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Algérie. De la guerre d’indépendance à « One, Two, Three, Viva l’Algérie ! »

Face au déchaînement de haine et de racisme qu’ont subi les supporters algériens après la qualification de leur équipe nationale pour la finale de la CAN 2019, il est important de se remémorer certains moments historiques du football algérien afin de montrer à quel point l’Algérie a marqué les consciences, notamment avec un chant éminemment politique et que tout le monde connaît « One, Two, Three, Viva l’Algérie ! ».

mercredi 17 juillet

Crédit photo : DR

Aussi connu que le « Et Un ! Et deux ! Et trois zéro ! », le chant « One, Two, Three, Viva l’Algérie ! » résonne à chaque match de la sélection algérienne. Derrière ce chant de supporter anodin, il y a une histoire avec un grand H. En effet, il vient de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

We want to be free !

Si partout dans le monde le 8 mai représente le jour de la fin de la Seconde Guerre mondiale et la capitulation de l’Allemagne nazie, en Algérie c’est tout autre. Le 8 mai 1945 à Sétif, Bouzid Saâl, 26 ans, brandit un drapeau algérien interdit par le pouvoir colonial français. La police essaie de lui arracher, sans succès. Le jeune homme tente de s’enfuir, la police lui tire dessus et le blesse à l’épaule. Alors qu’il se relève et brandit son drapeau dans le ciel, il est abattu d’une balle en pleine tête. La colère des Algériens explose dans plusieurs régions, notamment à Sétif, Guelma et Kherrata, où la France dirigea plusieurs massacres contre le peuple colonisé. Arrestations et exécutions de masse, fours crématoires, fosses communes, puits remplis de cadavres ; telles sont les expressions de la violence du colonialisme : 45.000 morts en quelques jours.

Jamais la France ne paiera pour ces massacres. Après la « pacification », le Général Duval, responsable de la répression, avait expliqué aux autorités : « Je vous donne la paix pour dix ans, à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés ». Neuf années plus tard, en 1954, la révolution algérienne commence.

Le FLN comprend très vite que la lutte armée ne se suffit pas à elle même. Il faut être offensif au niveau de la propagande à l’international. Plus la révolution attire l’attention, moins la France aura les mains libres pour réprimer dans le sang, sans que cela passe inaperçu. Cela n’a pas empêché les massacres, les viols, les tortures.

Les membres du FLN en France ont beaucoup participé aux campagnes de soutien à la lutte contre le colonisateur, alternant actions violentes et démarches pacifistes. Dans les années 50, pour alerter la communauté internationale, un chant en anglais est né pour réclamer la liberté des peuples en Algérie, « We want to be free ». Un chant éminemment politique qui sera décliné par la suite en un chant des supporters. En effet, le foot algérien et la révolution algérienne sont intimement liés grâce à l’équipe du FLN, composée de plusieurs joueurs algériens dont certains, comme Mustapha Zitouni et Rachid Mekhloufi, avaient d’abord joué dans l’équipe nationale de France. Ils ont fui clandestinement en Tunisie après être passés par la Suisse afin de fonder la première équipe nationale d’Algérie. Une arme de propagande redoutable pour la cause algérienne.

Quand « We want to be free » devient « One, Two, Three » puis « One, Two, Three, Viva l’Algérie »

Fondée le 13 avril 1958, l’équipe du FLN dispute son premier match officiel le 9 mai 1958 contre le Maroc. Ils l’emportent 2-0. La première équipe d’Algérie n’est pas reconnue par la FIFA qui fera tout son possible pour empêcher l’équipe du FLN de rencontrer des équipes. C’est pourquoi cette dernière fera surtout des matchs dans les pays communistes, permettant de récolter soutien et argent pour la révolution. Si l’équipe se dissout en 1962 après l’indépendance pour laisser place à l’équipe nationale d’Algérie, elle dispute le dernier match de son histoire lors de leur jubilé en 1970 à Alger devant 20.000 spectateurs.

Le 3 mai 1974, l’Algérie rencontre l’équipe anglaise de Sheffield United au Stade Bouakeul d’Oran. Les Algériens s’imposent 3 à 1 grâce à des buts de Belkedrouci, Lalmas et Belbahri. Dans les tribunes c’est la fête, les supporters reprennent en chœur le chant « One, two, three », qui a remplacé rapidement « We want to be free » via une contraction ou un abus de langage.

Mais c’est véritablement un an plus tard que ce chant deviendra incontournable.
Le 6 septembre 1975, lors des Jeux méditerranéens qui se disputent à Alger, l’Algérie se hisse en finale du tournoi de football et rencontre l’ancien colonisateur, la France. Treize ans après l’indépendance, les Fennecs (surnom issu de la mascotte de cette compétition) sont menés par l’ancienne star de Saint-Etienne, Rachid Mekhloufi qui 17 ans plus tôt avait fui la France pour rejoindre l’équipe du FLN.
Le match se dispute dans un stade bouillant où plus de 100.000 personnes s’entassent, sous le regard de Boumedienne, héros de la Révolution et président du pays depuis le coup d’État de 1965 qui a renversé Ben Bella.

Après avoir été menée 1-0 puis 2-1 à 10 minutes de la fin du match, l’Algérie arrache l’égalisation dans les dernières secondes. Les 100.000 personnes massées dans le stade laissent éclater leur joie et chantent pour la première fois « One, Two, Three, Viva l’Algérie ». Houari Boumediene qui avait quitté la tribune afin de ne pas à avoir à remettre la médaille d’or aux Français revient illico. L’Algérie finit par l’emporter 3 à 2 après prolongation avec un but d’une tête à l’entrée de la surface de Rabah Menguelti qui lobe le gardien français.

Le stade exulte ! Toute l’Algérie explose de joie ! Dans un article de France Football un membre du staff technique se souvient : « Dans les vestiaires, le président nous avait avoué que si la France nous avait battus, il aurait fait couper la télévision au moment de la remise du trophée... »

L’Algérie a remporté sa finale contre l’ancien colonisateur. Un match qui reste dans les annales du football algérien et qui a fait rentrer « One, Two, Three, Viva l’Algérie » dans la culture populaire algérienne mais également mondiale.

Omar Betrouni qui a égalisé en fin de match lors de cette finale expliquait : « Au coup de sifflet final, c’est comme si nous avions arraché notre indépendance une nouvelle fois ! »




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