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Notre classe

Meeting international simultané : France

Anasse Kazib : « La pandémie a montré le rôle central que jouent les travailleurs »

Nous relayons ici l’intervention d’Anasse Kazib, cheminot et militant du NPA-Révolution Permanente, lors du meeting international simultané contre le racisme et les violences policières

lundi 13 juillet

Je m’appelle Anasse, je suis cheminot dans la région de Paris Nord et je fais partie d’une génération d’ouvriers issus de l’immigration et des quartiers populaires en France. Toute ma famille vient du Maroc, mon grand-père était un de ces soldats qui ont servi comme de la chair à canon pour les intérêts de la France dans ses guerres impérialistes. Mon père était cheminot aussi, de ceux qu’on appelait les “chibanis” et qui, parce qu’ils étaient étrangers, ont toujours été traités comme des travailleurs de deuxième zone, avec des droits et des conditions de travail et de salaire inférieurs à ceux des cheminots français. J’ai grandi en banlieue parisienne, le racisme et les violences policières, je les connais depuis que je suis jeune. Je me souviens par exemple à l’âge de 13 ans, comment les policiers nous avaient traités à la sortie du collège, en fouillant nos sacs à dos et en nous mettant tous contre le mur, sans raison sinon celle d’humilier les jeunes des quartiers populaires dès le plus jeune âge. J’ai également été frappé, comme de nombreuses familles de notre classe, par le Covid-19, qui a emporté un de mes proches. C’est pourquoi, la rébellion contre le racisme et les violences policières aux Etats-Unis, sous fond de pandémie et crise sanitaire à échelle mondiale a été pour moi une véritable bouffée d’air frais. Mais bien plus que cela, elle a opéré un changement de l’état d’esprit de millions de travailleurs et de jeunes aux Etats-Unis mais aussi dans d’autres pays.

En France, nous venons de vivre une séquence politique particulière. En effet, cette année a été rythmée par une lutte intense contre la réforme des retraites, portée par le secteur des transports durant 60 jours et un retour à des formes d’auto-organisation que nous n’avions pas connu depuis de nombreuses années. Cette séquence a été elle-même suivie en France mais également à l’échelle internationale par une crise sanitaire historique, qui au-delà des problématiques sanitaires et l’explosion du taux de mortalité dans les quartiers populaires, a su révéler de manière importante les inégalités sociales et raciales, que l’on pourrait qualifier également de renforcement des antagonismes de classes, entre une bourgeoisie confiné et une large partie de la classe ouvrière et la jeunesse précaire en première ligne.

Le rôle central du prolétariat n’a jamais été aussi visible à large échelle, la bourgeoisie n’a pu invisibiliser les héros de la classe ouvrière, comme les agents du nettoyage, les caissières, les livreurs et encore plus les travailleurs de la santé ou des services publics. Nous avons pu voir au démarrage du confinement dans différents secteurs plutôt en retrait dans les dernières séquences de lutte de classe, des phénomènes de débrayage collectif pour exiger l’arrêt de la production non essentielle.

Alors que la crise économique s’intensifie en France et que nous avons connu plus de 500 000 chômeurs de plus durant le 1er trimestre et une succession d’annonces de plans de licenciements massifs dans de grandes entreprises, ce n’est pas encore sur le terrain du mouvement ouvrier organisé que nous avons connu les premières véritables explosions. Cette explosion nous est venu des USA suite à la mort de George Floyd qui a suscité de la colère partout dans le monde, avec une intensité importante, et en France en particulier avec l’émergence d’une génération combinant jeunesse racisée des quartiers populaires et jeunesse des grandes villes, révoltées contre violences policières et le racisme d’état.

Pendant des semaines nous avons entendu des membres du gouvernement et des journalistes au service des classes dominantes nous expliquer que ce qui se passe aux Etats-Unis n’a rien à voir avec la situation en France et que ce serait une honte de faire la comparaison avec le “pays des droits de l’Homme”. Ils oublient volontairement une partie du passé de la France, celle des massacres commis dans ses anciennes colonies, de Saint-Domingue à l’Algérie, et qui ont donné un tel savoir-faire en termes de répression à la France qu’elle a pu en exporter à d’autres pays, notamment en Amérique Latine, ainsi que les utiliser dans ses propres quartiers populaires.

Ce n’est donc pas pour rien que le slogan Black Lives Matter a trouvé aussi vite un écho dans le combat pour Justice et Vérité pour Adama Traoré, le Comité porté par Assa Traoré, la sœur d’Adama, entré au rang d’égérie de l’antiracisme en France, mais également reconnue dans d’autre pays, jusqu’à être récompensé récemment au BET Awards. Elle a réuni ici des dizaines de milliers de personnes, pour dénoncer les violences policières et le racisme d’état, ainsi que le lien étroit entre la mort de son frère et celle de George Floyd, mort asphyxié par la police.

Depuis 40 ans nous n’avions connu de phénomènes aussi importants sur la question antiraciste. C’est même la première fois qu’un collectif totalement indépendant du régime et de l’Etat, arrive à rassembler autant, notamment avec des alliances nouvelles construites depuis 4 ans. Pour donner une illustration, il faut voir par exemple que la prochaine marche commémorative pour Adama Traoré le 18 juillet prochain se fait avec des organisations de jeunesse pour le climat et celle de 2019 aux cotés des gilets jaunes. Nous-mêmes avons depuis 4 ans développé des liens solides et de confiance à leur côté, notamment avec une démonstration commune en 2018 en appelant conjointement à ce que la classe ouvrière et les quartiers populaires se joignent au mouvement des gilets jaunes dès le départ autour de ce qui a été connu comme le Pôle Saint-Lazare.

