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Politique

Après l’enfumage de Notre-Dame, le gouvernement cherche à intimider les Gilets Jaunes

En difficulté pour les annonces du Grand Débat, l’incendie de Notre Dame a permis d’organiser un contre-feu au moment optimal pour le gouvernement. Dans la continuité, Castaner a annoncé un dispositif policier musclé pour l'acte 23.

samedi 20 avril

Un sursis : c’est ce que Macron aura réussi à obtenir avec l’opération de communication autour de l’émotion légitime suscitée par l’incendie de Notre Dame de Paris. En tout cas, les résultats sont plus que mitigés. En commençant par la décision de reporter l’échéance des annonces. Selon un sondage paru ce jeudi, ils ne sont que 61% dans la population à approuver le report, un chiffre à mettre en regard avec la grande émotion qu’a suscité l’incendie de cet édifice historique.

Certes, la manœuvre a permis au gouvernement de reprendre 3 points de popularité dans les sondages mais sur le fond rien n’est réglé. Si l’idée d’une baisse d’impôt pour les personnes payant les premières tranches de l’impôt sur le revenu, la réindexation sur l’inflation des retraites inférieures à 2.000 euros ou la fin des fermetures d’écoles ou d’hôpitaux jusqu’à la fin du quinquennat sont jugées « conforme aux attentes », le problème principal pour Macron est sur les moyens de les financer, dans un contexte où le président des riches exclut d’emblée la solution de prendre sur les grands fortunes. Les pistes évoquées dans le camp gouvernemental suscitent une large opposition : les personnes interrogées sont très majoritairement contre la suppression d’un ou deux jours fériés (à 78%), ils sont 70% à être contre un report du l’âge de la retraite et 50% des sondés se disent opposés à l’idée de revenir sur les 35 heures.

Fondamentalement, l’épisode de la cathédrale n’a pas changé l’état de l’opinion, et en particulier des Gilets Jaunes qui continuent de s’opposer au gouvernement tous les samedis dans la rue. Or, leurs revendications vont bien plus loin que les mesurettes annoncées par le gouvernement. A commencer par le fait de taxer dans le portefeuille des grandes fortunes et du grand patronat, dont ils ont montré l’étendue en finançant par centaines de millions d’euros la rénovation de Notre Dame. Selon le même sondage, 76% de la population souhaiterait voir revenir l’ISF.

C’est dans ce contexte que la phase numéro 2 de la récupération politique du drame de l’incendie intervient, avec Castaner comme chef d’orchestre. Le ministre de l’intérieur est sur la sellette et a été sèchement recadré par Edouard Philippe au dernier conseil des ministres : « Être ministre, c’est 24 heures sur 24, y compris en termes de comportement » aurait-il déclaré.

Un message entendu à 100% par l’intéressé qui s’est illustré avec une rhétorique particulièrement virulente contre les Gilets Jaunes. Dans un discours ubuesque, Castaner a estimé que l’acte 23 serait « l’acte ultime, Paris capitale de l’émeute sous-titré ’’appel à la révolution, black bloc et gilets jaunes’’ ». Le préfet a annoncé interdire tout parcours à proximité de la cathédrale, sous-entendant sans aucune preuve que des manifestants pourraient s’en prendre à l’édifice. Et celui-ci d’évoquer « les polémiques indignes sur la générosité entretenue par certains » et « les théories complotistes les plus absurdes », animées selon lui par un bloc commun entre les « complotistes », la « fachosphère » et même « la mouvance djihadiste ». Rien que ça !

La comparaison pourrait prêter à sourire si elle n’annonçait pas un saut encore supplémentaire dans la répression. En assimilant les Gilets Jaunes non seulement à des factieux mais même à des terroristes, celui-ci prépare le terrain pour un dispositif plus musclé. C’est notamment ce qui ressort des déclarations d’Yves Lefebvre, secrétaire général Unité SGP Police FO sur BFM-TV : « Le dispositif prévu [...] correspond pour le moment en tout point à ce que nous avions revendiqué. […] On va aller tout de suite au contact, nous, c’est ce que nous voulions. On voulait une sécurisation, une mobilité et ne plus être engoncé dans un ’diktat’ venant de la salle de commandement de la préfecture de police ». Des policiers livrés à eux-mêmes, dont les violences sont encouragées et facilitées par la loi anti-casseurs récemment adoptée et qu’on a pu voir à l’œuvre samedi dernier dans le centre-ville de Toulouse, certains évoquant même des « scènes de guerre ».

La volonté du gouvernement est claire : intimider les Gilets Jaunes pour préparer les annonces de Macron qui interviendront finalement le 25 avril. Une menace qui ne semble pas faire plier les Gilets Jaunes, déterminés nombreux à manifester pour l’acte 23, renommé ultimatum n°2 pour l’occasion.

Crédit photo : Reuters




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