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Genres et Sexualités

Histoire du féminisme et lutte des classes

Andrea D’Atri, féministe argentine auteure du livre ‘Du Pain et des Roses’, vient en France

Le mouvement des femmes en Argentine a resurgi avec force ces dernières années, entre le mouvement #NiUnaMenos pour dénoncer les violences machistes, et « la marea verde », en référence aux foulards verts portés par les femmes en lutte pour le droit à l’avortement. C’est dans ce contexte, celui également du retour du spectre de la révolution avec les Gilets Jaunes, que nous, militants et militantes de Révolution Permanente, avons souhaité faire arriver jusqu'en France le livre « Du Pain et des Roses », écrit il y a quelques années par Andrea D’Atri, l’une des figures de cette nouvelle vague féministe qui frappe le monde entier avec force depuis l’Amérique Latine.

mardi 8 janvier

Crédit photo : Luigi W. Morris

Pan y Rosas en espagnol, Du Pain et des Roses dans sa traduction française, avant d’être un ouvrage est un slogan né lors de la mobilisation de 1912 des ouvrières du textile américaines contre leurs conditions de travail et leurs bas salaires. Avec ce slogan, les ouvrières textiles synthétisent leurs revendications pour des augmentations de salaires mais aussi pour de meilleures conditions de vie. S’inscrivant dans la tradition de ces luttes de femmes travailleuses qui ont jalonné l’histoire du XXème siècle, des militantes du PTS (Parti des Travailleurs Socialistes) en Argentine, dont Andrea d’Atri, et des militantes féministes qui n’appartenaient à aucune organisation, ont lancé dans les années 2000 le collectif féministe socialiste révolutionnaire, Pan y Rosas. Après l’Argentine, Pan y Rosas, en tant que collectif de femmes, étudiantes, travailleuses, avec ou sans emploi, organisées pour lutter pour les droits des femmes et contre toute forme d’exploitation et d’oppression, a fleuri dans un ensemble de pays en Amérique Latine et en Europe, aboutissant à la publication d’un manifeste international.

« Du pain et des roses », c’est rappeler que contrairement à ce qu’ont voulu faire croire les organisations staliniennes, le mouvement ouvrier révolutionnaire n’a jamais été une lutte qui se limitait aux questions économico-syndicales (le pain). Dans la société d’aujourd’hui, nous nous battons pour l’égalité salariale entre hommes et femmes, mais aussi pour le droit « aux roses » (le droit de vivre librement, de se marier et d’avoir des enfants ou non, en finir avec le machisme et les violences faites aux femmes, mais aussi, le droit à l’éducation pour toutes, l’accès à la culture, etc). C’est lutter pour l’organisation des femmes, pour que nous reprenions notre destin entre nos mains et que nous livrions cette bataille pour nous et l’ensemble de notre classe. Mais cette lutte ne peut être victorieuse sans remettre en cause le système d’exploitation dans lequel nous vivons, qui donne à nos exploiteurs le pouvoir de décider de nos vies.

L’organisation internationale des femmes a une longue histoire derrière elle, une histoire profondément imbriquée avec celle de la lutte des classes et du mouvement ouvrier de la fin du XIXème siècle et tout au long du XXème siècle L’ouvrage d’Andrea D’Atri – figure reconnue du mouvement des femmes en Argentine, militante et membre de la direction du PTS – Du Pain et des Roses. Appartenance de genre et antagonisme de classe sous le capitalisme, a pour ambition de retracer l’histoire du féminisme et de rentrer en débat avec ses différents courants dans une perspective féministe, internationaliste, socialiste et lutte des classes.

Ces dernières années nous vivons une résurgence du mouvement des femmes : des mobilisations #NiUnaMenos en Argentine jusqu’à #MeToo aux États-Unis ; des grèves des femmes en Islande et en France contre l’écart salarial et pour défendre le droit à l’avortement en Pologne aux milliers de femmes mobilisées dans l’État espagnol pour dénoncer la justice patriarcale ; et de la lutte pour le droit à l’avortement en Argentine aux milliers de femmes qui se sont mobilisées contre Bolsonaro au Brésil sous le slogan #EleNao. Une nouvelle vague qui émerge dans un contexte international convulsif, marqué par une polarisation sociale et politique dans de nombreux pays. Les femmes anticipent-elles l’ouverture d’un nouveau cycle de radicalisation et de lutte des classes ?

La mobilisation massive de femmes dans le mouvement des « Gilets Jaunes » en France, souvent prolétaires, mères isolées, qui font preuve d’une énorme détermination et d’une volonté d’en découdre, et leurs témoignages poignants sur leur situation de précarité, sont autant de signes qui vont dans ce sens. Ces dernières décennies les femmes ont été intégrées au marché du travail, et représentent aujourd’hui 70%, à l’échelle mondiale, des personnes les plus précaires et pauvres et plus de la moitié de la classe ouvrière. Elles sont donc plus que jamais le visage du prolétariat mondial, et apparaissent aux avant-postes des mobilisations.

Du pain et des roses (« Pan y Rosas ») a originellement été publié en Argentine, avant d’être traduit dans de nombreuses langues. Révolution Permanente, faisant partie du réseau international de quotidiens en ligne La Izquierda Diario, a travaillé à la publication de l’ouvrage en français et a fait le choix de le traduire afin d’en débattre au sein du mouvement féministe, mais aussi du mouvement ouvrier et de la jeunesse en France.

Dans la perspective de la publication de l’ouvrage Du pain et des Roses et de la venue d’Andrea d’Atri en France début février, nous publierons au fur et à mesure dans les semaines à venir des articles, des vidéos, des textes de fond sur le livre et la question de l’articulation entre questions de genre, de race et de classe du point de vue du marxisme révolutionnaire.




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