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Notre classe

Continuité pédagogique

Après les fraises, les fleurs. Blanquer envoie ses « remerciements » aux enseignants

Alors que les déclarations de la porte-parole du gouvernement ont ajouté de l’huile sur le feu de la colère qui gronde depuis plusieurs mois chez les enseignant.e.s, le ministre de l’Education Nationale leur a envoyé ce vendredi une vidéo dans laquelle il les remercie pour l’ampleur de leur mobilisation et de leur travail. Une réaction dans l’urgence pour tenter l’apaisement dans un contexte général de crise de l’Education Nationale, qu’accentue la pandémie.

samedi 28 mars

Face au déferlement d’indignation qui a suivi la déclaration de Sibeth Ndiaye, selon laquelle les enseignants ne « travaille[nt] pas » pendant la fermeture des écoles, les excuses officielles se sont multipliées. La principale intéressée, après avoir déclenché une véritable explosion de colère sur les réseaux sociaux, s’est immédiatement fendue d’un tweet, histoire de monter au « front » pour expliquer à quel point elle est « la première à mesurer combien l’engagement quotidien des professeurs est exceptionnel » (!). Elle a été immédiatement suivie par le ministre de l’Education Nationale, qui a tenu à reconnaître « le travail extraordinaire » effectué par les enseignant.e.s.

 
Au lendemain du scandale, Jean-Michel Blanquer s’est par ailleurs senti obligé d’envoyer à tou.te.s les enseignant.e.s de France une vidéo, dans laquelle il leur présente à nouveau tous ses remerciements « pour l’ampleur de [leur] mobilisation et pour [leur] travail dans la situation si singulière que nous traversons ». Passant largement la pommade aux profs, le ministre évoque leur « engagement » auprès de leurs élèves, la « reconnaissance » des familles, les difficultés de l’enseignement à distance qui ne « remplacera jamais l’enseignement en classe »… Il évoque par ailleurs « l’atmosphère de bienveillance, si indispensable dans la société française », et dont l’Education Nationale se doit – il le dit pour la première fois – d’être le premier relai en temps de crise.
 
Face à la colère légitime des enseignant.e.s, qui ont vu, encore une fois, leurs efforts et leurs difficultés complètement ignorés par le gouvernement, Jean-Michel Blanquer effectue un virage de communication à 180°. Alors que le ministre enjoignait jusqu’alors les enseignant.e.s à assurer prioritairement la « continuité des apprentissages » à la maison, et que le tout numérique était présenté dans le discours ministériel comme la panacée aux problèmes de l’Education Nationale, cette fois-ci, Jean-Michel Blanquer se voit obligé de reconnaître l’investissement et le rôle essentiel que jouent les enseignant.e.s dans le bien-être de leurs élèves et de la société.
 
Cette volonté d’apaisement est révélatrice de la crise intense que traversent les personnels de l’Education Nationale, qui fait craindre au ministère une explosion qu’il ne saura pas contrôler. Car Jean-Michel Blanquer le sait : dans l’enseignement, comme dans tous les services publics, les travailleuses et travailleurs n’en peuvent plus. Ils savent qu’ils sont victimes des choix politiques des gouvernements successifs qui, au nom du profit et pour répondre aux intérêts économiques, ont dégradé leurs conditions de travail, leur imposant toujours plus de tâches avec toujours moins de moyens, et détruisant leur statut. Ils sont ainsi de plus en plus nombreux à refuser de jouer le jeu du gouvernement.
 
Ces derniers mois, face aux réformes Blanquer, qui accélèrent la casse de l’Education Nationale, on assiste à un réveil historique des enseignant.e.s. Ce secteur est en effet devenu l’un des plus combatifs dans la lutte des classes : lutte contre les réformes du bac en juin dernier, puis vague de solidarité et de protestation déclenchée par le suicide de Christine Renon, engagement massif des enseignant.e.s lors de la bataille des retraites… La crise en cours révèle d’autant plus les antagonismes entre, d’un côté, ceux qui nous gouvernent, et, de l’autre, ceux qui doivent subir et risquer leurs vies pour maintenir un système duquel ils ne tirent aucun bénéfice. Il ne fait aucun doute que les colères, dans l’enseignement comme ailleurs, sont loin d’être en train de s’apaiser. Le ministère sait qu’après la pandémie, il devra gérer une nouvelle crise, et que les enseignantes et enseignants risquent d’être nombreuses et nombreux à refuser de reprendre « comme si de rien n’était ». Le retour à l’école sera difficile pour tous : Jean-Michel Blanquer le sait et c’est pour cela qu’il tente aujourd’hui d’appliquer aux enseignants ce mot d’ordre de bienveillance avec lequel il les assomme sans jamais leur avoir donné les moyens de l’appliquer.