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Politique

Annonces d’Edouard Philippe : une comédie de "dialogue social" pour casser la grève à la SNCF et à la RATP

Suite aux différentes réunions avec les « partenaires sociaux », Edouard Philippe a précisé le résultat des « négociations » : et pas de surprise, il persiste et signe ! Non seulement, le projet de réforme par point est maintenu mais plus encore il faudra toujours travailler plus jusqu’à 64 ans ! Rien de nouveau sous le soleil hormis une parodie de négociation visant à casser la grève à la SNCF et à la RATP, tout en tentant de déminer le conflit chez les enseignants. Toujours « rien à négocier ». Retrait total !

jeudi 19 décembre 2019

Crédits photos :REUTERS/Martin Bureau

Le cérémonial du « dialogue social » était encore une fois au rendez-vous. Après deux journées de négociation avec les directions syndicales à Matignon (CFDT, UNSA, CFE-CGC, CFTC et la CGT et FO sans Solidaires et la FSU qui ont regretté de ne pas être invités), Edouard Philippe s’est exprimé. Le premier ministre était entouré par la ministre de la Santé Agnès Buzyn et le remplaçant de Delevoye démissionnaire, Laurent Pietraszewski (déjà sous le coup de suspicion de cumul).

Le Premier ministre Edouard Philippe a détaillé les « avancées » des « négociations » au sujet de la réforme des retraites à l’issue de la réunion multilatérale qui s’est tenue ce jeudi. S’il était entendu d’avance que le gouvernement n’allait pas revenir sur la réforme des retraites par point, Edouard Philippe garde le cap de l’âge pivot à 64 ans : il faudra travailler plus longtemps pour une retraite au rabais.

Toujours la fin des régimes spéciaux : des fausses concessions pour casser la grève

Sur le fond, bien qu’il ait apporté quelques aménagements, rien de nouveau sous le soleil au regard des annonces qui avaient hérissé le poil de Laurent Berger. Autre point qui ne faisait pas débat au sein de l’exécutif, c’est la suppression des régimes spéciaux. S’il ne change pas de ligne, c’est bien sur les « transitions » qu’Edouard Philippe a fait de véritables nouvelles annonces, avec des « assouplissements ».

Ainsi, le Premier ministre a déclaré être favorable à « la progressivité de mise en œuvre de la réforme et le respect des droits acquis » pour les agents SNCF. En ce qui concerne la RATP, « des avancées importantes sont sur la table ». « Les organisations syndicales et les dirigeants de la SNCF et de la RATP ont eu des discussions approfondies. Si elles aboutissent à des accords, le gouvernement en sera garant », a-t-il ajouté sans entrer dans les détails.

Edouard Philippe n’a pas lésiné sur les provocations contre les grévistes de l’Energie qui luttent avec leurs propres moyens d’actions. De la sorte, le gouvernement, aidé par les grands médias, lance une campagne d’intimidation contre ceux qui refuseraient de rentrer dans le rang. L’Etat, qui mutile les manifestants, n’a aucune leçon à donner aux travailleurs.

Une clause « grand-père » qui ne dit pas son nom : L’UNSA trahit

C’est donc bien la fin du régime spécial des cheminots. Et ce sont de fausses concessions, qui ressemblent à la clause « grand-père », qui ont suffi à Laurent Escure, secrétaire confédéral de l’UNSA, pour une trahison en règle des grévistes qui eux se refusent à toute division générationnelle. Il a appelé à l’arrêt de la grève des cheminots. Une trahison qui a été dénoncé immédiatement par des syndicats intermédiaires comme par exemple l’UNSA Traction PSE : « Laurent Escure appelle à une trêve à la SNCF. L’UNSA Traction PSE rappelle que la grève appartient aux grévistes et aux AG. Sur PSE, l’UNSA Traction PSE a une ligne de conduite : LA TREVE C’EST LA DEFAITE. NOUS N’ARRETERONS QUAND NOUS AURONS GAGNÉ !!! »

Fausses concessions pour s’adresser à l’opinion publique

Le gouvernement est resté droit dans ses bottes, comme le note Le Figaro en titrant « Retraites : Philippe garde le cap de l’âge pivot ». S’il garde toute sa détermination, il a tenté de décrocher la CFDT, mais sans succès - la « ligne rouge » étant toujours franchie. Il a cependant donné des « signaux d’ouverture » sur un « âge d’équilibre » différent en fonction des cas. Toujours plus d’individualisation donc : du pur jus macronien. Le Premier ministre a tenu à garder les discussions ouvertes avec la CFDT, de telle sorte que Laurent Berger ne manifeste pas le 9 janvier. De quoi préparer un décrochage prochain de Laurent Berger ?

Le gouvernement maintient le cap de sa réforme : imposons notre calendrier !

Si le gouvernement a été clair dans ses intentions, l’intersyndicale de son côté a appelé à « une nouvelle journée d’action interprofessionnelle », le jeudi 9 janvier, sans beaucoup de précisions. FO, de son côté, parle de "rassemblements"… Signe que du côté d’Yves Veyrier, on ne voit pas les choses en grand. Le communiqué de l’intersyndicale affirme avec plus de clarté qu’au-delà des initiatives d’ores et déjà programmées, le 19 décembre et sans trêve jusqu’à la fin de l’année 2019, les organisations appellent à une nouvelle puissante journée de grève et de manifestations interprofessionnelles et inter-générationnelles le jeudi 9 janvier 2020.

Construire la grève générale à la base

Cependant, cette nouvelle grande journée d’action arrive tard. Après le 17 décembre, qui a vu une nouvelle mobilisation historique avec 1,8 millions de manifestants dans la rue, la dynamique allait crescendo. De plus, le mandat de la rue affirmait avec une grande clarté : pas de trêve de Noël. Mais cela ne ressemble-t-il pas à une trêve ? Quand l’on voit la faible mobilisation des actions locales ce 19 décembre, il est bien bon de s’interroger quant à la stratégie de l’intersyndicale et au premier titre de la CGT.

Contre tout retour aux journées saute-mouton, c’est à la base, aux Assemblées générales, aux comités de grèves, de décider de son calendrier. Pour construire le rapport de force, ce ne sera pas avec des journées d’actions aussi espacées, et aussi imposantes soient-elles, qu’on pourra vaincre Macron. Le gouvernement joue la montre, nous devons utiliser cette brèche ouverte, pour construire à la base, la grève générale.




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