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Jeunesse

Bordeaux mobilisé contre la loi travail

La présidence évacue et ferme la fac de Bordeaux Victoire. Anecdotique ? Pas tant que ça !

Correspondants Ce mardi 15 mars la présidence de la faculté de sciences humaines (campus de la Victoire) a évacué tous les étudiants dans la matinée. En effet, une demande d'assemblée générale réunissant étudiant-e-s, professeur-e-s et personnel-e-s avait été faite lundi 14 mars, pour le lendemain, trois AG avaient déjà eu lieu et s'étaient parfaitement déroulées. Le comité de mobilisation devait recevoir une réponse mardi matin, mais la présidence a refusé de mettre à disposition l'amphithéâtre en invoquant que les documents administratifs étaient mal remplis.

dimanche 20 mars 2016

Devant cette non reconnaissance du comité de mobilisation issu des AG déjà tenues, la décision a été prise de tenir cette assemblée générale dans le patio de l’université, l’administration a alors évacué l’ensemble des étudiants. Un communiqué nous a été transmit tardivement :

« Le Président de l’université de Bordeaux a été contraint de décider la suspension des activités d’enseignement sur le campus de la Victoire (îlot central, bâtiments Broca et Marne), ce jour, mardi 15 mars, pour garantir la sécurité des étudiants sur place.

Cette disposition exceptionnelle est prise par mesure de précaution, compte tenu d’une part de l’annonce par des personnes extérieures à l’établissement d’un rassemblement dans le patio de la Victoire et, d’autre part, des importantes dégradations des locaux de la semaine passée. L’organisation d’une AG, sollicitée par des groupes inconnus de l’université, a été interdite par le Président…  »

C’est dans l’incompréhension que les étudiants du comité de mobilisation ayant effectué la réservation la veille, avons reçu ce communiqué, toutes les personnes mobilisées pour organiser cette AG étaient étudiantes au sein même de cette université. L’AG a donc été repoussée au lendemain, mais beaucoup de discussions se sont tenues devant le bâtiment fermé, notamment avec les étudiants non mobilisés qui commençaient à confondre la mobilisation et la fermeture de leur lieu d’étude. Une délégation a également été reçue dans les bureaux de la présidence de l’université à Talence.

Mercredi 16 mars, nous avons pu faire une nouvelle assemblée générale, la sécurité de l’université a effectué un contrôle des cartes étudiantes à l’entrée de l’amphi. La première intervention des étudiants a été de laisser entrer les journalistes, représentants de syndicats pro, d’associations qui étaient bloqués à l’extérieur. Cette proposition a été votée à l’unanimité, ils ont pu accéder à l’AG en laissant tous de même leur carte d’identité aux agents de sécurité de l’entrée.

Face aux agissements sécuritaires de la direction de l’université de Bordeaux sciences de l’homme, nous avons voté la possibilité de gérer nous-même le service d’ordre ainsi que la demande d’accès régulier à un amphi (cette proposition a été acceptée par l’université pour une durée annoncée de 3 semaines).
Mais en fin d’après midi du 16 mars nous avons reçu un nouveau communiqué nous annonçant la suspension d’activités et la fermeture de la fac :

« Suspension des activités d’enseignement sur le campus Victoire demain 17 mars toute la journée (dont Broca et Marne).

Les cours et les services aux étudiants reprendront normalement vendredi matin à 8h. Pensez à avoir sur vous votre carte aquipass et/ou vos papiers d’identité : le plan Vigipirate est toujours en vigueur sur tous les campus.
Cette nouvelle disposition exceptionnelle est prise par mesure de précaution, compte tenu de la manifestation prévue demain et dont le point de rassemblement est la place de la Victoire… »

On peut dire que l’université manœuvre depuis le début de la mobilisation pour la freiner la mobilisation sur le site de sciences humaines. En prenant pour prétexte l’épiphénomène de Broca 1, l’administration se permet de fermer la faculté de sciences humaines deux fois en une semaine, ce qui d’une part pénalise les personnes souhaitant étudier, mais retourne également ces étudiants contre le mouvement de contestation, car l’amalgame fait dans les communiqués est grand. Les étudiants mobilisés devront continuer leur travail d’explication sur les conséquences néfastes de cette loi, essayant d’associer les travailleurs et ses organisations jusqu’au retrait !

