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Politique

Casse des transports

Après le rail, vote sur les aéroports de Paris. Le modèle du tout-privatisé

Le bradage de la SNCF en 2018, des aéroports de Nice, Lyon et Toulouse en 2015, des autoroutes en 2006, et maintenant, le vote du 15 mars ouvrant de larges parts aux investisseurs privés d'Aéroports de Paris, mais aussi de la Française des Jeux et d’Engie… Malgré l’explosivité sociale, Macron avance à grands pas vers le modèle du tout privatisé.

mercredi 27 mars

Crédit photo : Philippe Wojazer

Loi Travail XXL à coups d’ordonnance, réforme ferroviaire, loi ORE, loi PACTE validée par l’Assemblée, Macron n’y va pas de main-morte pour plonger la France retardataire dans le régime néolibéral de l’austérité et de la privatisation. Le vote du 15 mars sur la cessibilité aux entrepreneurs privés de large parts des Aéroports de Paris (ADP), de la Française des Jeux et d’Engie n’en est que le énième exemple. De retour à la méthode bulldozer ?

Si, avec l’apparition du mouvement des Gilets Jaunes, Macron a été forcé de ralentir son calendrier de contre-réformes il n’a pas pour autant renoncé à son cheval de bataille. A la faveur des remous causés par son saut autoritaire et répressif, il a dernièrement repris son projet avec la remise en chantier de la casse des retraites, et l’avancée sur le chemin de la privatisation.

Le 15 mars, sur le coup de 6h, étaient adopté à l’Assemblée nationale, par 27 députés sur 45 votants, les textes prévoyant d’ouvrir plus largement aux détenteurs privés Engie, la Française des Jeux et le groupe ADP, pour une durée de 70 ans en ce qui concerne ce dernier. Des profits ultra-juteux que l’État sert sur un plateau d’argent au grand patronat. Si dans les services publics tels que la santé ou l’éducation, le gouvernement peut prendre le faux prétexte du poids des charges pour ouvrir encore plus ces secteurs à la concurrence privée, dans ces derniers cas, la logique qui est à l’œuvre est plus que transparente : c’est celle d’un État au service des classes dominantes qui ne lésine pas sur les moyens de leur offrir des marges de profit toujours plus substantielles.

Les aéroports, une spécialité macronienne : l’exemple toulousain

Loin de réaliser une première en la matière, c’est à Macron que l’on doit, lorqu’il était Ministre de l’Économie, la cession des parts de l’aéroport de Toulouse à un consortium chinois à hauteur de 49,9 % ; histoire de pouvoir dire que l’État restait l’actionnaire majoritaire. Une belle mascarade que Mediapart dénonçait à l’époque, en 2016, en révélant les contrats tacites signés afin que les représentants de l’État, au sein du conseil, n’obstruent jamais les volontés du consortium. Cette transaction a, en réalité, tout simplement permis aux entrepreneurs de tirer une belle dose de dividendes d’une affaire on ne peut plus rentable, avant de se décider à revendre ses parts.

Les transports attaqués de toute-part

Aujourd’hui, les transports en général sont au cœur d’une politique agressive de privatisation. Dans un contexte de multiplication des flux humains et marchands, ce secteur représente une véritable aubaine. Vinci, principal actionnaire des autoroutes, peut ainsi s’enorgueillir, grâce au droit de péage, de profits qui ont augmenté de près de 20 % en une dizaine d’années. Vinci qui est justement en lice pour récupérer le contrat de l’ADP.

La SNCF est le dernier exemple en date, et pas des moindres, de cette politique. En dépit du perpétuel évitement rhétorique de la question de la privatisation, c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit à la SNCF, toujours sous couvert de la fameuse dette, avec en ligne de mire, l’ouverture à la concurrence des grandes lignes d’ici fin 2023. Des privatisations qui correspondent, à côté du cadeau immense fait au patronat, à la fermeture des petites lignes les moins rentables, à une dégradation croissante des conditions de travail, à une hausse des prix pour les usagers, et à un risque accru en termes de sécurité.

A nous de décider

Mieux avant ? Non, les monopoles d’État n’ont certainement pas empêché une dégradation croissante des conditions de travail et l’exploitation des travailleurs. Les transports n’en étaient pas plus accessibles à tous ni gratuits. C’est le principe même de cet État bourgeois au service des classes dominantes. Pourtant, ce qui est certain c’est que ces privatisations ne vont faire qu’accroître le manque à gagner qui sera ponctionné sur nos retraites, nos accès aux services publics, nos salaires etc. Ce pour quoi des milliers de personnes sont dans les rues depuis bientôt 20 semaines.

Il ne s’agit pas de revenir au fantasme d’un État providence gérant les entreprises nationales et qui ne fait que finalement assurer leur profit aux grandes entreprises, entre autres cadeaux spéciaux, comme le CICE ou l’ISF aux plus riches. Ce sera, au contraire, aux travailleurs eux-mêmes, à ceux qui font fonctionner et utilisent quotidiennement ces transports de décider de leur utilité et de leur fonctionnement au service de la population.




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