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Après avoir laissé circuler le virus, Véran préfère les restrictions à des moyens supplémentaires pour l’hôpital

Pas un mot sur le manque de moyens dans les centres de dépistage et les hôpitaux publics. Olivier Véran s'est contenté mercredi d'annoncer de nouvelles « mesures territoriales restrictives ». Des mesures répressives pour masquer l'absence de plan à la hauteur face à la reprise de l'épidémie.

jeudi 24 septembre

Dans la continuité du discours de Jean Castex le 11 septembre dernier, Olivier Véran s’est exprimé hier lors d’une conférence presse. Le ministre de la santé y a présenté les nouvelles mesures prises par le gouvernement en Conseil de Défense face à la reprise de l’épidémie.

Reprise de l’épidémie : la situation se dégrade… à cause de la gestion du gouvernement !

Après avoir constaté que la situation « continue globalement de se dégrader », Olivier Véran a rappelé hier les chiffres de la reprise de l’épidémie en cours. Avec plus de 6000 patients hospitalisés et 600 admissions dans la seule journée d’hier, le coronavirus se répand comme le montre un autre indicateur, le taux de positivité des tests qui atteint désormais 6% contre 5,4% la semaine dernière. Une reprise qui frappe inégalement l’ensemble du territoire. En Ile-de-France, ce sont 2000 patients qui sont hospitalisés pour des cas de Covid, dont 305 en réanimation, soit 27% des capacités totales des réanimations occupées par des cas Covid.

Depuis la fin du confinement, Macron a en effet choisi, pour assurer la « continuité de la vie économique », d’assumer implicitement de laisser circuler le virus, quitte à mettre en danger une partie de la population. En effet, alors que pour un plan de relance à destination du patronat, le gouvernement a mis 100 milliards d’euros sur la table, le système de santé public reste confronté au manque de moyens que l’épidémie de Covid19 a dévoilé et exacerbé. Et après le scandale des masques, ce sont aujourd’hui les tests qui révèlent la gestion chaotique de la crise sanitaire.

Après le scandale des masques, celui des tests : Olivier Véran évite la question du manque de moyens pour dépister massivement

Jeudi dernier, le ministre annoncer qu’il faudrait « prioriser les prioritaires » concernant l’accès aux tests PCR. Pourtant la stratégie qui consiste a laisser le virus se propager dans la population en se contentant de s’occuper des cas grave, le gouvernement l’a expérimenté au printemps dernier. Avec un bilan désastreux, puisque depuis le début de la pandémie plus de 30.000 personnes sont décédées du Covid 19 en France.

Bertrand Legrand, généraliste de terrain à Tourcoing explique qu’ « en ciblant uniquement cette population, on est passé à côté de nombreux cas qui ont propagé le virus ». Il affirme qu’« il fallait tester massivement dès le départ » et réclame que les médecins aient les moyens de pratiquer les tests PCR dans leurs cabinet. En vain, car pendant ce temps les grands laboratoires privés profitent de la situation pour s’enrichir, certains proposant des résultats plus rapide moyennant une compensation de 100€.

De leur côté, les salariés dénoncent la surcharge de travail qui leur est imposée, comme dans les laboratoires Biofusion – qui font partie d’Inovie, le premier groupe de laboratoires de biologie en France, avec un chiffre d’affaire qui progresse chaque année de 100 millions d’euros. « Notre plateau technique est capable de faire 1.500 tests par jour et nous sommes à 5.000 » témoigne Catherine Bellenque déléguée syndicale CFDT au Figaro. Ce n’est qu’en ayant fait grève, qu’elles ont obligé la direction à céder une maigre compensation en versant l’intégralité de la prime Covid qui n’avait jusque là pas été versée, ainsi qu’une augmentation de 3% de salaires. Loin d’être suffisant pour une salariée qui explique que la doctrine de priorisation que veut mettre en place le ministre « ne rime à rien ». Pour elle, « le problème c’est qu’on n’a pas le matériel nécessaire pour tester tout le monde : il nous faut plus de machines. Il faut investir dans ces appareils, parce que c’est ça la priorité. ».

Cependant, face au rebond épidémique Olivier Véran n’a pas dit un mot concernant les tests lors de son allocution ce mercredi, ni au sujet des moyens à investir dans l’hôpital public en vue de l’augmentation du nombre de cas grave, ou dans les EHPAD. Un autre bilan de la crise sanitaire avait pourtant été le manque de moyens dans les services de réanimation submergés par l’afflux de patients au printemps dernier et l’impréparation dans les établissements accueillant les personnes âgées. Le ministre préfère se dissimuler derrière des appels à la responsabilité individuelles pour appliquer les gestes barrières, et des « mesures territoriales restrictives » qui étendent les mesures répressives telles que l’interdiction des rassemblements.

Des mesures territoriales qui restreignent les droits démocratiques pour masquer l’absence de plan sanitaire à la hauteur

La conférence de presse de Véran a été l’occasion de dévoiler une nouvelle carte de l’épidémie, ainsi qu’une nouvelle classification. Alors que 69 départements sont désormais classés « rouge », seuil d’alerte donnant la possibilité aux préfets de prendre des mesures restrictives, de nouvelles catégories ont émergé.

