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Notre classe

Suppressions d'emplois

Après les annonces de PSE d’Airbus, les filiales Stélia et ATR annoncent des licenciements

Depuis les annonces d’Airbus de ce mardi 30 juin, confirmant la suppression de 15.000 postes à échelle mondiale, dont 5000 en France, les filiales commencent à annoncer la couleur.

vendredi 3 juillet

Crédits photo : REMY GABALDA / AFP

Cette énorme attaque d’Airbus est démonstrative de la profondeur de la crise dans l’aéronautique, qui est structurelle et dont les effets vont être très violents pour tous les travailleurs du secteur. Pour les suppressions en France, la ville de Toulouse, bastion historique du secteur aéronautique, va être la plus fortement impactée, puisqu’elle concentre près de 3500 suppressions à elle seule. Très dépendante d’Airbus, les emplois de la ville rose vont être touchés de plein fouet par la crise économique, d’abord dans les usines de sous-traitance, mais également dans d’autres secteurs « indirects », comme la maintenance et la logistique.

Et c’est dans une filiale d’Airbus basée à Toulouse, que ce jeudi 2 juillet, l’entreprise ATR (avion de transport régional), a annoncée la suppression de 204 emplois, dont 186 en France, représentant 15 % de ses effectifs. Alors que l’entreprise était numéro 1 mondial des avions régionaux turbo-propulsés, la direction justifie la mise en place d’un « plan de redimensionnement de son organisation » pour, selon le président exécutif de l’entreprise, « s’adapter aux défis majeurs auxquels nous faisons face, afin de garantir que nous sommes prêts à ajuster nos compétences au nouveau futur de l’aviation régionale ». Des discours qui masquent la réalité de la situation, à savoir que les patrons qui ont accumulés des années de profits cherchent désormais à faire payer la crise aux travailleurs.

Les accords, prévus dès l’automne 2020, vont, selon l’entreprise, être discutés « main dans la main avec les partenaires sociaux, en s’appuyant sur toutes les mesures qui seront mises à sa disposition par le gouvernement, pour restreindre autant que possible les licenciements ». Une phrase qui ouvre la porte des « négociations », qui ne sont que de la poudre aux yeux pour justifier les attaques sur les acquis sociaux des salariés qui, s’ils ne sont pas licenciés, devront s’estimer heureux face aux baisses de salaires. Ce à quoi les salariés de Derichebourg et de DSI, entreprises de sous-traitance aéronautique, sont actuellement confrontés au travers d’un Accord de Performance Collective (APC), outil « made in macron » pour faire payer la crise aux salariés. Le travail « main dans la main » le plus criant actuellement, c’est celui du gouvernement et du patronat, car quand l’un met en place un « plan de relance » de 15 milliards pour l’aéronautique, l’autre licencie les travailleurs à la pelle.

Chez Stelia Aerospace, une autre filiale d’Airbus, l’attaque est aussi brutale, puisque les suppressions iraient jusqu’à 1464 postes pour le groupe, dont plus de 700 en France. A Rochefort, cela concernait 95 salariés soit 10 % des effectifs, tandis qu’à Méaulte, ce sont 290 emplois qui sont menacés sur 1400 salariés employés sur le site. Une décision que Cédric Gautier, le PDG, affirme « ne pas prendre cette décision de gaieté de coeur », cherchant à favoriser les départs volontaires, les retraites anticipées, et la mobilité entre secteurs internes, toujours dans la logique pro-patronale « d’efforts collectifs » face à la crise.

Un discours illusoire quant aux impacts réels des attaques sur les conditions de vie des travailleurs, qui sont malheureusement négociées dans une logique de "moindre mal", par des syndicats comme Force Ouvrière, majoritaire dans le secteur aéronautique, qui a signé l’Accord de Performance Collective à Derichebourg, alors que la majorité des salariés y étaient opposés !.

Et sur le site de Stélia Méaulte, la situation pourrait bien être similaire. Lors d’une réunion d’information syndicale, réunissant plusieurs centaines de salariés devant l’usine, le délégué syndical déclare dans un podcast France Bleu : « On est dans un groupe où aujourd’hui on dit que la situation suite au covid19 est conjoncturelle, il faut faire le dos rond et trouver des mesures pour faire baisser ce chiffre et trouver une solution pour chaque salarié, mais certainement pas qu’ils soient licenciés. Il y a la formation, la mobilité, les départs anticipés, il y a différentes mesures qu’on doit négocier pour permettre qu’il n’y ai pas de casse sociale ».

Seulement, et contre l’idée que la crise serait seulement conjoncturelle, il est nécessaire de saisir le caractère structurel et l’ampleur de la crise économique à l’internationale, dont l’aéronautique est la pointe avancée. Et face aux logiques de pseudos-compensations, qui viendront précariser des milliers de travailleurs, il est nécessaire de refuser les négociations et d’affirmer collectivement que l’on n’acceptera ni licenciements, ni baisses de salaires ! Le choix qu’on laisse aux travailleurs. Le seul choix qui s’impose face aux travailleurs c’est l’acceptation de la casse de leurs acquis sociaux et la conciliation avec les patrons qui vont continuer leurs profits sur le dos des salariés, ou bien la lutte commune et coordonnée des travailleurs des différentes usines et des différents secteurs !

L’unité et la coordination entre les travailleurs de l’aéronautique d’une part, et les travailleurs des différents secteurs d’autre part, seront centrales pour pouvoir construire un rapport de force et un plan de bataille à la hauteur. C’est pour cela qu’il faut dépasser les plans de batailles allant d’usines en usines, pour tendre vers une réelle coordination des luttes, pour défendre nos emplois et nos acquis sociaux. Si l’on veut imposer le fait qu’il n’y aura ni licenciements, ni baisse de salaire, il est nécessaire de s’organiser collectivement en assemblées générales sur les lieux de travail, et d’élaborer un plan de bataille conséquent, afin de faire payer la crise aux vrais coupables.

Comme l’a dit Gaetan Gracia, ouvrier aux Ateliers de Haute-Garonne, usine de sous-traitance aéronautique à Toulouse, lors d’une Assemblée du secteur aéro appelée par la CGT : « On doit s’attendre à des grandes luttes, on doit se préparer à coordonner les luttes ! A partir des luttes dans chacune des boites, on va essayer de construire un grand mouvement social pour les faire reculer ! »

En ce sens, un rassemblement est appelé par la CGT le 9 juillet à Toulouse, mais également dans d’autres départements ciblant un endroit attaché à l’aéronautique, afin de commencer à incarner la coordination des différentes entreprises d’aéronautique.




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