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Politique

Droit de retrait à la SNCF

Après la RATP, les cheminots relèvent la tête et défient le gouvernement

Après l’accident ferroviaire en Champagne-Ardenne mercredi 16, les cheminots ont exercé un massif droit de retrait pendant plusieurs jours pour défendre la sécurité de tous. La direction de la SNCF et le gouvernement les accusent d’avoir lancé une grève surprise et les menacent avec poursuites judiciaires et disciplinaires. Par ce droit de retrait, les cheminots relèvent la tête et défient le gouvernement.

lundi 21 octobre

Lors d’une manifestation CGT/FO/FSU, le 21 septembre 2017. (Illustration) Le parisien. LP/J.B.

Un vent de révolte dans les gares et dépôts SNCF partout en France

Depuis vendredi, face au droit de retrait massif exercé par les cheminots, le premier ministre Edouard Philippe, le secrétaire des transports Jean-Baptiste Djebbari, le président de la SNCF Guillaume Pepy et tous les médias dominants répètent des mensonges en boucle. « C’est une grève surprise » ; « C’est une manière détournée de perturber le départ en vacances et protester contre la réforme des retraites »… Voilà ce qu’on entend de la part des commentateurs et des porte-paroles que ce soit du gouvernement ou de la direction de la SNCF.

Mais la réalité est tout autre : les cheminots ont massivement décidé de dire stop à la politique de « risque calculé » de la direction de la SNCF et de défendre la sécurité de tous. Cette politique de la direction, qui ne vise qu’à augmenter les marges de profits en dépit de la sécurité des circulations, des cheminots et des usagers, aurait pu être la raison d’une nouvelle catastrophe ferroviaire, évitée de justesse par le collègue conducteur.

Ce ras-le-bol, qui s’est étendu nationalement comme une traînée de poudre, dévoile au grand jour que malgré la défaite de la lutte contre la réforme ferroviaire, Macron et la direction de la SNCF n’ont pas réussi à écraser et anéantir les cheminots. Bien au contraire, ce secteur stratégique montre aujourd’hui, par le biais de ce droit de retrait massif, des signes de recomposition importante. En effet, les cheminots font savoir qu’ils ne se laisseront pas faire aussi facilement que le gouvernement ne l’espérait. Il ne serait pas exagéré d’y voir des signes de contagion du mouvement des gilets jaunes dans ce secteur stratégique pour l’économie du pays.

Des menaces de poursuites judiciaires et disciplinaires pour intimider les cheminots

Face à la massivité de la réponse des cheminots, déterminés à arracher des mesures concrètes pour pallier à des dangers qu’ils dénoncent depuis bien longtemps sans être entendus, le gouvernement et la direction de la SNCF ont décidé de menacer les cheminots avec des poursuites judiciaires et disciplinaires. Edouard Philippe s’est même permis d’affirmer impunément que le « droit de retrait » n’était pas légitime, et qu’il s’agissait donc d’une « grève sauvage » qui ne cherchait qu’à nuire les usagers. Or, le droit de retrait est un droit prévu dans le code du travail, et il n’appartient pas au premier ministre de juger sa pertinence.

S’il apparaît aujourd’hui que « les magistrats autoproclamés » du pouvoir changent le fusil d’épaule en s’attaquant désormais plus précisément aux cheminots qui ont exercé leur droit de retrait alors qu’ils n’étaient pas concernés directement par la problématique Équipement Agent Seul (exemple conducteur TGV systématiquement accompagnés par un ou plusieurs contrôleurs), nous pouvons d’ores et déjà leur répondre qu’ils n’ont toujours rien compris au danger que redoutent les cheminots. En effet, dans le cas de figure d’un train EAS accidenté avec un conducteur blessé trop grièvement pour intervenir dans la procédure d’arrêts des autres trains, les conducteurs de ces derniers iront potentiellement percuter le train sans agents occasionnant de nombreuses victimes, dont eux même, même s’ils ne sont pas concernés par le dispositif EAS.

Voilà pourquoi l’ensemble des conducteurs et des contrôleurs (eux aussi présents dans les autres trains) se sont sentis en danger après avoir réalisé les risques que l’entreprise leur faisait courrir.

D’ailleurs le train arrêté héroïquement par le conducteur en Champagne-Ardenne, qui aurait percuté violemment le TER déporté sur sa voie, était un train FRET. Il semble donc logique que même un conducteur FRET avait le droit d’exercer son droit de retrait après de tels événements.

