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Présidentielle

Antisystème ? Marine le Pen rétropédale sur la retraite à 60 ans pour rassurer les patrons

Pour séduire l’électorat de droite et rassurer les classes dominantes, Marine le Pen multiplie les gages de « crédibilité ». Dernier exemple en date : promesse phare de son programme de 2017, la retraite à 60 ans a été rayée d’un trait par la candidate d’extrême-droite.

Nathan Deas

18 février 2022

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"Travailler plus tôt" ou plus longtemps

Jeudi 17 février, à l’occasion d’une conférence de presse, la candidate du Rassemblement National a officialisé l’abandon dans son programme de la retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisations. La proposition avait été critiquée, y compris dans son propre camp, certains redoutant une mesure repoussoir pour l’électorat de droite.

Edulcorant sa proposition initiale, la candidate d’extrême-droite défend désormais un système progressif de départ à la retraite, destinant la retraite à 60 ans aux personnes entrées dans la vie active avant 20 ans. Arguant d’une situation des comptes publics différente de celle de 2017 et sous prétexte d’une explosion de la dette, la candidate du RN a tenté de justifier son revirement programmatique.

« La philosophie est d’inciter les jeunes à entrer plus tôt dans la vie active » explique la candidate du RN. Un argument qui semble méconnaître que le fort taux de chômage des jeunes est pour l’essentiel largement subi et qui promet des salaires moindres pour des emplois moins qualifiés alors que le RN s’oppose toujours à une augmentation du SMIC et des salaires.

« Ma réforme se résume en : travailler plus tôt, c’est travailler plus dur, donc partir à la retraite plus tôt » a vanté Marine le Pen pour présenter la nouvelle mouture. Les personnes entrées dans la vie active entre 17 et 20 ans pourront « bénéficier d’un taux plein dès 60 ans avec 40 annuités, soit un gain (…) de plus de deux années de travail » a-t-elle précisé. Pour ceux qui commencent à travailler après l’âge de 20 ans et jusqu’à 24,5 ans, « un système progressif de 160 à 168 trimestres de cotisations sera mis en place », pour un départ entre « 60,75 et 62 ans », d’après le RN. Ceux qui ont commencé à travailler à 25 ans ou plus tard devront en revanche attendre l’âge d’annulation de la décote, 67 ans.

Si Marine le Pen explique vouloir par-là compenser la pénibilité de certains emplois, « car travailler plus tôt, c’est travailler plus dur », pas question d’une « réforme sur la pénibilité » pour celle qui souhaite un projet « simple » et « lisible ». « S’il y avait des cas injustes qu’on n’aurait pas vus, ils seraient bien entendu pris en compte » désamorce Jean-Philippe Tanguy, directeur adjoint de campagne. Pas de quoi rassurer les travailleuses et les travailleurs exerçant dans le secteur de la propreté, de l’aide à domicile, du bâtiment, ou de l’automobile, etc., ni ceux et celles aux carrières hachées, qui ne bénéficieront en aucune sorte de cette réforme.

En arrière-plan, une chose ne change pas au RN. Que la ligne du parti soit d’apparence sociale ou assumée libérale, elle reste xénophobe. Pour financer le coût de la réforme, estimée à 9,6 milliards d’euros supplémentaires par an, Marine le Pen qui s’est engagée à rembourser la dette publique et à ne pas augmenter les impôts a sorti une cagnotte magique de son chapeau : la lutte contre l’immigration. L’occasion d’opposer comme toujours « la France des travailleurs » aux étrangers « profiteurs » d’un modèle social « dévoyé et ouvert au monde entier ».

Une nouvelle fois, ce tournant démontre l’opportunisme de Marine le Pen et de l’extrême droite. Depuis de nombreuses années la posture « antisystème » de la dirigeante d’extrême-droite résiste mal à l’épreuve des faits. Cette nouvelle proposition n’est pas une surprise mais marque un renforcement important de l’adhésion du RN et de Marine le Pen au néolibéralisme tant la question des retraites avait jusqu’alors servi de « totem social » pour Marine le Pen, qui avait fait de la question un symbole qu’elle s’était longtemps refusée à abandonner malgré les pressions internes. Ce revirement donne en tous cas un avant-goût de ce qu’elle ferait au pouvoir : appliquer la politique exigée par la bourgeoisie, accompagnée d’une dose supplémentaire de racisme et de xénophobie.

Retirer la promesse d’une retraite à 60 ans : un gage de plus adressé aux classes dominantes

À moins de 50 jours des présidentielles, il s’agit surtout de séduire et rassurer un électorat de droite particulièrement courtisé à l’occasion de ces élections présidentielles. Et ce dans la droite lignée d’une stratégie de « présidentialisation » revendiquée par le RN. Après l’échec de 2017, symbolisé par le naufrage du débat de l’entre-deux tours, Marine le Pen entend travailler sa crédibilité. Après l’abandon de la sortie de l’euro, ses mesures fiscales ou les exonérations de cotisations promises aux patrons, le nouveau virage stratégique marque une étape de plus en ce sens.

De quoi couper l’herbe sous le pied de l’ultra-libéralisme revendiqué d’Éric Zemmour, espère-t-on sans doute au sein du bureau politique, et de son offensive de charme en direction des cadres du RN et de son électorat, de quoi surtout écailler un peu plus le vernis « social » de celle qui revendique parler aux classes populaires.

Jeudi, à un journaliste lui demandant son propre âge de départ à la retraite, Marine le Pen répondait :« Je ne me suis même pas posé la question » dans un éclat de rire. Il serait grand temps que nous lui imposions une réponse et le plus rapidement possible, et avec elle aux Macron, Zemmour, Pécresse et tous les autres qui défendent les intérêts des classes dominantes. Contre ces faux semblants de mesures sociales et la véritable campagne racistes que concoctent l’ensemble de la classe politique, nous avons besoin d’un projet qui ose s’attaquer aux profits du grand patronat pour répondre aux besoins urgents des travailleurs et des classes populaires.

À rebours de la volonté du RN, comme toute la classe dominante, de nous faire travailler plus longtemps, nous revendiquons à travers la campagne d’Anasse Kazib le rétablissement de la retraite à taux plein à 60 ans avec 37,5 annuités de cotisation, et le droit au départ à 55 ans, à taux plein toujours, pour tous les métiers pénibles. Pour le financement, nous exigeons également le remplacement du système par répartition, financé avec les cotisations sur les salaires, par un impôt sur le grand patronat, de même que l’alignement de l’ensemble des régimes de retraites sur ceux qui sont les plus favorables.


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Nathan Deas

@rp_deas

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