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Politique

Révolte populaire

Après une course poursuite avec la BAC, un jeune dans le coma à Grasse entraîne un vent de révoltes

Pour le soir du réveillon de Noël, le quartier des Fleurs à Grasse était plutôt calme comparé à ces derniers jours. Après que deux jeunes aient eu un accident de voiture lors d’une course poursuite avec la BAC et que l’un d’eux est depuis dans le coma, des jeunes ont exprimé leurs colère dans le quartier.

jeudi 26 décembre 2019

Crédit photo : DR

Vers 23h vendredi 20 décembre, une voiture qui selon la police roulait vite a été pris en chasse par la BAC. D’après Nice matin, relayant la version de la police, la BAC aurait perdu la voiture avant de la retrouver dans un arbre quelques minutes plus tard. Les deux jeunes à l’intérieur sont blessés dont un grièvement. Il est depuis dans le coma.

C’est cet évènement qui a mis le feu aux poudres dans le quartier des Fleurs à Grasse. Des jeunes sont descendus dans les rues pour laisser exploser leur colère légitime. Ils se sont attaqués aux caméras de surveillances qui quadrillent leur quartier. A l’aide de disqueuses, ils ont fait tomber les poteaux.

Les forces de répression ont rapidement débarqué pour réprimer mais les jeunes de ce quartier populaire ont répondu en tirant des feux d’artifice et en lançant des cailloux. Il n’y a eu aucun blessé et aucune interpellation.

Jérôme Viaud, le maire Les Républicains de Grasse, comme la police ont ensuite expliqué dans les médias que « Si ces caméras ont été prises pour cible, c’est qu’elles doivent gêner et elles doivent gêner ceux que ça dérange », faisant référence notamment au trafic de drogue. Un bon moyen de criminaliser et de jouer la carte de l’insécurité dans les quartiers populaires. Le but étant de faire peur à la population mais aussi de justifier le déploiement de force de répression supplémentaire et une augmentation des caméras de surveillance.

Le maire a expliqué qu’il allait saisir « le Préfet des Alpes-Maritimes et le Ministère de l’Intérieur pour demander un dispositif policier renforcé jusqu’au 1er janvier ».

Cette version de « délinquants » qui s’attaquent aux caméras pour protéger un quelconque trafic de drogues relayée par les médias rajoute de l’huile sur le feu. En réalité, cette omniprésence de la vidéo-surveillance, expérimentée dans les quartiers dits sensibles mais que l’État généralise petit à petit, n’est qu’un volet de plus de la stratégie du tout-répressif qui y est appliqué. Ces populations populaires et souvent d’origine immigrée sont considérées comme dangereuses par défaut, et leurs lieux de vie font office de véritable terrain de chasse pour les agents de la BAC, dont on ne compte plus ce que les médias appellent pudiquement des "bavures".

Interrogé par Le Monde un jeune de 19 ans du quartier des Fleurs, excédé par les réactions du maire et du traitement des faits « à la télé », souligne que les jeunes sont « encore plus remontés que lundi ». De plus, selon certains la voiture des jeunes aurait été emboutie par l’arrière par la voiture de la BAC ce qui les auraient projeté contre l’arbre.

Ce genre de cas n’est pas nouveau : des jeunes pris en chasse par la BAC, au mépris de leurs vies. De véritables cow-boy qui sont bien souvent en première ligne lors de ces soi-disante « bavures ». Dans le quartier des Fleurs, les causes de la révolte ne font aucun doute : « Ça n’a rien à voir avec une histoire de trafic, et ils le savent : il faut qu’ils disent la vraie cause. » , c’est à dire l’ « accident » qui a plongé dans le coma le jeune homme.

Comme le rappelle l’anthropologue et sociologue Didier Fassin dans Mediapart : "les territoires ciblés par la police, notamment les zones urbaines sensibles (ZUS), n’ont pas des taux de criminalité et de délinquance supérieurs au reste de l’agglomération dans laquelle elles se situent. Le ciblage sur ces quartiers n’a pas de raison d’être du point de vue de la sécurité publique.” Il poursuit, révélant derrière cette contradiction, l’une des véritables missions de la BAC, maintenir un ordre politique raciste, héritage du colonialisme : “C’est une situation étonnante, sauf à considérer que l’objectif n’est pas d’ordre public, mais d’ordre social.”

Ordre social qui est mis à mal par les mouvements sociaux, des Gilets jaunes aux grévistes d’aujourd’hui sur les piquets, et contre qui s’exercent les mêmes modes de répression violente.

Comme l’explique au Monde ce jeune du quartier « C’est du n’importe quoi, cette histoire de livraison [de drogue] avant Noël. Comme les “gilets jaunes” s’en prennent aux radars, nous on s’en prend aux caméras : c’est une rage contre l’État, c’est tout. C’est pas un âge pour mourir, ou pour finir comme ça. »

Le gouvernement ne peut pas permettre une flambée de violence légitime dans les quartiers populaires alors même que les Gilets Jaunes sont toujours là et que le pays est toujours très fortement impacté par les grèves contre la réformes des retraites. Si l’état de santé du jeune dans le coma viendrait à se dégrader, on peut s’attendre à une réaction dans la rue. Des quartiers populaires au mouvement ouvrier, c’est la même répression. A coup sûr la préfecture réprimera avec force pour empêcher toutes jonctions des colères toutes plus légitimes les unes que les autres et qui sont toutes dirigées vers les mêmes responsables, Macron et son monde. Une même répression qui appelle à se rassembler dans un même front.