Deux inspecteurs du travail donnent raison aux cheminots et préconisent la suspension de l’EAS

Ce lundi 21 octobre l’Inspection du Travail d’Alsace a rendu sa décision et confirme que le droit de retrait est bien légitime. Ce rendu va dans le sens de ce qu’avait déjà établi l’Inspecteur du Travail de Champagne-Ardenne, lorsqu’il avait écrit à la direction de la SNCF de la région : « Il vous appartient de procéder à une sérieuse actualisation de votre évaluation des risques à la suite de

cet accident concernant le poste de travail isolé de conducteur dans le cadre du dispositif EAS (équipement agent seul) ». Et il exhorte, dans le même écrit, à la direction de la SNCF à suspendre ce dispositif jusqu’à l’évaluation des risques et la prise de mesures correspondantes. Quant à l’inspection du travail d’Alsace, elle affirme dans une lettre à la direction régionale que « l’ensemble des documents […] transmis ne me permet pas de conclure que l’ensemble des risques liés à la conduite d’équipement agent seul ait été évalué conformément aux dispositions du code du travail », et finit également par préconiser la suspension de l’EAS.

Mais au lieu de se rendre à l’évidence et de se concentrer sur le vrai problème de fond, à savoir un danger grave et imminent qui concerne non seulement les cheminots mais également les millions de passagers qui prennent le train chaque jour dans ces conditions, la direction et le gouvernement font la sourde oreille et continuent la propagande de dénigrement des cheminots qui défendent la sécurité de tous.

Les négociations : des simples promesses qui n’ont pas permis d’écarter le danger

La solution aurait pu être simple : mettre au moins un deuxième agent à bord des trains, recruter suffisamment de personnel pour le faire et annuler la suppression du poste d’agent départ qui est prévu pour le mois de décembre, encore une mesure qui va à l’encontre de la sécurité. Mais la préoccupation de la direction de la SNCF n’est pas, depuis bien longtemps, la sécurité.

Donc si aujourd’hui la circulation reprend dans plusieurs régions, ce n’est donc pas une conséquence du fait que le danger n’était, au final, pas aussi grave, ou du fait que la direction aurait répondu favorablement aux problématiques posées par les agents. Non, la reprise de la circulation est clairement due aux menaces de sanctions proférées par la direction et le gouvernement. C’est la raison pour laquelle il est pour le moins regrettable que des syndicats qui ont une implantation nationale à la SNCF, comme la CGT Cheminots, aient laissé courir l’idée, plus ou moins ouvertement, qu’il fallait arrêter le droit de retrait et reprendre le travail « pour préparer le 5 décembre », malgré le fait qu’aucune des revendications n’aient été satisfaites par la direction, ce qui aujourd’hui permet au médias de dire qu’au final c’était bien une « grève surprise » le temps du weekend des grands départs en vacances. Il faut souligner le fait que certaines sections CGT, comme la CGT Cheminots de Bretagne ou Reims, ont ouvertement défendu, par le biais de communiqués locaux, la nécessité de continuer le droit de retrait en absence de réponse de la part de la direction.

La combativité et la résistance d’un secteur qui a la capacité de faire trembler le gouvernement

Mais la colère cheminote reste intacte, sinon plus forte encore, après que les cheminots aient été traînés dans la boue par une direction et un gouvernement qui ont menti ouvertement. D’ailleurs, dans un certain nombre de régions, les cheminots ont tout de même continué à exercer le droit de retrait malgré les menaces et intimidations. Ce fut le cas de la région PACA et encore plus récemment de l’Alsace, où les cheminots se sont sentis soutenus par la décision de l’inspection du travail et reprennent, en ce début de semaine, leur droit de retrait.

Et enfin de compte, malgré les tentatives répétées durant tout le week-end, le gouvernement a du mal à faire passer le message. Nombreux sont les usagers qui sont à l’écoute de ce que les cheminots dénoncent et comprennent que leur sécurité est en jeu.

Et si le gouvernement Macron a mis toutes ses forces pour dénigrer les cheminots, c’est bien parce qu’il s’agit d’un secteur qui aurait clairement le pouvoir de mettre en grande difficulté le projet de réformes-à-tout-va de Macron, et la réforme des retraites en particulier. Après le tour de chauffe et la grève massive des salariés de la RATP le 13 septembre qui a remis sur le tapis la force de la grève, les cheminots viennent de démontrer leur force pour défier le gouvernement.




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