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"Amazon a dû reculer mais le combat n’est pas terminé" : un syndicaliste raconte

Amazon a été condamné en justice à limiter ses activités, aux produits essentiels (alimentaire, hygiène, santé...), l’entreprise a décidé de fermer temporairement. « Une victoire temporaire » pour les syndicalistes qui se battent pour la fermeture des activités non-essentielles pendant la pandémie.

mercredi 15 avril

(crédit photo : Ben Gilbert/ Business Insider)

Révolution Permanente : Mardi, Amazon a été contraint par le tribunal de Nanterre de ne plus livrer que des articles « non-essentiels », sous peine d’une amende d’un million d’euros par jour, le temps d’assurer des conditions sanitaires qui protègent la santé des salariés. Quelle a été la réaction de l’entreprise ?

Robin Collignon, délégué syndical CGT : Face à cela, Amazon a décidé de fermer temporairement les sites. On doit encore aller bosser demain matin [NdlR : propos recueillis le 15 avril] mais après ,les sites seront fermés jusqu’à mardi prochain. Mon sentiment c’est qu’il s’agit du meilleur moyen pour l’entreprise, en attendant de faire des expertises sur la sécurité au travail dans le but de rouvrir, de ne pas perdre trop d’argent. Le volume de produits est trop faible, malgré la communication du groupe depuis le départ qui annonçait avoir déjà restreint ses activités. Pendant la fermeture, les salariés sont mis en chômage partiel. Il faut noter qu’Amazon va ajouter les 16 % normalement perdus et les salaires seront donc maintenus en intégralité – de même pour les intérimaires – ce que les organisations syndicales revendiquaient depuis le début de la crise. La situation est donc une victoire, certes temporaire, mais une victoire tout de même, car la direction d’Amazon ne fait pas de cadeaux, s’ils ont lâché sur le maintien des salaires c’est qu’ils ont senti que la pression était trop forte, que la colère des salariés montait.

RP : Est-ce que vos revendications changent face à la situation ?

Robin Collignon : Non, on continue à revendiquer la fermeture d’Amazon qui n’est pas une activité essentielle en période de pandémie. On veut la fermeture tant qu’il y a confinement et danger pour la santé des travailleurs et de leur entourage. C’est pour ça que je parle d’une victoire temporaire. Amazon a dû reculer mais le combat n’est pas terminé. Pour autant, il s’agit d’un soulagement pour beaucoup de collègues, de ne plus avoir à travailler dans ces conditions. L’état d’esprit change chez les collègues, l’antagonisme entre le patron et les salariés devient de plus en plus visible. Face aux managers qui gueulent sur les salariés, et les abus de pouvoir qui peuvent exister dans la période, on entend des salariés qui se disent : « Ils devraient déjà être contents qu’on soit là... ». En fonction de l’ambiance sur le site, on discutera peut-être demain matin d’un débrayage pour enfoncer le clou.

RP : La capacité d’Amazon a assuré la sécurité et la santé des salariés a été remise en cause encore une fois. La direction doit procéder à une évaluation des risques avec les représentants du personnel, comment est-ce que cela se passe ?

Robin Collignon : En fait la direction a tenté de faire l’expertise très vite pour contourner ce problème le plus vite possible. Dès mardi après-midi, quelques heures après le rendu du tribunal, la direction à Montélimar a convoqué un CSE pour faire un tour du site. On a considéré, d’accord avec tous les autres syndicats, qu’on n’était pas des experts des mesures d’hygiène face au virus et qu’il fallait faire appel à une boîte extérieure. On a refusé de marcher avec la direction qui voulait enterrer ça vite fait bien fait. De ce point de vue, tous les syndicats étaient sur la même longueur d’onde, on arrive à bien marcher tous ensemble ce qui permet aussi d’éviter une image de « guéguerre » entre les organisations, ça donne une meilleure image aussi pour les collègues pour faire front face à la direction.

RP : La dernière fois, tu nous parlais des mesures qu’Amazon mettait en place après avoir été épinglé sur cinq sites par l’inspection du travail. Et notamment de l’occasion pour la direction de diviser un peu plus les salariés en les fliquant. Est-ce que ces mesures ont été mises en place ?

Robin Collignon : Pour ces fameux « safety angels », en gros des salariés chargés de fliquer les autres s’ils ne respectaient pas les nouvelles mesures d’hygiène, la direction n’avait pas trouvé de volontaire. Elle a donc fait appel à des intérimaires, là non plus les réponses n’ont pas été très nombreuses. Elle a donc décidé de jouer avec l’appât du gain en ayant recours à des primes le temps de la mission, ce qui faisait passer les salariés à l’équivalent d’agent de maîtrise et représentait une augmentation de 500€ !

Certains collègues qui ont fini par accepter pensaient vraiment faire de la prévention. La direction les a manipulés car elle demandait de relever des noms. La manipulation et la division c’est la spécialité d’Amazon ! D’autres collègues étaient en colère contre ceux qui ont accepté, mais on a essayé le plus possible de montrer que la faute c’était celle du patron, de la direction, qui divisent les salariés et jouent sur les besoins financiers pour nous diviser. Pour l’instant, il y a eu des remontées à des managers mais pas d’avertissement ou de convocation pour des personnes qui auraient été jugées comme ne respectant pas les règles d’hygiène. Je tiens à rappeler que tout avertissement de ce type, s’il y en avait, serait à contester, et j’invite les salariés à se tourner vers les syndicats si c’était le cas.

Pour ce qui est des mesures mises en places (masque, gel hydroalcoolique, prise de température) c’est bien joli mais ça n’a pas élargi les murs des entrepôts et la distanciation est toujours impossible. Ça n’a pas ajouté du gel à chaque poste de travail comme cela avait été promis, il n’y en a pas non plus dans les zones de picking (là où on ramasse les colis). La direction n’a rien trouvé de mieux qu’une formation bidon d’une demi-heure pour apprendre aux salariés à se laver les mains et donner une petite fiole de gel ! Ce n’est pas aux salariés de ramener leur propre gel !

RP : Dans plusieurs secteurs, le patronat commence à agiter le spectre de la crise, comme à Daher dans l’aéro pour justifier des licenciements. D’un autre côté plusieurs entreprises dans le commerce (Darty, Fnac) parlent déjà de rouvrir et on voit le Medef faire pression dans ce sens malgré le prolongement du confinement. Dans le même temps, Jeff Bezos, a vu sa fortune augmenter de plus de 20 milliards de dollars. Pas sûr qu’ils vous fassent le coup de la crise chez Amazon, mais je suppose que vos salaires ne vont pas en profiter...

Robin Collignon : Non c’est sûr ! Ils ont quand même eu le culot de nous augmenter de 2 euros bruts de l’heure pour aller travailler pendant le confinement : c’est le salaire de la peur ! De jour en jour, je vois de plus en plus de voitures sur la route en allant travailler, c’est clair que le patronat est en train de faire reprendre au mépris de la santé des travailleurs. Pour autant, je pense qu’ils voient que les antagonismes de classe deviennent de plus en plus apparents, que les gens sont en colère contre le gouvernement mais aussi contre les patrons qui les forcent à revenir au travail. Le privé qui a tant manqué dans la bataille des retraites est peut-être en train de se réveiller de ce point de vue. En tout cas, c’est clair qu’ils sont anxieux pour la suite, pour l’après. Il faudra battre le fer tant qu’il est chaud et enfoncer le plus possible les possibilités pour arracher nos revendications !




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