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Du Pain et des Roses

Pinkwashing du gouvernement

Après des années de mobilisations LGBTI, l’Assemblée vote l’interdiction des thérapies de conversion

La loi interdisant les thérapies de conversion, votée le 5 octobre à l'Assemblée, représente une avancée indéniable dont le mérite revient aux mobilisations du mouvement LGBTI. Le gouvernement Macron s'en sert pour redorer son blason sur le plan sociétal tandis que de nombreuses limites subsistent, notamment en ce qui concerne les droits des personnes trans et intersexes.

jeudi 7 octobre

Crédits photo : REUTERS/Sarah Meyssonnier

L’interdiction des thérapies de conversion, une avancée due aux mobilisations LGBTI

Dénoncées depuis des années par les associations LGBTI, les thérapies de conversion sont des processus pseudos-scientifiques ou religieux qui visent à « guérir » les personnes homosexuelles ou transgenres en mobilisant des outils tels que des entretiens, des stages, des prières voire des exorcismes ou des séances d’électrochocs.

Ainsi, ce mardi 5 octobre, l’Assemblée nationale a approuvé à la quasi-unanimité des présents un projet de loi pour l’interdiction de ces thérapies de conversion. La loi prévoit que « les pratiques, les comportements ou les propos répétés visant à modifier ou à réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, vraie ou supposée, d’une personne et ayant pour effet une altération de sa santé physique ou mentale sont punis de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende ». Sera notamment puni par la loi « le fait de donner des consultations ou de prescrire des traitements » qui visent à modifier ou réprimer l’orientation sexuelle ou l’identité de genre d’une personne. De plus, la loi prévoit qu’une « interdiction d’exercer la profession de médecin peut également être prononcée ». La peine peut aller jusqu’à trois ans de détention et 45 000 euros d’amende si les faits concernent des mineurs.

Si le vote de l’Assemblée nationale en faveur de l’interdiction de ces thérapies de conversion est indéniablement une avancée, celle-ci ne s’est faite que grâce à la mobilisation acharnée des associations LGBTI ainsi que des mobilisations dans la rue. De plus, de nombreuses limites subsistent encore.

D’importantes limites

Premièrement, bien qu’il passe en procédure accélérée, le texte de loi adopté par l’Assemblée est encore soumis à la navette parlementaire et va donc être soumis à une adoption par le Sénat, à majorité de droite. Ce dernier « peut encore ralentir son adoption définitive, alors que les deux chambres clôturent leurs travaux fin février pour cause d’élections » présidentielles selon Têtu. Une conséquence des tergiversations du gouvernement qui, malgré la mobilisation du mouvement féministe et LGBTI, a longtemps retardé ce projet de loi. À titre d’exemple, toujours selon Têtu, « pas plus tard que mi-mai, la Macronie semblait renoncer à une nouvelle loi, le gouvernement se contentant de publier une circulaire rappelant que différents codes répriment déjà les "thérapies de conversion" ».

Ensuite, certaines atteintes aux droits des personnes LGBTI ne sont pas couvertes par la loi. D’une part, le parcours des personnes trans reste encore et toujours psychiatrisé et donc perçu comme pouvant relever d’un trouble psychique. Comme résumé dans L’Obs, l’initiation d’une transition en milieu hospitalier débute presque systématiquement par un examen psychiatrique. Dans ce cadre, « la plupart des demandes de transition sont entendues par des membres de la Société française d’études et de prise en charge de la transidentité, (SoFECT), très décriée par les associations trans. La transition débute donc par une évaluation psychiatrique afin d’établir l’existence d’une "dysphorie de genre", c’est-à-dire l’existence d’une détresse psychique due à la différence entre le genre d’identification d’une personne et son genre d’assignation à la naissance. Suit le passage devant une commission pluridisciplinaire, composée d’un psychiatre, d’un endocrinologue, ou encore d’un chirurgien, préalable aux débuts d’une thérapie hormonale. » Ce processus est à la fois une violence et une barrière à la transition. Comme le rappelle Questions Trans Féministes sur Twitter, « toutes les associations trans soutiennent la possibilité pour les personnes trans de bénéficier d’un suivi psy tant que celui-ci n’est pas imposé et que les psys ne sont pas en position de décider du cours de la transition ».

D’autre part, les personnes intersexes sont complètement laissées de côté par la loi, de la même manière qu’elles avaient été mises à l’écart de la loi bioéthique et ce malgré les revendications des associations et du mouvement LGBTI. Pourtant, les personnes intersexes subissent dès la naissance – sans consentement donc – des mutilations génitales qui visent à les conformer à l’un ou l’autre sexe.

Ces limites s’ajoutent aux propos fondamentalement réactionnaires prononcés par certains députés lors de l’examen du projet de loi à l’Assemblée. À titre d’exemple, le député LR Xavier Breton proche de la Manif pour tous, cité par Komitid, s’est attaqué au « concept d’identité de genre », une « notion » qu’il a jugée « militante », ajoutant : « on est dans une idéologie trans » pour « tout déconstruire ». Une idéologie traditionaliste aujourd’hui bien présente dans les médias et dont l’audience risque de décupler à l’approche des élections présidentielles.

La bataille pour les droits et l’émancipation des personnes LGBTI est loin d’être gagnée et pour en finir avec les oppressions, ce n’est pas au gouvernement et aux politiciens bourgeois qu’on pourra placer notre confiance.

C’est dans la rue qu’il faut lutter !

La loi interdisant les thérapies de conversion représente une avancée indéniable. Cependant, il faut d’une part la reconnaître comme une conséquence des mobilisations et, d’autre part, l’analyser dans le cadre d’une tentative de pinkwashing, c’est-à-dire de récupération des luttes LGBTI par le gouvernement afin d’améliorer leur image sur le plan sociétal, tandis qu’ils maintiennent une politique réactionnaire et anti-sociale sur tous les fronts – on pensera par exemple à la Loi séparatisme qui renforce le harcèlement institutionnel des personnes musulmanes ou assimilées comme telles, ou encore à la réforme de l’assurance chômage qui casse nos droits sociaux.

Pour un mouvement LGBTI révolutionnaire, pour construire une société débarrassée de l’exploitation et de toutes les oppressions, c’est dans la rue et en toute indépendance des institutions qu’il faut s’organiser !




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