Répression policière au Lycée du Mirail

La journée du 9 mars a débuté par des blocus menés par la plupart des lycées du centre de Bordeaux ; Eiffel, Magendy, Montaigne, le Mirail. La majorité de ces blocus ont résisté malgré l’intervention de la police assistée par la BAC au lycée du Mirail, où les forces de l’ordre ont gazé et menacé les lycéens (matraquage, flashball), l’un d’eux a même été embarqué.

En fin de matinée, des groupes de chaque lycée, jusqu’alors isolés, ont commencé à tourner dans Bordeaux et ont formé un cortège inter-lycées très motivé, scandant des slogans pour dénoncer la répression subie par leurs camarades du Mirail.
Ce cortège lycéen rejoint par les étudiants des facs a pris la tête de la manifestation avec une banderole #onvautmieuxqueça, les syndicats inter-pro en rangs derrière, la CGT, les cheminots, Parcub, des travailleurs hospitaliers, parmi d’autres, ont ainsi formé un long cortège d’à peu près 2 kilomètres et 15 000 personnes, du jamais vu sur Bordeaux, d’après les plus anciens, depuis la lutte contre le CPE.

Le parcours s’est terminé place de la Victoire et les cantiques résonnaient encore. Nous avons décidé de tenir une assemblée générale après la manifestation, la foule s’est donc dirigée vers l’Université, rapidement ’’protégée’’ par un cordon de police. Environ 1000 personnes se sont donc retrouvées dans l’amphithéâtre Broca 1. Des prises de paroles successives ont eu lieu, sans aucun débat vraiment structuré car cette AG spontanée a réellement manqué d’organisation. Puis une succession d’interventions ont affirmé que les forces de l’ordre se préparaient à déloger l’assemblée, et qu’il fallait rapidement barricader les sorties, cela sans explication de ce que pouvait devenir cette assemblée, l’amphi s’est vidé en grande partie, et un petit groupe est resté motivé pour occuper les lieux au nom de la mobilisation.
Le lendemain matin, on a appris que durant la nuit l’amphi ayant été ’’saccagé’’, le bâtiment en question a été fermé.

En recoupant les informations, on peut résumer que les occupants seraient partis tôt le matin avant une éventuelle intervention de la police (qui ne pouvait pas intervenir la veille ; une question d’accessibilité et de sécurité vis à vis de l’amphithéâtre ont été émises). Il y a eu essentiellement des tags, quelques portes forcées et du vol de matériels.

Malgré cet incident, qui a servi d’excuse à l’administration de l’université de Bordeaux pour essayer de freiner le mouvement, une bonne mobilisation a eu lieu jeudi 17 mars à Bordeaux, environ 6000 personnes, lycéens toujours en tête !

Cette fois, les lycées sont restés ouverts. Un sitting a été organisé avant que le cortège lycéen rejoigne la place de la Victoire. Les prises de paroles encourageant à ne pas faiblir dans la durée ont été nombreuses, et une nouvelle mobilisation est prévue dès le 24 mars, un nouveau ’’tour de chauffe’’ avant la démonstration de force que nous devons effectuer le 31 face à ce gouvernement qui n’a pas l’air de voir le mouvement social qui monte petit à petit.

En général on peut observer :

Dans les AG, en plus des décisions sur les prochaines dates de mobilisation, on peut fréquemment voir des débats sur les médias : certaines universités ont voté leurs exclusions des AG suite au reportage déformé produit.

On peut également noter que les plateformes de revendications (permettant de ne pas être seulement dans la contestation), sont votées de manières mitigés : À Bordeaux 2 par exemple, on a vite voté à l’unanimité le retrait de toutes les lois liberticides (état d’urgence, déchéances de nationalité,..), mais on ajourne par exemple le vote sur "la répartition du temps de travail : 32h" car trop d’abstention, en effet beaucoup trouvent cette revendication vague.

Ce qui nous rassemble tous, c’est que nous ne voulons pas de cette loi, nous voulons travailler mais nous ne voulons pas être des esclaves.



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