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Politique

Après le discours de Castaner, l’extrême droite se la joue premier défenseur de l’impunité policière

Le tollé soulevé par l’extrême droite suite au discours de Castaner ne s’arrête plus. Ciotti, Zemmour, Collard, Le Pen, tous se bousculent pour dénoncer le discours du gouvernement, qui vise à couper court au discrédit grandissant de l’institution policière. Une surenchère réactionnaire de l’extrême-droite qui cherche à s’enfoncer dans la brèche pour capitaliser dans les urnes auprès d’une police qui leur est pour partie déjà largement acquise.

lundi 8 juin

Crédits photos : Alain JOCARD / AFP

C’est sous pression que le premier flic de France, Christophe Castaner, dit annoncer l’interdiction de la « clé d’étranglement », sans même nommer la technique du placage ventral, et affirme aussi que tout soupçon de racisme entrainerait une suspension. Un discours qui très rapidement a déclenché un tollé du côté de l’extrême-droite. "Monstruosité !”, “il met nos policiers à la merci des pires diffamations !” “Il devrait défendre sa police et ses fonctionnaires qui font le sale boulot ! C’est honteux !”.

Florilège de déclarations « révoltées » de l’extrême droite face aux propos du ministre de l’intérieur qu’ils assimilent à une « capitulation » face à la mobilisation contre le racisme d’Etat et les violences policières. L’occasion pour l’extrême droite de lâcher sa gerbe raciste sur la mémoire d’Adama et la lutte que mène sa famille, et plus au-delà contre toutes les victimes des violences policières, les quartiers populaires comme le montre ces tweets toujours plus réactionnaires.

Le Pen, Zemmour et Lejeune à la rescousse des flics

A peine le discours du ministre terminé, qu’ils se précipitent tous comme les sauveteurs des flics. Devant la brèche, l’extrême droite compte bien faire son beurre pour ratisser encore plus large chez les policiers qui voteraient à plus de 55% Rassemblement National.

Et ce n’est pas, pour le gouvernement, faute d’avoir répété par la voix de Laurent Nuñez sur BFMTV, après le discours officiel du ministre, que les suspensions ne seraient appliquées qu’en cas de faits avérés par l’enquête. Rien donc qui ne devrait inquiéter plus que d’habitude la police, qui pourra continuer à jouer son rôle : réprimer les quartiers, les travailleurs et tous ceux qui s’opposeraient à la volonté de l’Etat. Pourtant, Collard et Le Pen se scandalisent : on passerait selon eux à une totale liberté de diffamation contre les policiers qui aboutirait instantanément à leur suspension. L’extrême-droite passe à l’offensive, et en ligne de mire, le Comité Adama et Assa Traoré, clairement identifiés comme les « responsables » de ce « cataclysme ».

En témoignent notamment les propos de Geoffrey Lejeune sur LCI à la suite du discours du ministre qui s’offusque : « Castaner a cédé à la famille Traoré, une famille de grands délinquants, dont la moitié est en prison ». Même rengaine pour Zemmour, scandalisé à son tour par Castaner qui rabâche sa rhétorique à vomir : « ce n’était pas un saint vous savez ! ». Cherchant par-là à justifier la mort d’Adama Traoré des mains de la police comme il l’avait déjà fait pour George Floyd quelques jours auparavant, il essaye de montrer que la victime était en réalité le criminel et que les « flics n’avaient fait que leur travail ».

Décidément la déclaration de Castaner est bien l’expression qu’une brèche s’est ouverte sur fond de mobilisation massive contre le racisme d’Etat et les violences policières. Une brèche dans laquelle l’extrême-droite cherche à s’engouffrer pour capitaliser politiquement face à un discrédit grandissant de l’institution policière sur fond d’affaiblissement du régime.

Bien que loin de remettre en question sur le fond la police, le discours de Castaner a ouvert un front sur l’extrême-droite. Le jeu de ce dernier est de se positionner comme le premier défenseur de l’impunité des flics et profiter de cette crise pour se repositionner électoralement. Il ne s’agit pas que d’un discours réactionnaire qui “prendrait” au fur et à mesure dans la police, mais la police elle-même qui joue son rôle : faire régner l’ordre politique bourgeois coûte que coûte. Et ça, Castaner et l’extrême droite sont bien décidés à le défendre, surtout s’il faut s’en prendre à ceux qui dénoncent son impunité, rappelant que toute réforme de cette institution est impossible.




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