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Politique

LE FN CHASSE SUR LES TERRES DE SARKOZY

Franck Allisio. Nouveau transfuge au FN

Le président national des Jeunes Actifs des Républicains, Franck Allisio, a annoncé dimanche 13 septembre à Marseille son ralliement au Front national. Depuis 12 ans à l’UMP, après cinq ans de cabinet ministériel, il renoncerait à un avenir politique prometteur au sein de sa famille politique. Une aubaine pour le FN dont un tel « renoncement » renforce la stratégie électorale et accrédite la dédiabolisation.

dimanche 13 septembre 2015

Un homme de conviction… et d’intérêts

Âgé de 35 ans, Franck Allisio était à la tête des « Jeunes actifs » des Républicains, un mouvement qui regroupe des trentenaires et des jeunes « insérés dans la vie active ». Il y a quelques jours à peine il postait encore sur Twitter des photos prises pendant une commission exécutive des Républicains. Il n’a d’ailleurs pas mégoté sur les messages de soutien au « parti de Nicolas Sarkozy ». Les convictions du jeune loup et ses sympathies officielles pour le FN sont donc de fraîche date.

Moraliser le revirement est indispensable. Il justifie son ralliement par l’aboutissement d’un long processus de prise de consciencesuivi d’un choix douloureux : « Ce n’était pas une décision facile à prendre, ça prend du temps à mûrir. Il était beaucoup plus facile et plus confortable de rester » affirme-t-il. La morale triomphe définitivement quand il déclare : « à un moment donné, il fautchoisirentre son confort, ses intérêts, l’habitude, etsesconvictions ». Un peu de sa noblesse d’âme retombe donc sur le FN qui le recrute !

Son choix n’est cependant pas dénué d’intérêts. Il n’est en effet pas certain, contrairement à ce qu’il affirme, qu’il aurait obtenu un poste de ministre en cas de victoire des Républicains en 2017. En revanche, son ralliement au FN a des contreparties immédiates. Il est d’ores et déjà prévu qu’il figure sur la liste FN des Bouches-du-Rhône, et il a été immédiatement nommé porte-parole pour la campagne des régionales de décembre. Avec, en ligne de mire, un poste de conseiller régional.

Une pierre dans le jardin des Républicains

Stratégie gagnante donc, du côté Franck Allisio, mais gagnante aussi du côté Marion Maréchal, tête de liste Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’un de ses grands affrontements, lors des élections régionales en PACA, se fera contre le maire de Nice Christian Estrosi. Le transfuge Allisio jette opportunément une pierre dans le jardin du ténor politique des Républicains. La petite-fille du fondateur du FN n’a pas raté cette belle occasion de sabrer « de l’intérieur » l’image du parti d’Estrosi. Elle souligne que Franck Allisio « qui a participé activement au sein de l’UMP, qui a vu les choses de l’intérieur, qui est membre du bureau politique, qui a vu son fonctionnement, a depuis quelques mois déjà commencé à ne plus pouvoir supporter les reniements successifs » de son parti.

Et de faire un appel du pied aux électeurs de droite en estimant que « Franck représente une grande partie de cet électorat UMP qui se sent très mal à l’aise aujourd’hui dans cette famille politique ». Son calcul politique, en ouvrant les bras à « l’ex-patron des jeunes actifs », est que son passage symbolique des Républicains au FN fera basculer un bon nombre des déçus de la droite.

Un atout pour la dédiabolisation pré-électorale

Franck Allisio n’est pas le seul de son espèce à s’être rapproché de Marine Le Pen, ou à avoir rejoint les rangs du FN après l’avoir violemment critiqué. Sébastien Chenu, ancien secrétaire national de l’UMP et fondateur de GayLib, l’a précédé fin 2014, et bien d’autres encore.

L’avantage des ralliements, c’est qu’ils accompagnent tout naturellement la stratégie de dédiabolisation et d’allégeance à la République, à ses institutions, à son fonctionnement électoral, aux libertés démocratiques.

Quels meilleurs arguments pour accréditer la normalisation de Marine Le Pen et du FN que d’être considérés, par ceux-là même qui les vilipendaient, comme fréquentables, voire seuls capables de défendre les valeurs qu’ils ont portées au sein de la droite « classique » ?

Dans le cas de Sébastien Chenu, fondateur de « Gaylib » le litige avec l’extrême droite portait sur les droits des homosexuels. Favorable au mariage gay, le mouvement a été associé à l’UMP de 2003 à 2013 puis à l’UDI depuis 2013. La position prudente adoptée par Marine Le Pen au moment des affrontements autour de ce thème et sa position en faveur d’un « cadre légal » pour les couples de même sexe, dans le droit fil de la politique de dédiabolisation, lui a valu de récupérer cet ancien secrétaire national de l’UMP au sein du Rassemblement Bleu Marine.

Quant à Allisio, le fait qu’il vienne de l’UMP/Les Républicains, et qu’il ait travaillé auprès de Karoutchi au ministère des relations avec le parlement, suffit à offrir un visage honorable au FN qui le recrute. Sur le fond, lui qui jadis avait assimilé les orientations économiques du FN à celles de Mélenchon en l’accusant paradoxalement d’être « trop à gauche », appuie désormais la politique fiscale et la stratégie nationaliste anti-euro d’un Florian Philippot.

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En route pour les élections…

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Marine et Marion-Maréchal Le Pen peuvent remercier Franck Allisio pour le coup de main qu’il vient de leur donner. Une semaine après la victoire du FN normalisé contre le trublion Jean-Marie Le Pen, qui a finalement baissé la garde, l’épisode du ralliement de l’ancien dirigeant des « jeunes Actifs » vient de renforcer le visage républicain bon teint que le FN veut se donner pour les prochaines échéances électorales.




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