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Monde

Mobilisations contre le régime

Algérie. Les travailleurs du pétrole se mettent en grève contre le régime malgré les menaces

Le 15 mars, des travailleurs de l'entreprise algérienne Sonatrach ont cessé le travail sur les sites pétroliers et gaziers de Hassi Messaoud et Hassi R'mel, malgré les menaces de la direction et contre l'avis de la direction de l'UGTA, confédération syndicale qui continue de soutenir le régime.

lundi 18 mars

Photo : Adam Berry/Getty Images

Face à l’ampleur du mouvement national qui embrase l’Algérie depuis le 22 février contre le régime, la direction du géant pétrolier Sonatrach (première entreprise d’Afrique et 12ème plus grand groupe pétrolier au monde en 2011) a semble-t-il vite craint que le mouvement s’étende à la production d’hydrocarbure. Une préoccupation partagée par l’État, dans une situation de crise absolue alors que la mobilisation continue de s’amplifier et que les piliers du régime semblent céder un par un. Le gaz et le pétrole représentant à eux deux plus de 95% de la valeur des biens exportés, une paralysie générale des entreprises exploitantes pourrait porter un coup de grâce au régime.

C’est en ce sens que dans un communiqué du 10 mars la direction de Sonatrach a sommé ses salariés à être « responsables » étant donné « la qualité de locomotive de l’économie nationale » de l’entreprise, rappelant l’interdiction de l’arrêt « collectif et concerté » du travail. En clair, toute manifestation politique des salariés en lien avec le mouvement social en cours serait punie.

Les menaces n’ont pas réussi à empêcher la propagation du mouvement à ces zones d’exploitation situées dans le désert. Le 15 mars, journée de mobilisation nationale qui a réuni jusqu’à 15 million d’algériens dans la rue, plusieurs centaines de travailleurs de Sonatrach mais aussi d’entreprises telles que l’Entreprise Nationale des Grands Travaux Pétroliers ont quitté leurs postes, scandant des slogans antisystème tels que « Nous sommes une république et non pas un royaume ».

Sur les images disponibles sur les réseaux sociaux et les informations qui peuvent nous parvenir, difficile de connaître les chiffres de grévistes, ni si la production s’est retrouvée intégralement paralysée. Cependant, on ne voit pas un seul drapeau de l’UGTA, confédération syndicale qui a un poids prédominant dans le secteur des hydrocarbures, et ce malgré le fait que la division exploration de Sonatrach de l’organisation se soit positionnée début mars à faveur de la mobilisation nationale contre le 5ème mandat.

Assiste-t-on à un début du débordement des directions syndicales, qui se montrent pour l’instant plus que timides face au clan Bouteflika, jouant un rôle objectif de pilier du régime ? Une chose est sure, pour faire tomber le régime algérien antidémocratique et pourrissant, pour rompre avec l’impérialisme qui continue encore aujourd’hui de piller les ressources nationales, et pour imposer des conditions de travail et de vie dignes pour toutes et tous les algériens, la grève doit se généraliser et se poursuivre dans les divers secteurs de l’économie.

La mobilisation des travailleurs du pétrole et du gaz sera déterminante pour coordonner les différents secteurs en lutte contre le régime. Aussi, cette énorme force sociale serait capable d’imposer une Assemblée Constituante Révolutionnaire qui discute toutes les questions économiques, politiques et sociales du pays, où les révolutionnaires pourraient jouer un rôle déterminant dans la perspective de la constitution d’un gouvernement des travailleurs qui mène jusqu’au bout les tâches de la révolution d’indépendance que le régime du FLN a confisqué. Mais pour cela l’UGTA doit rompre immédiatement avec le gouvernement et le régime.




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