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Algérie. Le régime menace d’interdire le PST, solidarité face à l’offensive autoritaire !

A l'approche des élections législatives du 12 juin en Algérie, le régime veut museler l'opposition. Alors que la répression policière se généralise contre le hirak et les luttes sociales, le Parti Socialiste des Travailleurs, organisation d'extrême-gauche, est menacé d'interdiction. Face à cette attaque, nous apportons tout notre soutien aux militants du PST.

mardi 25 mai

Cortège du PST à Béjaïa pendant le Hirak. Crédit photo : Facebook Parti Socialiste des Travailleurs

Le 22 mai dernier, le secrétaire général du Parti Socialiste des Travailleurs (PST) Mahmoud Rechidi annonçait que « le pouvoir a engagé les poursuites judiciaires en référé pour la suspension provisoire du PST, de toutes ses activités politiques et la fermeture de ses locaux ». Une attaque anti-démocratique grave de la part du régime algérien, qui mène une offensive autoritaire afin de museler l’opposition et étouffer la contestation sociale à l’approche des élections législatives anticipées du 12 juin 2021.

Un scrutin électoral sous le signe de la répression de la contestation sociale

Le hirak et l’irruption des masses populaires le 22 février 2019 ont permis au peuple algérien de relever la tête en se débarrassant d’Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans et prétendant à un cinquième mandat de président de la République. La mobilisation populaire a exacerbé les éléments de crise interne au régime algérien, qui ont mené aux arrestations en série de ministres, d’oligarques et d’officiers haut-gradés. Sous pression de la mobilisation populaire, le régime tentait ainsi de faire peau neuve afin de calmer la colère et préparer un retour à la normal, avec son lot de réforme anti-sociales pour faire payer la crise économique aux travailleurs en dilapidant toujours plus les richesses nationales au profit de l’impérialisme et de la bourgeoisie compradore.

Deux ans plus tard, malgré toutes les manœuvres, force est de constater que la défiance vis-à-vis du pouvoir demeure, et que les tentatives de replâtrages sont loin d’avoir suffi à calmer la colère populaire. En témoigne le rejet massif des élections présidentielles qui ont installées l’ancien premier ministre Abdelmadjid Tebboune au pouvoir, malgré un taux d’abstention de plus de 60%. A rebours des tentatives de cooptation et dans le sillage du hirak, les luttes sociales se développent dans les entreprises contre les licenciements, la vie chère et pour les libertés syndicales. Chez Numilog, AlCost, à la Poste ou encore dans l’Éducation Nationale, ces luttes ont le visage d’une génération ouvrière en rupture avec la direction bureaucratique de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA), et impactée par le soulèvement populaire historique qui a mis l’ensemble des masses algériennes dans la rue sans distinction régionaliste ou corporatiste, fait inédit depuis 1962 et le mouvement pour l’indépendance.

Face au mouvement de contestation sociale et politique, le régime joue la carte de la répression. Les grévistes sont taxés d’« agents de l’étranger » par la revue de l’armée El Djeich, le gouvernement instrumentalisant la lutte contre l’impérialisme à des fins répressives, à l’instar de la répression policière contre les travailleurs de Numilog le 14 avril à Béjaïa. Tandis que les marches étudiantes du mardi ont été interdites, manifestants et journalistes sont arrêtés par dizaines lors des marches hebdomadaires du vendredi, et le pouvoir n’épargne pas les dirigeants des formations politiques qui s’étaient compromises avec lui à l’époque de Bouteflika et qui sont obligés aujourd’hui par la pression populaire à refuser la mascarade des élections législatives anticipées qui auront lieu le 12 juin prochain et à appeler au boycott du scrutin, comme Wahid Ben Halla (Dirigeant du MDS), Mohcen Belabbes (Président du RCD), ou encore Ali Laskri (Dirigeant du FFS), arrêtés le 14 mai dernier.

Le PST menacé d’interdiction : l’offensive autoritaire du régime continue

Le Parti Socialiste des Travailleurs a réuni plus d’une centaine de militants à son dernier congrès il y a quelques semaines. Il a été fondé en 1989 par les militants du Groupe Communiste Révolutionnaire. Dernièrement, ses militants sont intervenus dans le cadre du hirak, ou encore dans la grève des travailleurs de Numilog où ils ont joué un rôle. La menace d’interdiction à son encontre s’inscrit ainsi dans l’offensive autoritaire du régime dans la continuité notamment de l’emprisonnement de Louisa Hanoune. Une offensive anti-démocratique qui s’inscrit de manière préventive dans un contexte où l’on pressent des tendances à la radicalisation des luttes sociales.

A noter qu’elle fait suite à la décision du Haut Conseil de sécurité présidé par Abdelmadjid Tebboune de classer sur « la liste des organisations terroristes » le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) et Rachad le 18 mai dernier. S’il ne s’agit pas de verser de larme pour ces deux organisations – l’une instrumentalisant les aspirations démocratiques et culturelles du peuple kabyle à des fins racistes, l’autre s’appuyant sur le discours religieux des Frères Musulmans pour revendiquer un modèle néo-libéral accompagné de contre-réformes réactionnaires sur le plan sociétal – leur interdiction permet au régime de légitimer la criminalisation des organisations politiques qui ne lui emboîtent pas le pas vers le chemin du gouvernement d’union national qu’il espère pouvoir réunir avec les élections anticipées du 12 juin 2021.
Face aux menaces d’interdiction du régime, il est plus que nécessaire d’apporter un soutien inconditionnel aux camarades du PST.

Ainsi l’ensemble des organisations qui se revendiquent du mouvement ouvrier devraient dénoncer cette offensive du régime, et cela indépendamment des désaccords politiques qui peuvent exister. En effet, une telle offensive, si elle passait, créerait un précédent grave, et auraient des conséquences pour les conditions de luttes, les droits démocratiques en Algérie. Face à l’offensive autoritaire du régime, il s’agirait donc de créer le front le plus large possible en aux militants du PST et défense des droits démocratiques en toute indépendance du régime. Pour construire le rapport de force, les méthodes de la lutte de classe, la grève et les manifestations, auraient un poids décisif pour contrer l’offensive autoritaire du régime.




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