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Politique

Malaise chez LREM

Après le 49-3, nouvelle fissure chez LREM : un sénateur quitte le parti

Le gouvernement a annoncé ce samedi l'usage du 49-3 pour adopter la réforme des retraites indépendamment de tout débat parlementaire. Un passage en force qui n'est pas du goût de tout le monde au sein de la majorité. Le départ de Michel Amiel dévoile encore davantage les fragilités que le gouvernement tente de cacher tant bien que mal derrière un passage en force largement décrié.

mardi 3 mars

Crédit Photo : CHARLES PLATIAU / POOL / AFP

« Il y a eu une succession de maladresses très très défavorables à une action gouvernementale fluide. » Le moins que l’on puisse dire est que Michel Amiel, Sénateur LREM depuis 2017, n’a guère apprécié le choix du gouvernement de passer en force pour faire adopter la très impopulaire réforme des retraites en ayant recours à l’article 49-3 de la Constitution.

Ce dernier, véritable illustration du caractère anti-démocratique des institutions bourgeoises de la Ve République, permet en effet d’adopter une loi sans débat parlementaire tout en engageant la responsabilité du gouvernement : des motions de censure peuvent en effet être déposées et votées par l’Assemblée Nationale dans la foulée du recours à cet article. Si l’une d’entre elles est votée à la majorité absolue, le gouvernement est contraint de déposer sa démission – ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire de la Ve République.

Cette décision de la part du gouvernement, prise en plein week-end lors d’un conseil des ministres supposé évoquer l’épidémie de coronavirus, a fait grincer des dents jusque dans la Macronie. Parmi les principaux exemples, Michel Amiel a fait savoir son intention de quitter La République en Marche à la suite de cette décision. « À un moment donné, la forme est indissociable du fond et ça crée un véritable malaise entre l’exécutif et les gens », a-t-il poursuivi avant d’ajouter qu’un « vrai débat parlementaire » aurait permis d’améliorer le projet de réforme.

Si dans cette prise de position, le Sénateur ne se départit pas un instant de la volonté de la Macronie de porter une réforme profondément injuste et destructrice pour les acquis des travailleurs, elle montre des tensions au sein d’une majorité qui a fait du prétendu déni de démocratie au Parlement son principal argument pour justifier son passage en force.

D’un côté, Marc Fesneau, ministre chargé des relations avec le Parlement, cherche à relativiser et affirme que « M. Amiel avait annoncé il y a presque un mois, qu’il souhaitait quitter le groupe LRM ». « Ce n’est pas la peine (…) de se cacher derrière des éléments d’actualité pour essayer de se justifier d’un départ d’un groupe ». Une manière de tenter de dédramatiser qui peine à convaincre. De l’autre, le président du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Legendre, a essayé de justifier l’usage du 49-3 par le nombre d’heures passées par les députés à débattre du texte (deux semaines désormais), alors qu’il s’était montré plutôt réticent à ce recours avant le week-end. « Nous ne demandons pas mieux que d’améliorer le texte et nous le ferons, même si le 49-3 est utilisé », affirmait-il jeudi dernier sur France Inter. Une justification totalement honteuse quand les travailleurs ont massivement démontré leur opposition à la réforme en se mettant en grève pendant plus de deux mois à partir du 5 décembre et n’ont eu comme réponse que la répression et le mépris du gouvernement.

Un combat contre cette réforme qui se poursuit, alors que de nombreux rassemblements ont été organisés partout en France depuis samedi et qu’une manifestation aura lieu ce mardi à Paris vers Concorde au moment où les motions de censure seront votées par l’Assemblée Nationale. Face à ces fragilités que démontre le gouvernement en faisant passer en force la réforme des retraites, créant au sein même de sa majorité des défections, il s’agit maintenant pour les directions syndicales de penser un plan de bataille à la hauteur des aspirations sociales et démocratiques de la population.




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