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Délocalisation

« Alstom est clairement responsable » : 55 licenciements chez l’équipementier ferroviaire Compin

Première journée d’action pour les salariés de l’équipementier ferroviaire Compin (Evreux), qui sont allés demander des comptes à Ile-de-France Mobilités, qui les a traités avec autant de mépris que leur propre patron.

mardi 13 septembre

« Dans un arbre il y a des branches mortes, il faut les couper » : tels ont été les mots du PDG de Compin à ses salariés, dont il veut licencier la moitié. La formule, et l’annonce, passent plus que mal chez les salariés, qui ont reçu, à la rentrée des vacances l’annonce que la moitié de l’usine d’Evreux allait être licenciée, pour délocaliser l’activité en Pologne. Rassemblés devant Ile-de-France mobilités, le client numéro 1 du ferroviaire en France, les salariés sont venus dire leur déception face aux responsables régionaux, qui les ont accueilli avec autant de mépris que leur patron. Ile-de-France mobilités, rien qu’en 2021, a en effet dépensé 1,93 milliards d’euros en achat de matériel roulant (ferré et surface).

C’est avec amertume que Guy, 37 ans d’ancienneté dans la boîte a appris la nouvelle du PSE : «  je fais 45 km tous les jours pour aller travailler depuis qu’ils ont fermé le site précédent il y a une quinzaine d’années. On s’est beaucoup investis dans cette entreprise, pour avoir ça maintenant, cela fait mal au cœur, alors qu’il y a du boulot  ». Car le cœur du problème ici n’est pas un problème de secteur sur le déclin ou un manque de commande : la délocalisation est un enjeu purement comptable, ce que dénonce Boris Amoroz, de la CGT Alstom, venu soutenir ses camarades : « La décision de Compin de délocaliser et de faire une usine en Pologne, c’est à la demande d’Alstom. Demande formelle, ou informelle, là ce n’est pas la question : Alstom a une politique qui veut délocaliser les activités industrielles. En 2020 on était à 40% de ce qu’Alstom achète produit dans les pays « à bas coût ». Pour 2025, Alstom veut faire passer ça à 60%. Il faut donc fermer des usines en France, en Allemagne et en Italie pour en ouvrir des nouvelles plus loin, en Pologne par exemple. Alstom est clairement responsable de ce choix  ».

Cette politique industrielle d’Alstom n’en est pas à sa première victime : en 2019, les salariés d’un autre équipementier ferroviaire, ACC (Ateliers de Construction du Centre), à Clermont Ferrand, se retrouvaient face à un redressement judiciaire, malgré un carnet de commande plein. Même problème aux ateliers de Valdunes (Nord), fabriquant de boggies, où les syndicats alertent depuis plusieurs mois sur la délocalisation de leurs activités via la concurrence organisée par Alstom.

Pour les salariés, même si l’annonce a été faite il y a quelques semaines, la direction de l’entreprise a volontairement sabordé l’entreprise et préparé ce PSE depuis longtemps. L’atelier peinture a été démantelé l’an dernier, les machines amenées en Espagne. Pendant ce temps, d’après un ouvrier, qui, après 38 ans de boîte ne touche que 1500€ net, « ils ont organisé la malfaçon et des retards, ils n’ont pas été rigoureux avec nos clients, et évidemment on a perdu des chantiers ». Beaucoup de déception et de colère pour les salariés, notamment à propos du prêt garanti par l’Etat, autrement dit une subvention, de 5,9 millions d’euros que l’entreprise a obtenu il y a peu. « On n’a jamais eu les chiffres des bénéfices faits par la boîte, qui dit que les 6 millions ne sont pas partis dans les poches des actionnaires ?  » interroge un autre ouvrier, montrant une nouvelle fois l’importance de revendiquer un accès public à la comptabilité des entreprises.

Après un rassemblement d’une heure et demie devant le siège de la région Ile-de-France, à Saint-Ouen, une petite délégation a été reçue par le responsable des achats de la région. Pour les syndicalistes, la région a réagi avec autant de mépris que leur direction : « il a fallu qu’on explique ce qu’était Compin ! Cela fait 120 ans que tous les sièges d’Ile de France sont fabriqués par Compin et le directeur des achats d’Ile de France Mobilités ne nous connaissait pas ».

Prochaine date de mobilisation pour les salariés : la journée nationale de mobilisation du 29 septembre, lors de laquelle ils seront en tête de cortège dans la manifestation ébroïcienne.



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