^

Notre classe

#Anasse2022

Anasse Kazib répond au cheminot-bashing : "à la SNCF et ailleurs il faut se battre pour les salaires !"

Anasse Kazib, candidat aux élections présidentielles de 2022 et cheminot à la SNCF, réagit face au “cheminot-bashing” et affirme son soutien aux grévistes en lutte pour les salaires.

vendredi 17 décembre 2021

Je voulais réagir à propos de la grève dans certains secteurs de la SNCF. Elle a fait couler beaucoup d’encre. Une nouvelle fois nous avons du faire face à un véritable abattage médiatique autour de la SNCF à une forme de “cheminot-bashing". Une nouvelle fois ils ont voulu faire croire que les intérêts des cheminots n’étaient pas ceux des usagers. La réalité c’est que parmi les travailleurs de la SNCF personne ne souhaite embêter qui que ce soit, nous sommes en toute solidarité avec les usagers, nous défendons même avec Sud Rail la gratuité des transports publics. Si ça ne tenait qu’à nous les gens pourraient monter dans n’importe quel train, dans n’importe quel TGV et circuler gratuitement. C’est une nécessité sociale mais aussi écologique.

Ce discours qui nous présente comme des "preneurs d’otage" est insupportable. La réalité c’est que les préavis de grève sont posés 2 semaines avant la mise en grève. Et personne ne va voir M. Farandou pour lui demander "pourquoi vous embêtez les usagers, pourquoi vous les empêcher de partir en vacances ? Pourquoi quand il y a des syndicats qui posent des revendications vous attendez systématiquement le dernier jour pour emmerder les usagers ?" Nous sommes du côté des usagers et contre la direction lorsque les gares ferment, lorsque des lignes sont supprimées, lorsqu’il n’y a pas de clim dans les RER, mais aussi quand nous nous battons pour améliorer la sécurité ferroviaire.

Plus largement nous luttons pour l’intégralité du monde du travail. Nos directions ne réfléchissent pas en fonction des intérêts de celles et ceux d’en bas, ils en ont rien à faire qu’on se réveille à 3 ou 4 heures du matin pour tirer les trains, que la privatisation supprime des lignes et fasse galérer ceux qui vont travailler le matin ou les empêche d’aller se soigner dans les villes !

Ils nous ont promis des augmentations de salaires et des primes Covid mais nous n’en avons jamais vu la couleur. Alors oui quand l’argent qui nous revient, celui de notre force de travail, ne nous est jamais donné, au bout d’un moment nous stoppons tout. Parce que c’est cela qui les dérange. Ils en font eux-mêmes la démonstration. Parce que la force des travailleurs c’est la grève. Une grève qui ne qui ne dérange pas le patron, elle ne fait rien bouger. Je pense par exemple à mes collègues de l’Infrapôle Paris Nord qui pendant toute la crise sanitaire ont fait la maintenance de la Gare du Nord. Ils ont commencé à faire grève le 18 janvier et cela fait maintenant 11 mois qu’ils sont en grève mais la boîte continue toujours de refuser de leur donner le moindre centime alors qu’elle leur avait promis des primes pendant la crise sanitaire. Pour l’instant ils ne gagnent pas sur leurs revendications
parce qu’ils ne bloquent pas les TGV, qu’ils ne bloquent pas pendant Noël ou les autres grandes périodes de vacances, c’est pour cela qu’on les ignore.

Voilà la réalité, et c’est pareil pour les conducteurs et les contrôleurs qui se sont mis en grève ces derniers jours ! Depuis un mois que les préavis de grève sont posés, la direction a attendu la veille pour commencer à dire qu’ils allaient pouvoir donner 600€, 300€… Mais pourquoi 600€ et 300€ ? Et pourquoi juste à une catégorie ? Parce que la grève leur a fait peur.

On nous a dit qu’il y aurait un avant et un après crise sanitaire. La réalité c’est qu’il n’y a rien du tout c’est toujours la même chose. Peu importe les crises, peu importent les sacrifices, lorsque le patronat a la possibilité et la moindre occasion de s’enrichir, il le fait. La crise sanitaire a été éclatante de ce point de vue : les 500 familles les plus riches de France se sont enrichies de plus de 30%, le patron du MEDEF a annoncé 17% d’augmentation des dividendes aux actionnaires. C’est cela la réalité.

Tout augmente, sauf les salaires. Et on vient encore une fois taper sur les cheminots parce qu’ils ont le malheur de dire que cela fait 8 ans qu’il n’y a pas d’augmentation de salaire, alors qu’en plein temps fort de la crise sanitaire nous avons du utiliser nos tee-shirts pour nous parler entre collègues parce qu’il n’y avait pas de masques. N’oublions pas de la même manière les images sur le périphérique et à bord des TGV de ces patrons, de ces cadres supérieurs et autres qui partaient dans des maisons de campagne, pendant que nous travailleurs étions en première ligne face au virus.

Nos camarades de Decathlon, de Leroy Merlin et d’ailleurs nous ont montré qu’une fois de plus, la force des travailleurs c’est la grève. Malheureusement dans ces entreprises comme dans d’autres, les travailleurs n’ont pas le rapport de force suffisant et dans certains cas comme à Leroy Merlin, des salariés sont obligés d’aller jusqu’à s’immoler pour se faire entendre.

Je veux exprimer toute ma solidarité envers mes collègues cheminotes et cheminots qui se battent pour l’augmentation de leurs salaires. En réalité, nous devrions généraliser cette grève, d’une part à la SNCF, mais également dans l’ensemble du monde ouvrier, parce que les augmentations de salaire, elles n’arrivent pour personne. Cette lutte n’est pas juste celle de la SNCF, elle doit poser la question de l’augmentation des salaires pour tous , l’indexation des salaires sur le prix de l’inflation pour arrêter de subir la vie chère.




Mots-clés

Privatisation   /    Services publics   /    SUD-Rail   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    Notre classe