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Au coeur de la bête

Après des années de lutte chez Google, le syndicat des travailleurs de la Silicon Valley est né !

Après des années de lutte, les travailleurs de Google annoncent la création d'un syndicat pour tous les salariés de la Silicon Valley. Un signe du regain de conscience de classe et de volonté d'en découdre contre l'exploitation et les oppressions, dans ce secteur où le patronat déploie des moyens importants pour réprimer les syndicalistes.

mercredi 6 janvier

Crédit photo : Mason Trinca/AFP

Ce lundi, les travailleurs d’Alphabet, maison-mère de Google, ont annoncé dans une tribune publiée dans le New York Times, la création du syndicat Alphabet Workers Union (AWU). Les 226 signataires indiquent être « solidaires des travailleurs partout, qui luttent pour rendre leurs lieux de travail plus justes et exigent que l’industrie de la technologie refuse de maintenir les rapports d’oppression », et expliquent qu’ils souhaitent accorder « la priorité à la société et à l’environnement plutôt que de maximiser les profits à tout prix. »

Une organisation nécessaire pour poursuivre la lutte

Cette volonté de s’organiser pour défendre des conditions de travail « inclusives et équitables » et garantir les droits démocratiques des salariés est l’aboutissement de l’expérience de lutte menée par ces derniers pour leurs droits, contre les oppressions et les discriminations au sein de la multinationale.

En avril 2018, les salariés d’Alphabet lançaient une pétition adressée à Sundar Pichai, PDG de Google, rassemblant 3.100 signatures en interne, pour demander l’arrêt immédiat du projet Maven. Ils estimaient que le géant du Net ne devait pas être impliqué dans ce programme de surveillance militaire par drone, basé sur l’intelligence artificielle, commandé par le Ministère de la Défense Américain. En novembre de la même année, plus de 20.000 employés se mettaient en grève suite aux révélations concernant la protection de hauts responsables de la firme accusés de harcèlement sexuel, et contre le versement de plusieurs dizaines de millions de dollars par Google lors de leur départ.

Début décembre 2020, les travailleurs adressaient une lettre ouverte à l’entreprise après que la direction ait annoncé avoir accepté la démission de la chercheuse africaine américaineTimnit Gebru, avant que celle-ci ne conteste, affirmant n’avoir jamais fait cette demande. Timnit Gibru travaille sur les questions d’éthique liées à l’intelligence artificielle, et milite au sein du groupe qu’elle a cofondé Black in AI qui vise à « accroître la présence des Noirs dans le domaine de l’intelligence artificielle ». Son licenciement fait en réalité suite à un mail, en interne, dans lequel elle dénonce les méthodes de l’entreprise pour réduire « au silence des voix marginalisées ».

Salariés et sous-traitants : un syndicat qui défend l’union des travailleurs

Alphabet Workers Union s’est aussi établi comme un groupe rassemblant tous les travailleurs, sans exception, c’est-à-dire aussi bien les ingénieurs, majoritaires parmi les premiers syndiqués, que les sous-traitants. Il affiche comme sa préoccupation première la justice sociale et économique et affirme « Nous pensons que la neutralité n’aide jamais la victime et nous accordons la priorité aux besoins des plus démunis » et « des personnes marginalisées ».

AWU : produit du dépassement de la répression des militants par les GAFA

Par ailleurs, la formation d’un organe de lutte collective pour les questions salariales, éthiques, de harcèlement sexuel ou de discriminations est inédite dans la Silicon Valley. Et pour cause, ces grandes entreprises emploient de manière systématique des moyens pour empêcher, contenir, diminuer voire punir toutes les formes de contestation voyant le jour pour s’opposer aux attaques contre les droits des salariés ou dénoncer les scandales qui se déroulent en leur sein.

En novembre 2019, Google avait licencié quatre de ses employés après que ces derniers aient consulté des documents internes et alerté sur leur contenu, relatif notamment aux liens entre Google et l’agence américaine en charge de l’immigration et des frontières. Au même moment, des salariés dévoilaient le recours par Google à des sociétés spécialisées dans la chasse aux syndicats. Pour cette raison, les employés à l’initiative de l’AWU ont travaillé secrètementpendant plus d’un an à leur organisation, avant d’annoncer publiquement la création du syndicat. 

Le résultat d’une prise de conscience politique des travailleurs

Malgré les efforts déployés pour les réprimer, les manifestations des travailleurs des plus grandes entreprises capitalistes au monde premières capitalisations mondiales, comme ceux de Google ou d’Amazon qui se mobilisent depuis plusieurs années pour dénoncer leurs conditions de travail et leur exploitation, ne cessent de se multiplier, et leur organisation de s’agrandir. Cette dynamique s’inscrit dans le regain de combativité et de prise de conscience politique de la population observé à l’échelle internationale, avec les mouvements #MeToo ou Black Lives Matter dans lesquels certaines de ces luttes salariales s’intègrent, comme on a pu le voir chez Alphabet.

Enfin, si AWU est affilié au Communications Workers of America, plus gros syndicat des télécommunications et des médias aux États-Unis et au Canada, son statut d’unité de négociation devant la loi n’a pas encore été obtenu. Un nouveau volet de lutte pour cette reconnaissance s’ouvre désormais, face aux possibles stratégies qu’Alphabet pourrait mettre en place pour l’empêcher, comme par exemple faire appel à des avocats. Mais surtout, c’est par la lutte au cœur de la machine impérialiste que la nouvelle organisation pourra faire ses preuves et démontrer sa capacité à défendre les travailleurs et lutter pour une autre société.




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