Les zones d’alerte « renforcées » désignent ainsi les zones marquées par un taux d’incidence (nombre de contaminations pour 10 000 personnes) au-dessus de 150 et un taux d’incidence chez les personnes âgées au-dessus de 50. Saint-Étienne, Toulouse, Rennes, Rouen, Paris, Lille, Grenoble, Montpellier s’inscrivent désormais dans cette catégorie. Aussi, à partir de lundi les rassemblements y seront limités à 1000 personnes, les grands événements interdits, les salles de sport fermées et les bars verront leurs horaires limités.

Les zones d’alerte « maximale », dont le taux d’incidence est supérieur à 250, et à 100 chez les personnes âgées, et dont les réanimations sont significativement impactées verront de leurs côtés la fermeture totale des bars et restaurants et des établissements recevant du public à l’exception de ceux qui se montrent capables de respecter un protocole sanitaire strict (cinémas, musées). Dans l’immédiat, ces mesures seront appliqué à Marseille et à la Guadeloupe.

Après avoir laissé le virus circuler, le gouvernement décide donc de « serrer la vis » pour compenser sa gestion erratique de l’épidémie. Alors que le ministre a évité d’aborder l’impact sur la propagation du virus d’une rentrée scolaire catastrophique et de la fin du chômage partiel qui impose aux personnes vulnérable de retourner au travail malgré l’augmentation du nombre de cas, il a annoncé la mise en place de mesures restrictives impliquent le déploiement d’un dispositif policier plus important. Ce qui n’augure rien d’autre que l’augmentation des violences policières dans les quartiers populaires et de l’offensive sécuritaire contre le droit de manifester, dans le sillage de l’État d’urgence sanitaire.

Pas de moyens supplémentaires pour l’hôpital public, le gouvernement sacrifie les travailleurs et la jeunesse

Dans la lignée de la politique pro-patronale du gouvernement, Olivier Véran n’a quasiment rien dit des entreprises, qui constituent pourtant les principaux clusters, se contentant d’une vague recommandation en faveur du télétravail. La priorité accordée à la « vie économique » reste ainsi le cap du gouvernement dans la gestion de la crise sanitaire.

En outre, le ministre de la Santé a mis totalement sous le tapis la question des écoles et des universités, qui font pourtant face à des conditions sanitaires déplorables. Alors que des professeurs étaient en grève ces derniers jours pour dénoncer la situation sanitaire dans leurs établissements, alors que les photographies d’amphithéâtres bondés rendant impossible le respect de toute distanciation sociale enflamment les réseaux, le gouvernement ferme les yeux sur la situation. Et pour cause, la possibilité d’une gestion sanitaire à la hauteur impliquerait de déployer des moyens supplémentaires, ce que le gouvernement s’est pour le moment interdit de faire, préférant réserver les milliards au patronat dans le cadre du plan de relance.

Dans les hôpitaux, malgré le passage d’une première vague qui a mis à nus les destructions opérées par les politiques néolibérales successives, la situation apparaît aussi marquée par l’impréparation et le manque de moyens. En Ile-de-France, avec environ 2000 patients hospitalisés, les médecins observent déjà des débuts de saturation dans certains services. Interrogée par BFM TV, Agnès Ricard-Hibon, cheffe de service du Samu du Val-d’Oise explique déjà faire face à « difficultés pour avoir des places de réanimation pour des patients dans un état grave ce week-end », tandis que le SAMU voit son activité s’intensifier. Une situation que l’on retrouve dans de nombreux départements classés rouge, et qui rappellent que, malgré le Ségur annoncé en grandes pompes, les problèmes de l’hôpital public restent brûlants à la veille d’une deuxième vague.

En définitive, la situation que décrit Olivier Véran, autant que les réponses apportées par le gouvernement, s’inscrivent dans la continuité stricte de la logique qui prévaut depuis le début de l’épidémie. Si le « confinement généralisé » est pour le moment totalement écarté, c’est Macron y voit une mesure inacceptable pour le patronat et ses profits, qui lui est encore reprochée. Dans ce cadre, c’est à une gestion au caractère pro-patronal encore plus marqué qu’il faut s’attendre dans les semaines à venir.

Face à cette situation, les travailleurs vont à nouveau devoir prendre en charge la réponse à la crise sanitaire pour se protéger et faire peser leurs vies. Dans les hôpitaux comme dans les lycées, dans les usines comme dans l’ensemble des entreprises, la question d’un programme d’urgence pour faire face à la crise économique et sanitaire reste ainsi d’une brûlante actualité. Un programme qui refuse que les travailleurs paient la crise économique, en défendant par exemple l’interdiction des licenciements ou la nationalisation sous contrôle des travailleurs des entreprises menacées de fermeture. Un programme pour des moyens à la hauteur de la situation dans l’hôpital public, qui rende possible des mesures sanitaires radicales pour pouvoir appliquer une politique de dépistage massive et efficace, en imposant la nationalisation sous contrôle des travailleurs de l’ensemble du système de santé, laboratoires compris, car il est inacceptable que les patrons de la santé fassent des profits sur le dos de l’épidémie.




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