Pour l’heure, si les mots d’ordre de dissolution de l’institution policière ne sont pas encore posés comme nous pouvons le voir aux USA, il n’en demeure pas moins que la dernière séquence de répression importante contre les gilets jaunes ou encore contre les travailleurs des transports publics, dont beaucoup sont aussi racisés et issus des quartiers populaires, a permis que le curseur aujourd’hui en France soit beaucoup plus nettement à gauche, posant ces questions-là au sens du système institutionnel et non pas comme dans le passé, comme s’il s’agissait de violences ou du racisme individualisé.

La crise organique ici s’intensifie et l’institution policière comme le gouvernement Macron font face à un niveau de défiance de plus en plus important par en bas. Les dernières élections Municipales l’ont encore confirmé avec une défaite rarement vue pour un parti au pouvoir, qui témoigne de la détestation que son gouvernement inspire dans les classes populaires et de la difficulté qu’il aura à faire face aux prochains affrontements de la lutte de classes.

Mais il ne faudrait pas que la crise du macronisme finisse par profiter à des projets réactionnaires comme celui de Marine Le Pen et du Rassemblement National. A un autre niveau, l’alternative que cherchent à construire les vieux partis de la gauche institutionnelle comme Europe Ecologie – Les Verts et le Parti Socialiste sur la base de leurs bons scores aux Municipales ne pourra amener qu’à des nouvelles déceptions pour les travailleurs. C’est en ce sens que depuis Révolution Permanente nous nous battons pour que le NPA, qui vient d’élire un de ses principaux porte-paroles ouvriers, Philippe Poutou, au Conseil Municipal de Bordeaux, devienne un outil pour la construction d’un véritable parti révolutionnaire de combat en France, intégrant diverses traditions de l’extrême-gauche, ainsi qu’une partie de l’avant-garde qui a émergé dans la lutte de classes qui traverse le pays depuis 2016.

Le rôle des révolutionnaires dans la période va être de poser plus que jamais l’urgence d’arracher le pouvoir des mains de la bourgeoisie, pour une transformation sociale, afin d’en finir avec le capitalisme, le racisme et le patriarcat. Mais pour cela il va nous falloir d’une part lutter contre les politiques capitalistes qui cherchent à opposer les prolétaires des différents pays en faisant de l’immigré ou de l’ouvrier du pays voisin le bouc émissaire de la misère dont les capitalistes eux-mêmes sont les seuls responsables.

Mais il nous faut également lutter contre les politiques des directions syndicales bureaucratiques qui divisent les luttes, isolant les travailleurs dans du corporatisme et dans une lutte purement économiciste. Nous devons lutter pour l’émancipation de tous les travailleurs et de l’humanité, contre le racisme, l’oppression et l’exploitation. C’est pourquoi nous nous battons pour que les organisations du mouvement ouvrier, à commencer par nos propres syndicats, prennent à bras le corps la lutte contre le racisme systémique et les violences policières. Il n’y a que comme cela qu’on pourra construire des alliances entre la jeunesse et les travailleurs souvent précaires des quartiers populaires et les travailleurs des grandes concentrations ouvrières pour arracher le pouvoir des mains de capitalistes et poser les bases d’une nouvelle société sans exploitation ni oppression. 

C’est donc dans l’unité de notre classe, dans chaque pays, comme au niveau international, qu’il nous faut lutter. Nous avons vu à quel point les frontières imposés par la bourgeoisie ne sont pas celles de la lutte de classes. Nous venons d’avoir l’exemple avec la situation aux USA avec la mort de George Floyd, mais nous l’avons vu récemment aussi comment le mouvement des gilets jaunes en France a ouvert la voie à une nouvelle vague de luttes au Chili, en Equateur, au Liban ou encore en Algérie.

Ce meeting internationaliste fait écho à cette réalité d’une lutte de classes de plus en plus internationale, et pose la nécessité de construire une organisation mondiale révolutionnaire, portant un programme offensif pour défendre la survie notre classe et pour définir à terme, comme dirait Trotsky, « Qui doit être le maitre de la maison », et arracher le pouvoir à cette poignée de parasites, qui lorsqu’ils n’exploitent pas les prolétaires, les laissent mourir durant les épidémies, comme dans les guerres ou les catastrophes climatiques causés par eux-mêmes, pour leurs propres intérêts.

La prochaine période va être marquée par une crise économique d’ampleur, combinée à une crise sanitaire toujours présente, ainsi qu’aux expériences de la lutte de classes récente, encore bien fraiches dans la mémoire collective de notre classe. Nous ne doutons pas de l’intensité qu’aura la lutte des classes en France, et aussi à échelle internationale, dans la prochaine période. C’est donc stratégiquement et politiquement que nous devons nous préparer, pas juste à lutter pour lutter mais surtout pour arracher des victoires qui préparent le renversement de la bourgeoisie à l’échelle mondiale. C’est à cette tâche passionnante et même indispensable pour notre survie, que nous vous invitons à participer.

Et au nom de Révolution Permanente nous souhaitons adresser nos salutations révolutionnaires à l’ensemble des téléspectateurs de ce meeting international de la Fraction Trotskiste. 




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