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Amazon. Le vote pour la syndicalisation échoue face à la répression mais la lutte n’est pas terminée

Les travailleurs d'Amazon en Alabama, aux États-Unis, ont livré une première grande bataille pour obtenir la construction d'un syndicat dans leur entreprise. Après plusieurs semaines d’offensives antisyndicales, illégales et d’intimidation du patronat, le non au référendum interne à l'entreprise l'emporte avec près de deux fois plus de voix que pour le oui. Cet échec est la conséquences des lois antisyndicales mises en place par les démocrates et les républicains.

mardi 13 avril

Crédits photos : Photograph : Amazon ; Elif Ozturk/Anadolu Agency via Getty ; Dustin Chambers/REUTERS ; RWDSU ; Samantha Lee/Insider

Les travailleurs d’Amazon Bessemer, en Alabama aux Etats Unis, ont mené ces dernières semaines une lutte exemplaire pour l’obtention et l’officialisation d’un syndicat au sein de leur entreprise. Après plusieurs semaines de politiques systématiques d’intimidation, d’innombrables réunions antisyndicales convoquées par l’entreprise, de harcèlement, menaces et même de pot-de-vins, la création d’une section syndicale du Syndicat du Commerce (RWDSU) a été empêchée par un référendum interne. [https://www.revolutionpermanente.fr/USA-Vers-un-premier-syndicat-chez-Amazon-les-travailleurs-d-Alabama-montrent-l-exemple]

Sur près de 5800 salariés, 3215 voix auraient été exprimées. Le “non” l’a emporté avec près du double de voix contre le “oui” à la création d’une section syndicale du RWDSU au sein d’Amazon, sujet d’angoisse pour la direction nationale de l’entreprise depuis plusieurs semaines. En effet, sa formation aurait pu permettre la légalisation de la création de sections syndicales dans l’ensemble des dépôts du pays.

Pendant près d’un mois, Amazon s’est spécialisé dans la répression syndicale. Dans un mouvement de panique, l’entreprise est allée jusqu’à investir quotidiennement près de 10 000 dollars dans un cabinet d’avocat spécialisé dans le droit syndical, tout en embauchant des experts en renseignements pour surveiller les groupes facebook privés des salariés. En plus d’une campagne massive, Amazon aura usé de tactiques d’intimidation sur les travailleurs les plus jeunes et ayant le moins d’expérience dans la formation d’un syndicat, tout en rappelant que la porte de sortie de l’entreprise restait ouverte à tous ceux qui souhaiteraient s’opposer à la direction. [https://www.leftvoice.org/bessemer-union-falls-short-but-united-rank-and-file-workers-can-and-will-win-at-amazon]

Cet ensemble de mesures a été rendu possible par l’existence d’un appareil légal antisyndical composé historiquement de concert par les républicains et les démocrates. Ainsi les lois démocrates et républicaines ont offert à Amazon la possibilité d’interdire la formation d’un syndicat dans l’entreprise. Et ce malgré la lutte des 500 salariés qui se sont exprimés en faveur de sa formation. L’effort demandé aux salariés d’Amazon, et ce malgré leur combativité, était énorme.

De plus, le syndicat RWDSU (syndicat du commerce concerné par cette campagne) a préféré suivre la voie historique des syndicats aux Etats Unis. [https://www.laizquierdadiario.com/Amazon-intimido-a-trabajadores-para-que-no-voten-por-el-sindicato-pero-la-lucha-sigue] Après des années d’adaptation au régime néolibéral démocrate et l’accompagnement des réformes austéritaires depuis les années 90, les syndicat sont vus par la majorité de la population américaine comme des organes de défense peu efficaces. En effet, seulement 6% des salariés privés aux Etats Unis sont syndiqués, ce qui contraste énormément avec le 60% d’opinion favorable dans le pays envers les syndicats. Enfin, la campagne ayant été menée en extériorité de l’entreprise, privilégiant la recherche de l’appui, à peine assumé, de figures démocrates à une véritable politique menée en direction de la base des salariés pour les inciter à construire eux-mêmes leur outil syndical, a participé au résultat final et à la défaite.

Une défaite qui peut signer le début d’une lutte plus large

Il va sans dire que dans une ville comme Bessemer en Alabama, composée à près de 70% d’afroaméricains, la lutte contre le racisme aux Etats Unis aura su faire un pont à l’entrée des entreprises. Bien que le syndicat RWDSU appelle à contester légalement le vote interne à Amazon, en rappelant la politique exécrable de la direction de l’entreprise sur ses salariés, cette lutte ne pourra être emportée que par la recherche d’un véritable appui populaire dans la ville ainsi que par une lutte de la base au sein de l’entreprise.

Que ce soit pour l’amélioration des conditions de travail, la remise en question de la gestion catastrophique de la crise sanitaire par les géants internationaux de la logistique comme Amazon ainsi que le questionnement des lois antisyndicales historiques, les travailleurs d’Amazon Alabama ont montré la voix. En témoignent d’ailleurs les grèves récentes chez Amazon Chicago [https://www.vice.com/en/article/g5gxpb/amazon-workers-in-chicago-strike-over-ruthless-megacycle-shifts] ou encore les vagues de dénonciations des conditions de travail dernièrement sur les réseaux sociaux. [https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-vendredi-26-mars-2021]

Les travailleurs d’Amazon à travers le pays devraient voir cela comme une première tentative. Il faut tirer des leçons et essayer à nouveau. Les syndicats sont des armes précieuses pour la classe ouvrière, mais ils doivent être dirigés et organisés par la base elle-même. Pour cela, il s’agit de s’opposer à la tradition syndicale néolibérale présente aux Etats Unis, pour construire de véritables syndicats de lutte capables de mener l’ensemble des salariés vers le retrait des lois antisyndicales héritées des républicains et des démocrates.




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