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Politique

Crise en Macronie ?

Après le 49.3, la majorité pourrait perdre une partie de ses députés

Face au 49.3, le désarroi de l'aile gauche de la République en marche s'intensifie. Nombreux sont les parlementaires l'aile "sociale" de LREM à dénoncer un acte "autoritaire", une "impasse" ou même une trahison des promesses de 2017.

mardi 3 mars

Crédits photo : CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

Il y a huit jours des député de LREM publiaient déjà une tribune dénonçant préventivement le « passage en force » et le « déni de démocratie » que représenterait un tel scénario. Le samedi 29 février, Edouard Philippe annonçait pourtant engager la responsabilité du gouvernement, en notifiant l’utilisation du 49.3. Une décision qu’une vingtaine de députés LREM ont officiellement regretté. Ainsi le député LREM du Vaucluse Jean-François Césarini, souvent présenté comme le leader de l’aile gauche de la majorité, exprimait son désarroi face à une telle décision : « on se retrouve brutalement projeté dans l’ancien monde ».

Vers un groupe indépendant ?

Le passage en force du gouvernement semble avoir réactivé la volonté de créer un groupe parlementaire de « gauche » au sein de la majorité. Jean-Pierre Mignard, avocat et soutien historique de Macron a affirmé, par exemple, que la question de la création d’un tel groupe se posait avec « acuité », affirmant par ailleurs, la potentialité de la constitution d’un pôle « indépendant politiquement » de LREM. 

Alors que les défections sont nombreuses depuis quelques temps à la République en marche, la majorité devra déplorer un nouveau départ. Delphine Bagarry a ainsi décidé de quitter le groupe, après le recours au 49.3 par le premier ministre, déplorant chez France Info « une accumulation de décisions ou d’orientations politiques qui fait que je ne retrouve plus en phase avec le projet politique que l’on mène ». Parallèlement, au sénat, Michel Amiel a fait part de sa décision de quitter la République en Marche. Depuis 2017, une vingtaine de députés ont quitté ou pris leurs distances avec le parti de la majorité. Le nombre de députés tombe aujourd’hui sous les 300, s’abaissant de plus en plus du seuil nécessaire pour avoir une majorité absolue, 289 sièges.

La macronie en crise ?

Ces défections sont le signe le plus évident d’une véritable crise au sein de la macronie. La verticalité du mouvement, le fossé toujours plus profond entre la population et le gouvernement questionnent même parmi les alliés traditionnels du président. Ces défections donc, tout comme la volonté affichée par de nombreux députés de créer un groupe indépendant, montrent clairement la « crise par en haut » qui touche le gouvernement de Macron. Tour à tour, il a dû faire face à un avis négatif du Conseil d’Etat, à l’entrée dans la lutte de secteurs traditionnellement alliés comme les avocats ou les enseignants du supérieur et dans le même temps ce sont les défections au sein de la majorité qui se succèdent.

Et ce, alors même qu’il doit faire face à un mouvement social historique depuis le 5 décembre, qu’il s’est affronté aux gilets jaunes, et que tous les sondages sont les révélateurs criants de son impopularité. Ces différentes crises attestent l’existence d’une situation de crise organique pour les gouvernements bourgeois. Les perspectives de recompositions électorales semblent de plus en plus ténues, quand les alliés traditionnels ne sont plus et que la colère sociale ne faiblit pas.

Ces éléments poussent le gouvernement à toujours plus user de ses prérogatives autoritaires, à afficher son caractère bonapartiste. A l’Assemblée, les ordonnances ont été multipliées et l’article 49.3 a fini par être convoqué. Ce dernier est l’illustration la plus prégnante du caractère anti-démocratique des institutions bourgeoises de la Ve République, mais aussi la démonstration de la faiblesse d’un gouvernement qui face aux mouvements sociaux ne peut compter que sur la police pour maintenir son assise, et qui même à l’Assemblée doit recourir au 49.3 pour conserver son pouvoir et maintenir sa faible base électorale.

Le 49.3, les départs au sein de la majorité, tout comme la persistance d’un mouvement social qui s’il se cherche un second souffle et n’a pas abdiqué sont les indicateurs d’une véritable faiblesse du gouvernement. La macronie n’est pas aussi stable qu’elle cherche à le faire paraître et semble nous laisser l’espace nécessaire pour qu’un second temps victorieux du mouvement contre la réforme des retraites se constitue.




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