunissaient pour mettre fin à cette omerta médiatique, un rassemblement réprimé conduisant à une dizaine d’interpellations de journalistes.

Plus tôt dans la semaine, Reporters Sans Frontières alertait déjà sur la main mise des autorités algériennes sur les médias : « interpellations, agressions, interdiction de couvrir, confiscation de matériel, pressions sur les médias publics et ralentissement du réseau internet... », dans une volonté de mettre « tout en œuvre pour museler les médias ».

Ces mobilisations historiques de journalistes contre leur hiérarchie et le régime, et ces prises de position publique de figures médiatiques pour l’indépendance de la presse en disent long sur la crise profonde que traverse le régime de Bouteflika.




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