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Monde

Crise économique et sanitaire

Après l’explosion, le Liban risque la pénurie alimentaire

L'explosion qui a ravagé le port de Beyrouth et une partie de la capitale libanaise mardi dernier fait craindre aux autorités une pénurie alimentaire dans un pays qui importe 80% de ce qu'il consomme et ce alors que le pays est déjà gravement touché par la crise économique.

vendredi 7 août

La double explosion de produits chimiques qui a secoué Beyrouth mardi dernier met à jour les contradictions criantes que le pays traverse depuis maintenant un an sur fond de crise économique et de révolte contre les autorités politiques du pays. Alors que le principal port du pays est détruit et que la ville est très fortement endommagée, les silos de céréales ont eux aussi été touchés ce qui risque de causer à brève échéance un problème de disponibilité de farine dans la capitale libanaise et ce malgré l’aide internationale. Les « émeutes de la faim » qui ont secoué le pays en avril dernier risquent de se reproduire.

Maya Terro, fondatrice de l’ONG « Food Blessed » qui distribue des aides alimentaires au Liban, résume ainsi la situation catastrophique dans laquelle le pays risque d’être plongé bientôt : « Le Liban importe 80% de sa nourriture. Immédiatement j’ai pensé : rayons de supermarchés vides, augmentation des prix à cause des pénuries ». La FAO, l’Agence des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, confirme ces craintes et s’inquiète « d’avoir à brève échéance un problème de disponibilité de farine pour le pays ». Les silos où le blé est entreposé sur le port ont été détruits par l’explosion, laissant les 120 000 tonnes de blés se déverser dans la mer. À eux seuls, ces silos représentent un dixième de la consommation annuelle des libanais en blé.

La crise qui affecte Beyrouth pourrait ainsi s’étendre à tout le pays. Le principal port du Liban étant détruit, l’importation et le stockage des denrées alimentaires s’en trouve affecté. Le Liban est, en effet, dans l’obligation d’importer l’essentiel des denrées alimentaires qu’il consomme et le port de Beyrouth est la principale entrée des navires dans le pays. Même si Éric Verdeil, chercheur à Sciences-Po et spécialiste du Liban, soutient que le port de Tripoli pourrait prendre le relais, le rationnement alimentaire n’est pas à exclure.

La pénurie alimentaire qui se profile au Liban intervient dans un contexte de très grande crise économique dans le pays. Au début de l’année la pauvreté était déjà d’environ 50% avec un taux de chômage de 46% selon le Président libanais, Michel Aoun. Le ministre des Affaires sociales, Ramzi Mousharafieh, estime que 75% de la population a besoin d’aide dans un pays d’environ six millions d’habitants. C’est d’ailleurs ce que confirme Éric Verdeil : « la situation financière du Liban faisait déjà que la situation alimentaire et aussi pour d’autres biens essentiels comme le pétrole, était à flux tendu ». Dans un pays où la faim commençait déjà à se faire sentir avec des produits alimentaires de première nécessité qui avaient déjà connu une inflation atteignant les 109% entre septembre et mai dernier, ce que le virus a amplifié, la double explosion de mardi dernier aggrave une situation déjà catastrophique.

Dans un tel contexte, l’aide internationale est nécessaire mais insuffisante. Le gouvernement en place, largement discrédité par sa politique désastreuse envers la population et la corruption qui le gangrène, pourrait profiter de cette crise pour redorer son blason auprès de la communauté internationale et notamment auprès du FMI. Selon Ishac Diwan, professeur à la chaire Socio-Economie du monde arabe à l’université Paris-Sciences-et-Lettres, seule « la réaction de la rue, plus en colère que jamais peut infléchir le cours de la situation au Liban.

Suite aux explosions, beaucoup d’emplois vont probablement être détruits, jetant les travailleurs dans une précarité encore plus grande. Mais nous ne pouvons pas accepter que les capitalistes fassent payer la crise dont ils sont déjà responsable à la population. Il faut au contraire répartir le temps de travail entre tous et ainsi réduire le chômage. La précarité et la faim qui rongent les populations doivent être combattues en imposant aux capitalistes une échelle mobile des salaires, indexée à l’inflation, qui permette de vivre décemment. En outre, il faut interdire toute spéculation des grandes entreprises sur les denrées alimentaires en instaurant un contrôle des prix par la population elle-même. Seuls les travailleurs libanais pourront ainsi donner une issue progressiste à la crise économique que traverse le pays, comme ont déjà pu le démontrer les nombreuses et radicales mobilisations contre le régime et ses politiques néolibérales.




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