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Politique

Justice de classe

Après 55 jours de prison, l’assassin de Clément Méric en liberté

Esteban Morillo, le militant d'extrême droite qui a assassiné Clément Méric en 2013, a été remis en liberté conditionnelle après seulement 55 jours de détention. Le deuxième inculpé pourrait aussi être remis en liberté conditionnelle en attendant leurs procès en appel.

mardi 13 novembre 2018

Crédit photo : AFP

Le mercredi 5 juin 2013 à la sortie d’une vente de vêtements, un affrontement verbal puis physique opposait trois militants antifascites dont Clément Méric, agé d’à peine 18 ans, à Esteban Morillo, Samuel Dufour et d’autres militants skinheads appartenant ou étant proches du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie. Clément est violemment frappé au visage à deux reprises par Esteban, armé d’un poing américain. Il décède suite à ses blessures le lendemain, à l’hôpital.

La presse et le gouvernement avaient abondamment réagi à cette affaire, mettant sur le même plan la « violence » des « extrémistes » ou encore parlant simplement d’une bagarre qui aurait mal tourné. Rappelons que Clément Méric, 18 ans, était un militant antifasciste proche des milieux libertaires à 15 ans, puis de Solidaires Etudiant-e-s et de l’Action antifasciste Paris-Banlieue lors de son arrivée à Science-Po Paris, et qu’il avait notamment participé aux mouvements contre la réforme des lycée et contre la réforme des retraites.

De leur côté, les militants d’extrême droite qui l’ont assassiné étaient membres – ou proches – du groupuscule d’extrême droite Troisième Voie et leur mentor est Serge Ayoub, figure de proue de l’extrême droite fascisante parisienne des années 1980. C’est d’ailleurs ce dernier qui aurait prêté le poing américain.

En septembre 2018, Esteban Morillo était condamné à 11 ans de réclusion criminelle pour « coups mortels en réunion et avec arme » ; Samuel Dufour écope quant à lui de 7 ans de prison. Leurs avocats ont fait appel immédiatement. Ils comparaissaient pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner », ce qui explique une peine somme toute assez légère pour un homicide ; d’autant plus que l’on peut remettre en question ce qualificatif « sans intention de donner [la mort] ».

En effet, pour l’extrême droite fascisante, l’idée de s’attaquer aux « gauchistes », aux migrants, aux personnes LGBTI, etc., est une constante. Les exemples de ce genre d’agressions sont nombreux. La mort d’une de leurs victimes n’est que la suite logique et tragique de leurs méthodes et idéologies. 

La semaine dernière, on apprenait que Esteban Morillo avait été libéré le 7 novembre, soit à peine 55 jours après la fin de son procès ; et qu’il attendra donc en liberté son procès en appel. Les avocats de Samuel Dufour ont également indiqué avoir « bon espoir qu’il sorte dans peu de temps ». Sans surprise, la « justice » est totalement inconséquente face à ces groupuscules d’extrême droite.

Dans cette affaire, il est important de rappeler qu’on ne peut pas mettre sur le même plan la violence des groupuscules fascistes qui agressent ou en appellent à agresser voire tuer les « rouges », les migrants, les personnes LGBTI, etc. et le militantisme anti-fasciste ou d’extrême gauche en général qui s’organise pour lutter contre cette extrême droite.




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