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Politique

Edito

Après le 9 mai : construire la mobilisation et la convergence avec les Gilets Jaunes

Une journée qui appelle à aller plus loin dans la construction du rapport de forces.

jeudi 9 mai

La mobilisation a été au rendez-vous, avec 30 000 manifestants à Paris, selon la CGT, et des cortèges de plusieurs milliers de personnes en région, comme à Toulouse et ses 8000 manifestants, toujours selon la CGT. A l’heure où nous écrivons ces lignes, les seuls chiffres disponibles concernant les taux de grévistes sont ceux du ministère. Au niveau de l’éducation nationale, en pleine lutte contre la réforme Blanquer, environ 17,5% de grévistes dans le primaire, 11,68% dans le secondaire. Des chiffres à considérer avec recul, dans l’attente des chiffres des syndicats, mais qui traduisent assurément une mobilisation relativement forte dans ce secteur en particulier par rapport aux mobilisations précédentes.

Si le 9 mai n’a pas été une déferlante, notamment dans le secteur de la santé, et bien qu’il s’agisse là encore de rester circonspect quant aux chiffres disponibles (4% de grévistes selon le gouvernement),la mobilisation exprime un refus net de laisser Macron poursuivre dans son agenda néolibéral, avec des cortèges combatifs et une perturbation de 30% des vols dans les aéroports entre autres. En effet, comme l’écrit le politologue Luc Rouban, « Des totems tombent avec la généralisation de contractuels pour des postes de direction, et non plus seulement pour des remplacements d’agents peu qualifiés, la fin de l’emploi à vie… Ce texte limite aussi considérablement le rôle du paritarisme et renforce une vision néolibérale du macronisme. »

A ce titre, ce qui transparaît en premier lieu à l’issue de ce 9 mai, c’est l’émergence d’une forme d’avant-garde prête à se mobiliser, et ce malgré un appel timoré à la mobilisation et la sempiternelle stratégie de la « mobilisation carré de 24h » érigée par les directions syndicales. A l’instar du 1er mai, les Gilets Jaunes étaient également largement présents dans les cortèges pour une nouvelle démonstration de « convergence partielle et conjoncturelle », mais révélatrice d’une véritable volonté d’un tous ensemble contre Macron et sa politique néolibérale.

La question qui se pose aujourd’hui est donc bel et bien celle de la construction de la mobilisation, à la base et par la grève reconductible, cherchant les voies de la massification pour imposer un rapport de forces conséquent pour défaire Macron et son gouvernement. A ce titre, l’initiative de l’assemblée générale de l’Education Nationale à Toulouse, qui a voté pour la grève reconductible, est un exemple à suivre. Pourtant, la stratégie des directions syndicales reste largement en-deçà de la colère populaire exprimée par les classes populaires, et ce après six de mobilisation dans la rue de la part des Gilets Jaunes, composés majoritairement de travailleuses et de travailleurs. Ce n’est ni la colère, ni la détermination, y compris face à une répression féroce, qui manquent. Le problème est bien celui de l’émergence d’un plan de bataille à la hauteur des attentes, regroupant l’ensemble des organisations politiques, syndicales et les Gilets jaunes, un plan qui « vaille la peine de consentir à des sacrifices », et non une énième manifestation ponctuelle sans stratégie.

Loin d’avoir consolidé le quinquennat Macron, la fin du grand débat en a exposé toutes les limites. Les Gilets Jaunes ont réussi non seulement à faire reculer Macron, mais à imposer à l’ordre du jour la question du pouvoir d’achat, mettant un frein à l’agenda macroniste. C’est pourquoi il est urgent, au delà des chiffres, de faire de la journée du 9 mai le point de départ d’une dynamique de construction de la mobilisation de l’ensemble des classes populaires et du monde du travail.

A ce titre, il s’agit d’exiger, à la base non seulement la rupture claire et nette de toute politique de négociation avec Macron et son gouvernement, mais d’exiger de surcroît un plan et un ensemble de revendications démocratiques et sociales à la hauteur de la situation, en vue de forger un front commun de lutte : hausse des salaires et des pensions, indexés sur l’inflation ; retrait de la réforme Blanquer et de l’ensemble des lois liberticides touchant de plein fouet le droit à manifester ; l’arrêt de l’usage des LBD-40, armes de guerre qui mutilent des manifestations et démission immédiate de Castaner. C’est à ce titre qu’il sera possible, réellement, de forger le tous-ensemble contre Macron et son monde, joignant à la colère et la spontanéité des Gilets Jaunes, la force des travailleurs en lutte avec leurs méthodes.

Crédits photo : Thomas Samson / AFP.




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