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Angolagate. Les bons comptes font les bons amis

Marah Macna « Du passé, faisons table rase ». Voilà ce qu’il aura fallu à Hollande pour repartir d’Angola chargé de juteux nouveaux contrats. Oubliées les anciennes querelles et condamnations judiciaires que traînaient les relations diplomatiques entre la France et l’Angola depuis les années 2000. Oublié même l’« Angolagate », raison de cette discorde et scandale éclatant de la Françafrique ? Petit retour sur cette affaire révélatrice des méthodes crapuleuse de l’impérialisme à la française.

samedi 4 juillet 2015

De quoi l’Angolagate est-il le nom ?

En 1993 l’Angola connait sa première élection présidentielle, près de 20 ans après son indépendance. Deux camps s’affrontent alors, l’un et l’autre issus de la stratégie des deux grandes puissances de la guerre froide que sont les Etats Unis (qui soutenait l’UNITA, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) et l’URSS (soutien du MPLA, Mouvement populaire de libération de l’Angola) pour se disputer la région riche en pétrole et diamants. Voyant son camp trop mal en point pour remporter la bataille, Dos Santos, chef de file du MPLA et toujours tranquillement assis sur le trône présidentiel à l’heure actuelle, décide de faire appel à un allié qui a toujours su se montrer intéressé par ce genre de magouilles militaro-politiques : l’Etat français.

Rien de mieux pour ce dernier qu’un échange de bon procédés pour pouvoir ensuite se réinstaller dans cette région un peu trop lointaine à son goût du pré-carré français. Malheureusement pour Dos Santos, celui-ci ne peut répondre positivement à sa demande : la cohabitation imposée à Mitterand et l’embargo de l’ONU sur l’Angola l’empêche de répondre officiellement. Qu’importe ! Les réseaux françafricains en ont vu bien d’autres.

C’est ainsi que par l’intermédiaire de Jean-Christophe Mitterrand, ancien responsable de la cellule africaine de l’Elysée, se met en place une fine équipe, composée de Pierre Falcone, « homme d’affaire » sulfureux et Arcadi Gaydamak, ancien colonel du KGB, pour mettre en place un montage de vente d’armes illicites en direction de l’Angola. Entre 1993 et 2000, ce sont pour plus de 790 millions d’euros d’armes qui sont vendues, dans un pays parmi les plus pauvres en pleine guerre civile. Chars, hélicoptères, mines, avions, fusils (du matériel provenant souvent d’anciens stocks soviétiques en très mauvais état, voire inutilisable !) : de quoi participer activement à une guerre qui fera plus de 500 000 morts. Tout ceci dans la plus complète illégalité, sous le regard bienveillant de nombreux hommes politiques français. Car à ce tableau, il faut bien évidemment ajouter tous les financements occultes qui y sont liés, éclaboussant notre bonne vieille politique française bien-pensante.

C’est tout le système Mitterrand qui se concentre dans ce sombre épisode de l’histoire de la république. Mais le réseau françafricain a perduré largement au-delà, et avant d’être pratiqué par Hollande, c’est évidemment la droite qui s’en est saisie. Charles Pasqua, être devenu si cher à Manuel Valls y fut à son tour mouillé jusqu’au cou, de même que l’organisation qu’il avait créé en 1999, le RPF (Rassemblement pour la France et l’indépendance de l’Europe). Condamné en première instance en 2009 à 3 ans de prison dont un an ferme pour trafic d’influence et abus de bien sociaux, Pasqua fut cependant relaxé avec d’autres protagonistes en 2011, le motif invoqué par la cour étant qu’il n’aurait eu « aucune connaissance du mode de financement de son mouvement politique » !

Le récit de cette affaire pourrait presque faire sourire tant il s’apparente à un roman policier de bas étage. Ce serait faire abstraction du caractère systémique de ce genre de magouille, composante structurelle de l’impérialisme français en Afrique.

Hollande en Angola, ou la reprise de juteuses affaires pour le patronat français

Les premières condamnations dans l’affaire de l’Angolagate avait mis un certain froid entre l’Etat français et le président angolais, celui-ci coupant le marché angolais à de nombreuses entreprises françaises. Depuis la présidence Sarkozy, remplacée ensuite par les bonnes volontés d’un Laurent Fabius joyeusement entremetteur françafricain, le dégel était programmé, jusqu’à la visite hier de François Hollande à Luanda.

Nul doute que le rendu de la Cour d’appel en 2011, relaxant Pierre Falcone et Arcadi Gaydamak du chef d’accusation de trafic d’armes et diminuant ainsi leurs peines de 6 ans à seulement 30 mois de prison, n’y soit pour quelque chose. Nul doute qu’au royaume de la Françafrique, on peut se rabibocher dès que nos intérêts s’accordent : pour les capitalistes français, Hollande repart de Luanda avec des contrats de plus d’un milliard d’euros pour Total, Accor ou Eiffage ; pour le gouvernement Dos Santos en échange, chacun saura fermer les yeux sur les opposants jetés en prison, sur ce président indévissable depuis 35 ans, ou bien encore sur la misère des classes populaires angolaises…en attendant le prochain scandale.



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