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Ali Primera : "Maintenant que le pétrole nous appartient…"

Camille Münzer

Ali Primera : "Maintenant que le pétrole nous appartient…"

Camille Münzer

Dans le cadre d’une montée révolutionnaire dans le continent dans les années 1960-70, l’Amérique latine connaît un mouvement artistique appelé « canción protesta », la chanson de protestation. Ali Primera, vénézuélien, est l’un de ses représentants les plus paradigmatiques.

Ces auteurs-compositeurs évoquaient par exemple la condition coloniale de leur pays, à l’image des colombiens Ana y Jaime dans « Café y Petróleo », la lutte armée, à l’image de la vénézuélienne Soledad Bravo dans « La guerrillera », ou tout simplement la condition humaine, à l’image du cubain Pablo Milanés dans « La vida no vale nada ».

Certains chanteurs produisaient des textes plus ou moins pamphlétaires dans une visée d’agitation, d’autres, refusant d’être seulement des propagandistes, versaient plus dans la poésie. Ely Rafael Primera Rossell, plus connu sous le nom de Ali Primera, faisait résolument partie des premiers. Ayant grandi dans la région pétrolière de Los taques, il part en Roumanie au début des années 1970 avec une bourse du Parti communiste du Venezuela pour faire des études d’ingénierie du pétrole. Cependant, il retourne au Venezuela sans avoir fini ses études pour militer et chanter.

Sous le gouvernement de Carlos Andrés Pérez, l’industrie pétrolière est nationalisée et l’entreprise d’État PDVSA est créée. A l’époque, le pays est rebaptisé « Venezuela-Saoudite », en en raison de l’immense flux de dollars généré par la rente pétrolière. Ali Primera répond à la nationalisation du pétrole par « Ahora que el petróleo es nuestro » ("Maintenant que le pétrole nous appartient"), dans son album « Canción mansa para un pueblo bravo » ("Chanson douce pour un peuple en colère").

Dans ce morceau, Ali Primera souligne le paradoxe de la nationalisation du pétrole par le gouvernement de Carlos Andrés Pérez et pose la question de ceux à qui cette mesure bénéficie véritablement. En effet, malgré l’immense richesse que constitue la rente pétrolière, il y a toujours des mendiants, des « malades sans hôpitaux et des gamins sans lycées ». Pour Primera, c’est bien au peuple qu’appartient le pétrole et à lui que doit profiter de la nationalisation :

C’est nous qui le travaillons
C’est nous qui le raffinons
Messieurs, à cette comédie
Je n’y vois aucun intérêt
Que c’est nous qui travaillons
Et eux qui profitent

Trente ans plus tard, les choses ont peu changé avec le gouvernement de Hugo Chávez et la révolution bolivarienne. Le pétrole a été renationalisé au début des années 2000, après une décennie d’« ouverture pétrolière », c’est-à-dire la vente du droit d’exploitation à des entreprises étrangères. Sous Chávez, le pétrole appartenait de nouveau officiellement au peuple. Pourtant, malgré les mesures redistributives du gouvernement, on continuait de voir des « malades sans hôpitaux et des gamins sans lycées »…

Crédits. Archives, http://radiomundial.com.ve

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